Se préparer : aidant ou nuisible?

N’élevons pas nos enfants pour le monde d’aujourd’hui.
Ce monde n’existera plus lorsqu’ils seront grands.
Et rien ne nous permet de savoir quel monde sera le leur.
Alors apprenons-leur à s’adapter.
Maria Montessori

De nos jours, celui qui désire vivre l’expérience « Compostelle » trouve une panoplie de services et d’informations pour planifier son voyage. Jusqu’où devrait-on se préparer à cette aventure? Jusqu’où peut-on vraiment prétendre être préparé à ce que ce type de déplacement nous fera vivre?

Toute nouveauté, tout apprentissage amène son lot de défis et de souffrance. Pourtant, de nos jours, nombre de parents surprotègent leur enfant pour lui épargner cette facette douloureuse de l’apprentissage. L’enfant d’aujourd’hui qui commence à faire de la bicyclette aura presque toujours un casque, des genouillères, des petites roues d’entraînement et parfois aussi des coudières. Presque toujours, le parent le suit, voire même, le retient. Pour ne pas qu’il se fasse mal. Ne pas qu’il tombe. Ne se blesse. Mais vit-il la recherche d’équilibre et la sensation de vitesse? Lorsque l’enfant est en processus d’acquisition d’un peu plus d’autonomie, plusieurs adultes, le voyant forcer et peiner pour y arriver le feront à sa place. Pour l’aider. Pour lui faciliter la tâche. L’aident-ils réellement en agissant ainsi? Dans cette façon de faire qui veut protéger l’autre, le prévenir des dangers, quelle part de l’apprentissage vient-on ainsi occulter? Quel comportement vient-on conditionner? Qu’apprend réellement l’enfant et que pourrait-il lui manquer pour affronter les durs défis de la vie adulte?

Adulte, nous avons tendance à reproduire inconsciemment ces mêmes comportements, anticipant et planifiant même l’imprévisible. Avant de partir en pèlerinage, plusieurs iront chercher conseil pour l’achat des bottes et du sac à dos. Certains iront même se faire accompagner pour l’ensemble du matériel requis, allant de la serviette, aux pantalons, en passant par le chapeau et les bâtons. Évidemment, une majorité de futurs pèlerins marcheront plusieurs fois nombre de kilomètres pour user un peu les bottes. Mais d’autres iront même jusqu’à pèleriner avec leur sac à dos rempli d’un poids pour s’entraîner avant de partir. Certains s’achèteront un dictionnaire français-espagnol qu’ils feuilletteront pour le plaisir avant le départ. D’autres s’inscriront pour une session à des cours d’espagnol. Et presque tous iront voir des photos, des vidéos ou même des conférences du chemin. Et la chaleur extrême, les ronflements, les blessures, la fatigue, l’éloignement? Peut-on, et devrait-on, tenter de remédier à tous les inconforts annoncés? Se préparer à faire Compostelle : comment, pourquoi mais surtout jusqu’où?

Ce besoin de préparation est probablement proportionnel au niveau d’inquiétude et de peur de chacun. Mais il dépend certainement aussi du niveau de confiance et d’assurance accumulé tout au long du parcours de vie de la personne. Toute cette palette de sentiments tant positifs que négatifs est omniprésente et influe sur les décisions que chacun décide de prendre. Se préparer peut donc autant être aidant que nuire à l’expérience.

La préparation du pèlerinage est la première étape vers l’inconnu. Elle se fait essentiellement au niveau technique et matériel. Le pèlerinage est jalonné d’imprévus et d’imprévisibles qui font la force de ce voyage et qui permettent au pèlerin de se révéler à lui-même et de vivre des réussites. C’est l’occasion pour plusieurs  d’exploiter les outils accumulé dans leur bagage de vie. Partir pèleriner c’est accepter de se laisser déplacer, accepter que tout ne sera pas anticipé.   Pèleriner, c’est accepter de se faire confiance. C’est à travers l’effort et l’adversité qu’émergent des apprentissages qui façonnent et consolident notre personnalité, et nous outillent pour faire face aux aléas de la vie à venir.

Brigitte Harouni

Compostelle, chemins de gestation.

La liberté n’existe que dans le mouvement de conquête de la liberté.
Alain Robbe-Grillet

 

Affranchir une lettre, c’est lui donner le droit de partir prendre la route. C’est l’autoriser à entrer dans cet espace qui n’appartient à personne. Entre expéditeur et destinataire, loin d’être le lieu d’une exclusion, cet entre-lieu devient mobile de liaison : « espace pour s’entre-dire, espace de l’inter-dit … » Les Chemins de Compostelle portent en eux ce modèle de liberté en gestation. Leur évolution des dernières décennies leur a permis de s’affranchir et de devenir espace de dialogues, en allant au-delà des frontières « inter-dites ».

Affranchi des frontières de la religion, Compostelle se fait maintenant espace de communication entre divers chemins de vie, diverses traditions. Sur ces chemins, au-delà de nos délits d’humanité, chaque spiritualité trouve une place pour se dire, soutenir et accompagner. Compostelle est devenu l’espace d’une parole en gestation. Sur ses chemins, chaque pèlerin avance par une parole portée, désirée : comme une lettre. Cette parole, appelée à grandir dans une écoute attentive, nourrit et fait cheminer du dedans, comme dans l’allant. Parole partagée, non imposée, elle ouvre de nouveaux espaces où chacun y trouve sa place. C’est ainsi affranchi, sans exclure, que Compostelle est devenu plus vivant que jamais.

Alors qu’au début des années 1980 seule une poignée de pèlerins marchait vers Compostelle, 2017 a franchi, avant la fin de l’année, le cap des 300 000 peregrinos. Riche de ce parcours étonnant, on peut dire que « Compostelle a fait beaucoup de chemin ». Il a su se renouveler au-delà de nos rigidités et de nos difficultés. Espace religieux au visage méconnu, ayant lui-même défait le poids de son sac, de son histoire, il s’est libéré pour accueillir plus largement. Il a ouvert ses routes et multiplié ses sentiers. Il s’est fait accessible et attentif. Désormais, Compostelle s’offre comme espace circulatoire d’une parole libérée.

Entre départ et arrivée, cette parole libérée est d’abord portée en chacun. Parole en gestation, elle mûrit et grandit, lentement. Elle prend forme, se révèle, doucement. Parole portée, elle ne fait que me traverser. Et, comme l’enfant traverse la chair de la mère, ce n’est qu’au terme du processus, à l’accouchement, à la livraison, à destination, que nous connaîtrons les merveilles de ce qui aura été porté aussi longtemps et avec autant de soin. Que cet enfant, cette parole, continuera de nous travailler et de nous provoquer dans nos résistances. C’est en laissant cette parole-enfant se déployer qu’elle se dévoilera, que nous apprendrons à la « re-connaître ». C’est-à-dire la connaître de nouveau ou la connaître autrement, avec détachement. Car, cette part de nous naît au monde librement, nous obligeant à penser le monde autrement, nous incitant au mouvement.

Sur ces chemins affranchis, le pèlerin trouve l’espace pour se dire et se recevoir en toute liberté. Chemin de gestation, Compostelle a su évoluer avec l’humanité et, à notre insu, il nous devance sur des chemins inusités.

Éric Laliberté

Je marche donc j’écris

Ce que tu écris est ce qui te ressemble le mieux.
Proverbe arabe
Dans le sac à dos du pèlerin, on ne retrouve que l’essentiel. Et dans cet essentiel se trouve un carnet de route et un crayon. Pourtant peu utile pour se protéger de la pluie, pour panser une plaie, ou pour se réchauffer, ce petit poids supplémentaire est presque un impératif. Fidèle compagnon de route, confident silencieux, témoin du chemin intérieur, il accompagne le pèlerin tout au long de sa marche. Et s’il pouvait parler, que dirait-il?

Avant le grand départ, le carnet de route fait déjà partie des préoccupations du pèlerin. Certains prendront même beaucoup de temps à le choisir, analysant la taille, le poids et le côté pratique de son utilisation. D’autres seront davantage influencés par sa couverture, son côté esthétique; le choix devenant plus affectif. Déjà un rapport relationnel s’établit entre le carnet de route et le pèlerin. Et avant même qu’une phrase ne soit écrite, ce carnet parle déjà de lui!

Tout au long du pèlerinage, le pèlerin s’adapte à son nouveau mode de vie et développe ainsi différentes routines quotidiennes. L’une d’entre elles est l’écriture du carnet de route. Certains pèlerins rangent leur carnet afin qu’il soit facilement accessible, leur permettant ainsi de le sortir fréquemment durant leur journée de marche, pour y colliger les pensées du moment. D’autres se réservent ce temps d’intimité et d’écriture pour la fin de la journée, quand tranquilles, après une bonne douche, ils peuvent repasser le fil de leur journée et noter ce qu’ils souhaitent en retenir. Chaque façon de faire met en lumière des caractéristiques du pèlerin.

Puis il y a le contenu de ce carnet. Que contient-il? Certains carnets sont de vraies autobiographies dans lesquelles les mots et les phrases remplissent les lignes et les pages. Tandis que dans d’autres carnets, on retrouve des dessins griffonnés aléatoirement, des croquis venant imager les propos avoisinant, des billets de trains, les coquelicots séchant entre deux pages, des découpures de journaux résumant un moment marquant. Tant de choses qui viennent décrire le pèlerin dans ce qu’il désire retenir de la vie, de ce qui lui parle autour de lui.

Qu’écrit le pèlerin? Que souhaite-t-il immortaliser dans sa mémoire? Et pourquoi? Le pèlerin note dans son carnet de route ce qui lui est important, ce qui l’a marqué, touché. En écrivant, il concrétise une émotion ressentie qu’il désire conserver. Par son geste, il structure sa pensée. Inconsciemment, il fait un tri de sa journée, de ses souvenirs, de ses pensées pour ne retenir que son essentiel à lui. Que ce soit des anecdotes du chemin, des descriptions de paysage, des réflexions et questionnements sur sa vie, tous ces écrits permettent au pèlerin de parler de lui.

Ce simple carnet de route est probablement le seul ami qui saura comprendre réellement ce voyage que le pèlerin vient de vivre. Ce temps de pèlerinage a permis de prendre du recul par rapport à sa vie. Et l’écriture du carnet de route offre la possibilité d’ouvrir les yeux sur ce qui était parfois caché, sur ce qui est important pour lui, sur ce qu’il aime et aimerait de la vie. Au retour, c’est dans la relecture de ces écrits que le pèlerin pourra refaire tout ce chemin intérieur qu’il a soigneusement noté. Et c’est à partir de cette relecture que l’expérience du pèlerinage prend réellement toute sa force, qu’elle se concrétise et prend forme. Ainsi donc, ce petit poids en apparence inutile que porte le pèlerin est probablement l’élément le plus essentiel à celui qui désire donner un nouveau sens à son existence!

Brigitte Harouni

Expérience pèlerine chez les Madelinots

Chaque été, nous reprenons la route pour nous imprégner de l’expérience pèlerine. Pour en raviver la puissance et la sentir dans tout notre être, mais aussi, pour mieux accompagner le pèlerin-randonneur. Ce weekend, nous quittons pour deux semaines en compagnie de neuf pèlerins et pèlerines. Nous irons explorer les tous nouveaux Sentiers entre Vents et Marées des Îles-de-la-Madeleine.

Ces sentiers, issus de l’expérience pèlerine d’un  groupe de Madelinots à Compostelle, ouvrent officiellement cet été et s’adressent tout particulièrement aux pèlerins autonomes. Parcourir les Sentiers entre Vents  et Marées permet de découvrir, à son rythme, 225 km de paysages à couper le souffle et de rencontrer des insulaires à la bonne humeur contagieuse.

Pour l’occasion, et comme chaque été, Bottes et Vélo vous invite à suivre ses pérégrinations madeliniennes sur Facebook ou sur sa chaîne YouTube. De courtes capsules vidéo partageront nos impressions, notre expérience pèlerine et les beautés des Îles-de-la-Madeleine.

L’importance du pèlerinage autonome. L’expérience pèlerine découle d’une pratique autonome du pèlerinage. C’est-à-dire par soi-même. Le pèlerinage de longue randonnée est plus qu’une marche, il porte en lui tout le mouvement intérieur du pèlerin-randonneur et fait en sorte qu’on ne peut plus seulement parler de longue randonnée. C’est bien plus qu’un sport, c’est une expérience qui transforme! Le pèlerinage transforme dans le regard et dans la manière d’être. Entrer dans ce processus déplace sur tous les plans : physique, psychique et spirituel. Trop le prévoir pose des conditions qui rangent au deuxième rang l’attention et le respect dû à son corps; une attention qui peut vous en apprendre long sur vous-mêmes… Trop le cadrer retient la spontanéité de l’exercice et limite les possibilités de vivre l’expérience par soi-même.

L’expérience pèlerine s’écrit à travers nos pas. Observez votre manière de marcher, elle en dit long sur votre manière d’être. Comment est votre pas? Est-il rapide, court ou tendu? Avez-vous le pied souple? La jambe raide? Marchez-vous courbé? Regardez-vous toujours le sol? Trébuchez-vous sur le moindre caillou? Vous souciez-vous de ceux qui traînent derrière? Ragez-vous devant celles qui vous dépassent avec aisance? Prenez-vous le temps de vous arrêter? Où allez-vous? Votre destination est-elle un fardeau? Une joie? Toutes ces questions sur votre manière de marcher vous en apprendront beaucoup sur vous, sur votre manière de vivre… Des réponses qui ne sont pas toujours faciles à recevoir. L’expérience pèlerine demande de s’accueillir avec humilité et bonté…

Pour bien se lancer dans l’expérience, et en faire une trajectoire signifiante, il faudra :

1) Se faire confiance. Vous êtes capable d’aller chercher l’information nécessaire à la planification de votre pèlerinage. Vous savez préparer un voyage et, sans le savoir, vous marchez déjà un  minimum de 6 km/jour en vacant à vos occupations quotidiennes. Il n’est pas nécessaire de marcher 30 km/jour en pèlerinage!!! Si vous le percevez ainsi, c’est que vous êtes davantage dans la performance et ce sera une belle occasion de questionner votre manière d’être.

2) Accueillir l’imprévisible. Dans l’imprévu, vous découvrirez le monde autrement. Vous serez disposé aux rencontres inattendues. Vous trouverez des solutions qui feront appel à votre créativité. À l’inverse, tout prévoir dit beaucoup de vos craintes et de vos peurs. Les sacs à dos trop pleins, tout comme ceux planifiés au cm³, en disent long…

3) Accepter d’être déplacer. Le pèlerinage déplace non seulement physiquement, mais aussi intérieurement. Se mettre en route, peu importe le contexte, sous-entend quitter ce que j’étais pour ouvrir sur un monde inconnu. Accepter d’être déplacé, c’est accepter d’être transformé par l’expérience et d’en perdre le contrôle. Il y aura du neuf suite à cette expérience et je ne pourrai pas dire de quoi il sera fait.

4) Avoir une destination. Se donner une destination est primordial dans l’expérience pèlerine. Même si celle-ci change en cours de route, il doit y avoir une destination. La destination met en marche par le désir de l’atteindre : « Où vas-tu? ­— À la crèmerie. —Et si on allait jouer aux quilles ensuite? — Bonne idée, allons-y! »  Tout désir met en route. « Où va ta vie? Que cherches-tu? Qu’est-ce qui te fait marcher? — Il me semble que ma vie pourrait être mieux… » La destination est nécessaire, on dit même « Je vais lire un bon livre. » En elle, je trouve refuge. C’est elle qui donne du goût à ma vie. Ne pas avoir de destination, c’est comme cesser de respirer.

Enfin retenez que l’expérience pèlerine est accessible à tous. Pas nécessaire d’être un grand sportif ou une grande sportive! Il suffit d’être porté par le désir de se mettre en route vers le sanctuaire de sa vie. Au départ, votre destination sera bien claire: «  Je vais à Compostelle! Je vais à Ste-Anne-de-Beaupré! ». Mais, au fil de vos pas cette destination sera appelée à évoluer et sera transformée. L’espace du sanctuaire personnel, votre destination personnelle, n’a rien à voir avec Compostelle. Compostelle n’est qu’un prétexte pour nous faire marcher. Car c’est en marchant que l’on devient pérégrin : des êtres libres au cœur de la cité conquise.

Bonne route et bon été!

Éric Laliberté

N.B. : Le blogue de Bottes et Vélo fera relâche jusqu’au 25 août.

The Way, a « post-religious » pilgrimage?

Bottes et Vélo est heureux de vous annoncer qu’Éric Laliberté a été retenu pour présenter une communication dans le cadre du Symposium international pour les Pilgrimage Studies qui aura lieu à l’Université Wiliam&Mary de Virginie, le 7 octobre prochain.

Le titre de la communication: The Way, a post-religious pilgrimage?

Cette communication veut réfléchir comment les pèlerinages sur les Chemins de Compostelle se sont affranchis d’une culture exclusivement catholique sans pour autant l’exclure.

Éric Laliberté, doctorant de l’Université Laval, membre étudiant de la Chaire Jeunes et religions – Chaire et observatoire, sera le premier québécois à prendre part à ce symposium. Il est également membre du Consortium international pour les Pilgrimage Studies de l’Université William&Mary.

Éric Laliberté et Brigitte Harouni

Le choc du retour

L’herbe est toujours plus verte ailleurs
Proverbe français
Peu importe le voyage que nous entreprenons, que ce soit pour vacances, pour un défi sportif ou pour du ressourcement, nous partons à la découverte d’un ailleurs et d’un autrement. Celui qui part en pèlerinage, n’est pas bien différent du voyageur. Il quitte son quotidien pour se donner un espace et un temps pour vivre une expérience, qu’il espère lui fera du bien.

Tout voyage est un temps passé en marge de notre quotidien. La destination que nous choisissons et l’objectif de notre voyage parlent de nous et de ce que nous attendons de notre vie. Partir, c’est se donner l’espace pour vivre autrement, vivre dans un contexte qui se rapproche davantage de mes valeurs et de ce que je souhaite vivre. Partir vers cet ailleurs, c’est Bottes et Vélo - Compostellecroire que la réponse n’existe pas ici, c’est croire qu’elle ne peut être réalisée avec les paramètres de ma vie actuelle.

Comme tout voyageur, le pèlerin rapporte des souvenirs et des anecdotes mémorables de ce temps d’exil. Mais qu’a-t-il réellement aimé sur le chemin de Compostelle? Que disent ces souvenirs? Comment parlent-ils du pèlerin et de ce qu’il aime de la vie? On croit souvent que les souvenirs sont sur les photos ou dans cet objet que l’on a acheté. Ils sont souvent bien plus dans les émotions que nous avons vécues sur le chemin : les rires et les échanges sympathiques autour d’un repas pris avec des personnes que l’on ne connaissait pourtant pas, le plaisir des rencontres et des amitiés sans lendemain et sans attaches, les gestes de générosité toute gratuite que l’on observe à tout moment de la route, le partage, l’entraide, les bonjours et les sourires entre inconnus, le plaisir du silence dans sa tête, le plaisir des longs moments de douce solitude, le plaisir du déplacement et du nomadisme… Tous ces moments de vie que le pèlerin a savourés chemin faisant parlent de lui et de ce qu’il aimerait vivre dans son quotidien.

Bottes et VéloPour plusieurs, le retour de pèlerinage est difficile et ne se fait pas sans douleur, ni sans heurt. Le décalage entre ce qui était vécu sur le chemin et les attentes face à la vie quotidienne dans laquelle le pèlerin revient peut être très significatif et faire en sorte que le pèlerin en revienne déstabilisé et déboussolé. Maintenant conscient qu’il lui est possible de ressentir la vie autrement, il lui est difficile d’accepter de recommencer à vivre certains aspects de sa vie « habituelle ». Certains pèlerins, ceux qui s’étaient laissés toucher et transformer par l’expérience de vie pèlerine, ceux qui se l’étaient appropriée car elle correspondait en plusieurs points à ce qu’ils attendent de leur vie, pour ceux-là, le retour risque d’entraîner des changements marqués dans leur environnement de vie. Plus l’écart entre l’expérience pèlerine vécue et le quotidien de la vie réelle est prononcé, plus le choc du retour se fera sentir. Ce choc met en évidence les incohérences que vit le pèlerin entre son environnement de vie et ses valeurs profondes. À son retour, le pèlerin doit être à l’écoute des émotions qui le traversent pour en cerner le sens. Dès lors qu’il en prend conscience, son défi sera alors de voir comment réaménager son quotidien pour l’adapter et le rendre conforme à ce qu’il désire vivre réellement. C’est donc dire qu’il tentera de mettre en lumière ce qu’il a aimé vivre ailleurs, pour l’appliquer et l’adapter à la réalité de sa vie quotidienne.

Bottes et Vélo Nous avons tendance à être pèlerin, touriste, ou vacancier, ailleurs, pensant que c’est le dépaysement qui fait nous du bien. Et pourtant, on voit régulièrement des étrangers venir chez nous et s’émerveiller de nos richesses et de l’accueil chaleureux qu’ils y reçoivent. La question qu’il faut donc se poser c’est « qu’est-ce que je cherche? » : du temps? du changement? du dépassement? des relations simples et agréables? de la liberté?… Le voyage, de par son caractère en marge de la réalité, offre la distance et le recul nécessaire pour identifier ou faire émerger l’inconfort, l’insatisfaction, que le voyageur cherche à combler. Le voyage ou le pèlerinage sont des moyens pour satisfaire temporairement sentiment d’incomplétude, qui plus est de manière illusoire. La réponse recherchée, celle qui aura un effet durable, celle parfois difficile à entendre, est souvent en soi. S’arrêter, cesser de s’agiter, c’est s’accorder de l’attention et de l’écouter face à ce qui cherche à se dire en moi.

Le pèlerinage est historiquement un chemin de foi. Le pèlerin d’aujourd’hui ne doit pas faire abstraction de aspect du pèlerinage qui est l’essence même du chemin, celle qui lui confère son pouvoir notoire. Avoir la foi, que l’on parle de religion ou non, c’est croire. Et croire, c’est voir que l’herbe peut aussi être verte ici.

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême

La famille du chemin

Ce n’est pas tant le chant qui est sacré, c’est le lien qu’il crée entre les êtres.
Philippe Barraqué
Je me rappelle ce pèlerin allemand avec qui j’ai marché en 2009. C’était sur le chemin du Puy-en-Velay. Il s’appelait Reinhald. Il portait un t-shirt sur lequel on pouvait lire l’épitaphe de Kazantzakis : « Je n’espère rien. Je ne crains rien. Je suis libre. » Je l’ai aimé tout de suite. Il parlait peu,  souriait beaucoup et s’accommodait de tout. Nous pouvions marcher des heures ensemble sans dire un mot et nous étions bien comme ça.

Chemin Kamouraska - 2016Sur ce chemin, nous formions un petit groupe. Nous étions sept et nous nous retrouvions régulièrement sur la route. Parfois pour parler, souvent en silence, ou simplement pour échanger quelques regards complices. Comme il était bon, en cette terre étrangère, de partager la présence amicale et rassurante de l’autre.

Après quelques jours de marche,  ces visages croisés chaque jour nous devenaient familier. On se connaissait à peine et nous pouvions compter les uns sur les autres. Une présence qui allait bien au-delà des mots. On marchait côte-à-côte, parfois avec distance, mais on finissait toujours par s’attendre à un croisement, à l’entrée d’un village. Quand certains jours étaient plus moroses, on faisait route avec celui ou celle qui avait le moral à plat. S’il nous manquait quelque chose, il y avait toujours quelqu’un pour nous tendre la main. Ainsi réunis, nous grandissions en confiance.

Les jours passaient et une certaine intimité s’installait. Vint un moment où, en fin de journée, nous prenions soin de nos pieds mutuellement, nous faisions la lessive ensemble et nous préparions nos repas en commun. Cette familiarité, cette aisance, tout cela en quelques jours à peine, et entre de purs étrangers. Il y avait de quoi s’étonner!

Reinhald - Chemin du Puy-en-Velay - 2009Le soir, rassemblés autour de la table, nous sirotions un dernier verre de vin en nous racontant nos vies, nos rêves et nos désespoirs. C’est là que Reinhald nous rappelait en souriant: « La famille du chemin! » Il prononçait ces paroles en nous touchant du regard les uns après les autres. Comme s’il voulait marquer l’instant, le lien. Surtout la force du lien.

La famille du chemin… En si peu de temps les liens créés étaient si fort que c’en était déconcertant. Des liens solides se bâtissaient même au-delà des barrières de la langue. Après quelques jours, on parlait de famille élargie tellement nous étions nombreux à nous reconnaître. On avait l’impression d’un village entier qui migrait. Un village aux allures gauloises, avec sa bonhomie, ses rires et ses éclats, ses colères et ses emportements. Il y avait de tout sur ce chemin, du simple pèlerin-randonneur à l’illuminé. Toutefois, tout le monde y trouvait sa place et s’y sentait accueilli. Et c’est très certainement là toute la puissance des caminos de ce monde!  Ils sont des routes sans frontières, sans barrières, sans exigences; en marge d’un monde de règles et de convenances. Sur ce chemin, nous marchions librement et ensemble.

Le chemin de pèlerinage n’attend rien de nous. Il est un lieu où l’on trouve la possibilité d’être soi-même, sans artifice. Camino Frances - 2013Il est le plaisir d’être ensemble, de se retrouver dans un sentiment de confiance et d’appartenance. Il nous permet de retisser ces liens qui se sont effrités dans notre société divisée. Le chemin de pèlerinage redonne espoir dans un monde qui peut vivre uni, malgré tout. Il redonne confiance en notre humanité et la rend plus belle.

C’est alors que le sanctuaire se dessine peu à peu à l’horizon…Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Le dur chemin du retour

“La vie est un départ et la mort un retour.” Lao-Tseu
Partir, se lancer sur les routes, avec pour seul bagage son sac à dos, fait naître intérieurement une gamme d’émotions énergisantes. Se savoir parti à l’aventure, à la découverte d’un autre monde, un monde en marge du quotidien, un monde rempli d’imprévus enrichissants et de moments mémorables, nous tient en haleine comme un bon roman et nous donne le goût de continuer d’avancer. L’histoire se dévoile lentement. Une page à la fois. Un pas à la fois, chaque journée nous apporte son lot de souvenirs qui marqueront à jamais notre parcours de vie. Ils traversent tout notre être, nous transforment. On tente de retenir ces instants savoureux. On les décortique pour en goûter chaque seconde. On désire les vivre pleinement et intensément, ralentir le temps, mais le temps et l’espace s’écoulent tout autour de nous.

la Voie du St-LaurentPuis vient le moment où la fin du rêve commence à poindre à l’horizon. Le but se rapproche de nos pas. Impossible de retenir l’inévitable. Il est maintenant temps de rentrer chez soi. De déposer celui qui est passé de simple sac impersonnel, à fidèle compagnon de voyage, celui qui a partagé cette épopée que notre entourage ne semble pas saisir, celui qu’on a même parfois baptisé d’un petit surnom sympathique.

Le retour est difficile! À l’instant même où nous prenons conscience que la fin est belle et bien arrivée, c’est la rencontre de deux courants : le plaisir de retrouver le confort de son chez soi, de cette partie de notre vie que nous chérissons, et l’inconfort de retourner vivre ce qu’on a eu tant de plaisir à quitter!

Bottes et VéloEt c’est là que le vrai pèlerinage commence! C’est au retour que tout se joue réellement. Toute cette marche n’était en fait qu’une introduction. Un stage de vie. Qu’as-tu réellement aimé de ton pèlerinage? Qu’est-ce qui te donne vraiment l’envie de vivre? Que souhaites-tu rapporter comme « souvenir » de ce pèlerinage pour l’introduire dans la suite de ta vie?

Le grand défi, celui que nous ne suspections pas, nous attend sur le perron de la maison. On se retrouve alors, la clé dans la main, prêt à ouvrir la porte sur notre ancienne vie, celle qui n’a pas bougé depuis notre départ. Celle que nous avons quittée avec un peu trop d’enthousiasme. Celle qui est toujours là à notre retour et qui génère un serrement à l’estomac.  « Et maintenant, nous  dit notre petite voix, tu vas faire quoi? »

Tout ce temps passé en marge de ma réalité quotidienne, ce pèlerinage, m’a permis de découvrir qui je suis vraiment, ce qui me fait vibrer, ce qui donne bon goût à MA vie. Je l’ai vécu. Je sais l’identifier. Alors maintenant : comment puis-je adapter mon quotidien pour continuer de goûter ce qui me fait tant de bien? Comment faire comprendre à ceux qui  me connaissent depuis si longtemps que je suis revenu transformé? Qu’ils vont devoir récrire leurs étiquettes, celles qu’ils m’attribuent? Redéfinir notre relation? Comprendre que je ne veux plus être la personne que j’étais, qui n’était déjà pas vraiment moi?

La Voie du St-LaurentOui! Le défi : c’est le retour! Le pèlerin revient, après près d’un mois de déplacement, à son point de départ. Et ce point de départ, lui, n’a pas cheminé! Et souvent, ne comprendra pas ce que le cheminement a apporté au pèlerin.

Bref, ce que le pèlerin ne suspecte pas lorsqu’il quitte sa demeure, alors qu’il est obnubilé par toute la frénésie du départ et de l’aventure, c’est qu’il est en train de faire le premier pas vers une meilleure connaissance de lui-même, sur une route qui s’annonce plus longue que ce que sa carte ne semble lui annoncer!

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême

Mise en garde : risque de déplacement intérieur!

Toute marche est une marche spirituelle.
Sagesse Celte
Nous vivons dans un monde organisé et structuré où tout se doit d’être prévu et planifié. Même nos vacances n’y échappent pas. Quoi que nous entreprenions, nous aimons l’anticiper et avoir une longueur d’avance pour nous assurer que l’expérience sera bien vécue. Ainsi, plusieurs personnes qui se préparent à vivre un pèlerinage se demandent fréquemment s’il est essentiel de se préparer avant de partir.

La Voie du St-LaurentIl va de soi qu’un minimum d’organisation au niveau du matériel à apporter et de l’équipement à se procurer est un incontournable. Et nous savons tous qu’il est fortement conseillé d’avoir marché et usé sur quelques kilomètres toute nouvelle paire de souliers ou de bottes. Tout comme il est bon d’avoir marché avec notre sac à dos pour en avoir trouvé l’ajustement qui se marie le mieux à notre corps.

La question n’est donc pas à ce niveau. Souvent, le futur pèlerin s’inquiète plutôt de l’effort physique que cette longue marche va exiger. Il se demande donc s’il est nécessaire de commencer un entrainement quelques mois ou semaines avant le grand jour. Chez Bottes et Vélo, nous pensons que si la personne n’a pas de problématique de santé particulière, l’entrainement n’est pas une obligation. La forme physique se développera graduellement à chaque pas et à chaque jour que fera le pèlerin sur le chemin. Le pèlerinage n’est pas une course, ni même une recherche de performance physique. C’est une longue pause dans le temps qu’une personne s’offre à elle-même,  un voyage au sens exact du terme, au bout duquel elle reviendra différente, transformée par l’alchimie de la marche.

Chemin KamouraskaS’il est une préparation que le futur pèlerin devrait avoir, elle ne devrait pas se situer au niveau physique, mais au niveau psychique. Avant de partir, plusieurs parents et amis questionnent celui qui part en pèlerinage. Pourquoi à pied? Pourquoi voyager aussi rudimentairement? Aussi longtemps? Ainsi, entamer une ébauche de réponse, commencer la réflexion, creuser en soi pour prendre conscience de ce qui nous appelle et nous attire dans cette expérience; identifier le mieux possible nos attentes et les fruits que nous souhaitons cueillir et rapporter au terme de ce voyage; sont des étapes fondamentales de préparation à un pèlerinage.

Notre quotidien est parsemé de panneaux avertisseurs : « peut contenir des traces d’arachides », « attention chaussée glissante », « chute de glace! ». S’il est une mise en garde à donner au futur pèlerin pour l’aider à se préparer à sa longue marche, ce serait : « attention, risque de déplacement intérieur ». Autant vous aurez à regarder où vous posez le pied, autant vous devrez être attentif à ce qui se vit en vous, à ce que votre corps, votre façon d’agir et de réagir, vous dit. En marchant, vous allez très certainement ressentir diverses émotions psychophysiologiques qui risquent de donner de nouvelles dimensions à votre existence.

La Voie du St-LaurentLe pèlerin averti n’est pas celui qui a l’équipement révolutionnaire le plus léger, ni celui qui dévore les kilomètres dans un temps record sans se blesser. Le pèlerin averti est celui qui a compris qu’en plus d’améliorer sa condition physique, cette très longue marche est une rupture spatio-temporelle, matérielle et spirituelle, qu’il s’offre pour voir plus clair sur sa route de vie.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Le vrai pèlerin

Si je ne suis pas moi, qui le sera?
Henry David Thoreau
À l’origine, le pèlerin était cet homme qui partait de son domicile à pied pour aller vers un sanctuaire, pour expier ses fautes, être libéré de ses pêchés ou encore demander des faveurs. Aujourd’hui, sans être forcément aussi dévotes, plusieurs personnes ressentent cet appel qui les amène à entreprendre un long pèlerinage. Sur les chemins de IMG_1213@879258a9b54441978b7cd044183dab09pèlerinage, on peut rencontrer plusieurs types de pèlerins lesquels sont parfois bien différents dans leur façon d’être et  leur conception du pèlerinage. Qu’est-ce qui définit le pèlerin d’aujourd’hui?

Lorsqu’un pèlerin en rencontre un autre, les questions classiques ressurgissent : d’où es-tu parti? Jusqu’où vas-tu? Combien de kilomètres fais-tu par jour? Depuis combien de temps es-tu parti? Combien pèse ton sac? Marches-tu seul? Simple échange entre deux personnes partageant un même intérêt ou subtil interrogatoire pour jauger de la réelle valeur pèlerine de l’autre? Existe-t-il un type de pèlerin qui soit plus pèlerin qu’un autre?

IMG_1198@1a022d975d2b4db5ba9e610d6cd628d5C’est en tout simplicité que je me suis amusée à recenser les différents types de pèlerins que j’ai rencontrés et ainsi que ceux qui habitent la pèlerine que je suis. Tout d’abord, il y a le pèlerin-randonneur : un sportif qui aime la marche, la nature et l’aventure. Il aime le calme mais aussi les rencontres agréables. Le pèlerin-touriste, lui, s’émerveille devant l’architecture qui l’entoure, savoure la cuisine locale et se plait à apprendre la langue de la place. C’est un découvreur. Le pèlerin-méditatif, c’est celui qui marche les sentiers tout en cheminant sur sa route intérieure, espérant trouver réponse à ses questions profondes. Il vit pleinement chaque instant, jouit des moments de solitude tout en demeurant en contact avec l’environnement extérieur. Le pèlerin-professionnel, loin d’être un amateur, a tout l’équipement requis, les informations nécessaires du chemin et connait les règles du jeu. Il sait tout avant même de l’avoir vécu car il marche avisé. Le pèlerin-sportif, lui, s’est entrainé avant de partir. Il avance d’un bon pas, se lève tôt, apprécie l’effort physique tant pour la bonne fatigue qu’il génère que pour l’extase de la récompense qui le suit. Puis il y a le pèlerin-aventurier, ce spontané qui aime la nouveauté et qui a foi en sa bonne étoile. Il marche sans crainte des imprévus, allant vers l’inconnu qu’il sait être une riche source d’apprentissage et de dépassement de soi.

 Mais il y a aussi le pèlerin-consommateur… Le réel défi pour le pèlerin d’aujourd’hui est de déprogrammer tout ce que notre société de consommation nous conditionne à être. Le pèlerinage est devenu une pratique tellement courue, sans mauvais jeu de mots, que notre société « moneyarcale », toujours à l’affût d’un filon fructueux, cherche avidement à se l’approprier. Comme au temps de la ruée vers l’or, chacun vient s’installer aux abords de cette source de revenus dans l’espoir d’en tirer quelques profits. Publicités pour vanter les bienfaits du produit, commercialisation des accessoires et services utiles, marketing d’identité pèlerine : rien n’est oublié! Ainsi, le pèlerinage tend à devenir une expérience à vivre pour ceux qui sont à la recherche de défis originaux. Le pèlerin se doit d’être bien équipé avec les matériaux et les technologies du jour : ultra-légers, performants et griffés. Plusieurs pèlerins-consommateurs vont partir pèleriner avec cette approche de compétition et de performance, reproduisant sur le chemin ce qui les épuise dans leur rythme de vie quotidienne. Le pèlerin-consommateur a un horaire à respecter, un budget de planifié, un objectif à atteindre, des obligations à respecter. Bien difficile d’éviter d’être un peu ce pèlerin quand nous avons baigné toute notre vie dans cette façon d’aborder la Vie!

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Sur la ligne de départ, les marcheurs portent tous en eux un peu de chacun de ces pèlerins. Chaque marcheur arrive avec son bagage de vie personnel et les valeurs qui le caractérisent. Après quelques jours de marche, chacun verra un de ses pèlerins prendre les devants. Puis viendra un moment où toutes ces définitions du moi-pèlerin perdront de leur importance. Plus le chemin se fera et plus nos marcheurs partageront des similitudes. Le pèlerin qui se laisse toucher par cette expérience de pèlerinage, celui qui se laisse déplacer et transformer, laissera graduellement tomber ses barrières, ses résistances, ses limites et ses rigidités. Chacun à la mesure de ses capacités, selon où il est rendu sur sa route personnelle. Au final, tous franchiront  la ligne d’arrivée, au bout du chemin, si bout il y a… . Chacun y parviendra en suivant la route qu’il a choisie, celle qu’il a faite sienne.

2009 - Compostelle et Barcelone 037Suis-je plus pèlerin si je prie durant ma marche? Si je mendie mon gite et mon repas? Suis-je plus pèlerin si j’ai un sac à dos de qualité, des bottes de marque, des bâtons ultra-légers-rétractables et le classique chapeau à long bord? Suis-je moins pèlerin si je ne marche que 15 km par jour? Suis-je moins pèlerin si mon âne porte l’équipement ou si je fais une section en autobus? Suis-je moins pèlerin si je ripaille et me lève èa 8h? Existe-t-il un « vrai » pèlerin? Je ne le crois pas. Et qui serais-je pour en juger de la sorte! Je crois cependant que tout pèlerin se doit d’être vrai à lui-même. Le vrai pèlerin est celui qui marche en harmonie avec lui-même.

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême