Sur le Camino

2026-03-20 5 Par Brigitte et Eric

Nous avons le plaisir de partager aujourd’hui un texte que nous avons retenu dans le cadre de l’appel à écriture sur le thème “Un cadeau du chemin”. Merci à Réjean, ami‑pèlerin, de nous offrir sa plume et ses mots sur le blogue de Bottes et Vélo !

Sur le Camino

Je lace mes chaussures, enfile mon sac à dos et agrippe mes bâtons de marche. Je sors à l’extérieur pour faire le premier pas de cette nouvelle journée sur le Camino.

Au stade où je suis rendu sur le chemin, les questions comme : depuis quand marches-tu? Combien de km vas-tu faire aujourd’hui? Vers quelle heure vas-tu arriver au gîte? Ces questions n’ont plus d’importance et ne font plus partie de mon quotidien de pèlerin.

Je pars le matin, le cœur léger et le sourire aux lèvres. Je marche au rythme auquel mon corps m’invite à avancer. Marcher seul dans le silence, présent au présent, aux lieux, ouvert aux surprises que le Camino me réserve.

J’ai appris avec le temps à inviter mon rationnel à se décaler et marcher quelques pas derrière moi. J’ai invité mon ressenti à prendre place devant moi, à ouvrir les bras et à accueillir.

Parfois dans ce silence et ce rythme de marche, il se crée une bulle, un espace que je nomme la zone. Tout devient amplifié, les sens aiguisés et un sentiment de grande légèreté m’habite. Je m’entends dire : « Je ne peux pas être plus heureux que ça ». La relation avec le Camino est intime, touchant mon âme et mon cœur. Moment de grâce! Merci!

À plusieurs reprises sur le chemin, j’ai vécu des choses très bizarres. Je me souviens entre autres, tôt le matin où nous marchions mon épouse et moi, sur une section du chemin qui était déserte, j’ai entendu à proximité, très clairement, une voix de jeune femme me souhaiter : « Buen Camino! ». Je me suis retourné vers Marie et je lui ai demandé : « Est-ce que tu as entendu quelque chose? » « Oui j’ai entendu, Buen Camino! » Nous nous sommes arrêtés. Nous avons attendu quelques minutes. Nous avons regardé dans toutes les directions : personne!

Dans ces situations des plus bizarres, j’ai appris à ne pas chercher à comprendre. Tout simplement sourire et dire : « Merci Camino! » En étant conscient que j’ai vécu quelque chose de privilégié.

Lorsque je vais remettre le pied sur le Camino, sans l’ombre d’un doute, je sais que j’irai à la rencontre d’un grand Ami.

Réjean Marcotte

Buen Camino