Un pèlerin au présent

Un pèlerin au présent

2025-12-13 8 Par Brigitte Harouni

Voilà bien longtemps maintenant que je ne vous ai pas écrit. J’avais le sentiment d’avoir fait le tour des sujets pèlerins, la peur de me répéter ou de tomber dans les banalités et les évidences. Aujourd’hui, en cette journée ensoleillée au froid mordant de notre hiver québécois, l’envie de reprendre ma plume s’est fait sentir.

Ce qui m’interpelle encore et toujours, moi l’enseignante éternellement en quête de stratégies d’apprentissage favorisant l’épanouissement de la personne, c’est cette question : Qu’y a-t-il de si fort là-bas pour qu’à peine revenu chez soi, on se surprenne déjà à rêver d’une nouvelle aventure, sac au dos? Comment vivre en pèlerin, sans être réellement sur le chemin?

Peut-être que la réponse se cache dans l’invisible, dans cet espace fragile entre un pas et le suivant, dans ce court moment de déséquilibre suspendu entre deux sécurités. Sur la route, on apprend à avancer sans tout contrôler, à accueillir l’inconnu avec résilience et légèreté, confiant qu’une solution se pointera le nez. Nous le savons bien : nous y avons déjà goûté! On y découvre que la beauté se loge dans la simplicité : les gouttes de rosée sur une toile d’araignée, un sourire échangé sans paroles, une tasse de café offerte par un presque-étranger. Et, sur ce chemin pèlerin, on apprend aussi, parfois à la dure, à respecter ses limites, à se mettre à l’écoute de cette petite voix qui veut notre bien. On redécouvre le pouvoir de choisir ce qui est bon pour soi.

Et si tout cela, cette simplicité, cette présence, cette étonnante disponibilité du cœur, pouvait se vivre sans coquille, sans sac à dos, sans même partir bien loin? Parce qu’après tout, ailleurs, c’est aussi ici!

Peut-être que vivre en pèlerin relève davantage du « comment » que du « où ». Et si chaque matin du quotidien était un matin pèlerin? Si franchir le seuil de la maison nous faisait entrer dans un univers parsemé d’imprévus et de rencontres? Tout départ, même en bottes d’hiver plutôt qu’en chaussure de marche, pourrait devenir un espace pèlerin si j’avance avec cette même ouverture, ce même accueil, que j’avais sur le chemin, si je souris à ceux qui croisent ma route, si je change mon regard, si je me laisse guider par ce qui résonne en moi.

Alors, en attendant les caminos espagnols ou les chemins d’ailleurs, apprenons à marcher autrement. À faire de chaque journée un petit pèlerinage savoureux.
À reconnaître dans le craquement de la neige sous nos pas et dans les beautés toutes simples du quotidien, des balises qui nous rappellent que le chemin ne se termine jamais réellement. Il change simplement de nom.

Brigitte Harouni