Le désert : mon « Compostelle »

Le désert : mon « Compostelle »

2026-06-13 2 Par Brigitte et Eric

C’est avec plaisir que nous prêtons la voix de notre blogue à Mélanie, Amie-pèlerine de Bottes et Vélo, dont le texte, retenu dans le cadre de l’appel à écriture sur le thème « Un cadeau du chemin », a su trouver les mots justes pour exprimer ce qui se vit sur les chemins de Compostelle.

Le désert : mon « Compostelle »

Là où tout a débuté

Il y a des moments dans une vie où l’on sent qu’un seuil est sur le point d’être franchi. Pour moi, ce seuil avait la couleur du sable, la chaleur d’un vent venu d’ailleurs et l’appel d’un horizon sans fin.

Nous étions trois femmes, toutes militaires avec plusieurs années de service, mais en quête d’un dépassement qui ne passait plus par un grade ni par une mission. Cette fois, c’était autre chose : un trek humanitaire, un geste de solidarité, un élan profondément féminin et profondément humain.

La veille du départ, mon sac était prêt, soigneusement organisé, comme seule une militaire sait le faire. Pourtant, derrière cette rigueur, j’avais une boule dans la gorge. Pas de la peur. Quelque chose de plus vaste : la sensation de marcher vers un passage initiatique.

Je ne le savais pas encore, mais ce trek allait devenir une pierre angulaire de ma vie.

Lorsque je suis entrée dans le désert, un silence absolu m’a accueillie. Un silence plein, dense, qui force à entendre ce que l’on porte depuis des années. Le sable nous contraignait à ralentir, à ressentir chaque pas. Nous n’étions plus des militaires pressées. Nous étions des marcheuses, soudées par l’effort et l’entraide silencieuse, formant une tribu éphémère.

Après quelques jours, mon corps a cessé de lutter contre le désert pour enfin marcher avec lui. Le souffle s’est accordé, la boussole est devenue instinctive, la chaleur s’est transformée en seconde peau. C’est alors qu’un profond changement s’est opéré en moi. J’étais exactement où je devais être.

La dernière journée, j’ai vécu une révélation. Les yeux fixés sur l’horizon alors que le soleil se couchait sur notre aventure, j’ai lancé : « Je ferais ça toute ma vie ! »

Je n’avais pas réalisé que ces paroles allaient se révéler prophétiques.

Ce trek portait plusieurs causes : le cancer du sein, les Enfants du désert et le Club des petits-déjeuners. Il portait aussi quelque chose pour nous. Pour guérir. Pour retrouver. Pour laisser tomber.

Le retour. On dit rarement que revenir est parfois plus difficile que partir. Le monde ordinaire semble bruyant, dense, trop étroit après l’immensité du Sahara. Mon corps marchait encore, même à l’arrêt. Quelque part, une prise de conscience s’est opérée.

J’ai réalisé que la marche ne me quitterait plus.

Elle deviendrait mon mode de vie, mon chemin, ma définition !

Je croyais aller dans le désert pour aider une cause. En vérité, c’est le désert qui m’a aidée.

Ce trek a planté la graine de tout ce que je fais aujourd’hui : guider, marcher, transmettre, accompagner. Il a marqué l’un de mes premiers rites de passage conscients.

C’est à partir de cette marche que j’ai appris à habiter le monde autrement.

Mélanie