Pèlerinage IPE – Phase Résolution (vidéo)

La démarche du pèlerin – Phase de Résolution

La phase de la résolution est celle qui marque le cycle complet de la démarche du pèlerin. Une phase qui mène à un agir concret, un vivre en cohérence, avec les fruits cueillis tout au long de ce parcours et qui, suite aux vérités qui nous ont été dévoilées, nous rapproche de notre vraie nature. 
Avec cette vidéo se termine également notre pèlerinage à l’Ile-du-Prince-Edouard.
Merci d’avoir fait ce bout de chemin avec nous!Bottes et Vélo - Emblême
Éric Laliberté et Brigitte Harouni

Pèlerin ou randonneur?

Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi.
Jean Cocteau
Pèlerinage ou randonnée? Pèlerin ou randonneur? Randonneur ou marcheur?  Toutes ces pratiques se ressemblent mais ne parlent pas de la même réalité. Il existe plusieurs pratiques qui permettent de marcher autrement: marche afghane, marche nordique, marche rapide, marche banlieusarde… On parle même de marche pèlerine. Mais qu’en est-il au juste? Qu’est-ce qui les distingue? Qu’est-ce qui distingue une randonnée, d’une marche pèlerine, d’un pèlerinage de longue randonnée?

marcheurLe marcheur n’est pas un pèlerin, pas plus que le randonneur. Mais le pèlerin est à la fois marcheur et randonneur. De prime abord, le pèlerin n’est pas un sportif. Le sport vient en second lieu dans son expérience, même s’il n’est pas interdit de commencer randonneur pour terminer pèlerin; comme plusieurs l’ont affirmé d’ailleurs…

Lorsque l’appellation débute par marche, elle désigne l’activité de marcher pour ensuite qualifier ce type de marche : comment elle sera pratiquée. En ce sens, la marche pèlerine n’est qu’une marche qui s’apparente au pèlerinage, mais qui en définitive n’en n’est pas. Si c’était le cas, elle s’appellerait pèlerinage! En utilisant l’appellation marche pèlerine, il y a quelque chose que l’on cherche à éviter et qui fait que celle-ci ressemble davantage à de la longue randonnée. Ce quelque chose résiderait-il dans la profondeur du pèlerinage, la démarche intérieure qu’il implique? Le pèlerinage déplace autant intérieurement qu’extérieurement et cela peut être dérangeant. Dire marche pèlerine permettrait-il d’éviter ce dérangement tout en se donnant l’illusion d’être pèlerin?

Le randonneur est porté par le sport, le plaisir de la nature, le défi et, bien souvent, la contemplation. Le randonneur habite les grands espaces comme le coureur des bois. Il est d’abord un amant de la nature. Et c’est dans cet amour de la nature que pèlerin et randonneur se rejoignent. L’espace d’un instant, ils se retrouvent habités par le même vertige face à l’univers : cette sensation de plus grand que soi, cet espace de transcendance. C’est dans ces moments que plusieurs randonneurs ont affirmé être devenus pèlerins. Quelque chose d’autre les mettait soudainement en marche, à un autre niveau, et les attirait.

randonneurLa situation du marcheur est différente. Bien souvent passagère, l’aventure du marcheur ne dure que peu de temps. Elle vise au bien-être immédiat et ne s’inscrit pas dans la durée. La marche a quelque chose de ponctuel qui s’intègre à un art de vivre. Elle ne le questionne pas, elle en est le résultat. Jean-Jacques Rousseau y voyait d’ailleurs un espace pour s’évader, pour la rêverie… La marche est l’exercice quotidien d’une vie saine.

Le dynamisme du pèlerinage de longue randonnée, par contre, oriente le pèlerin d’une toute autre façon. Son dynamisme implique tout notre être dans une démarche qui est à la fois quête de sens et quête des sens.

Par la durée de cet exercice, le pèlerin reprend contact avec tous les plans de son humanité : physique, psychique et spirituel; l’un éveillant l’autre dans un effet domino. L’exigence physique du pèlerinage ébranle l’émotif du pèlerin, qui questionne alors le sens de sa vie : le spirituel. Se lancer dans un pèlerinage implique donc de se mettre en mouvement dans un processus qui donne du relief à sa vie, qui ouvre sur une perspective différente, qui engendre un questionnement intérieur.

Le pèlerinage de longue randonnée, tel que nous l’observons aujourd’hui, est ainsi un exercice qui s’inscrit dans la durée et la profondeur. Des dimensions qui le distinguent définitivement de la marche. Le pèlerin se met en marche pour répondre à quelque chose qui surgit du plus profond de lui-même, quelque chose qui le dépasse et l’invite à approfondir son expérience vivante. Ce n’est pas uniquement pour le plaisir de la randonnée qu’il s’aventure sur routes et sentiers. S’il se met en marche, c’est qu’il cherche, à travers cet exercice, une réponse à ce qu’il est. Une réponse qui va bien au-delà de la quête narcissique, égotique, du moi.

pèlerinsBien plus qu’un exercice de croissance personnelle, le pèlerinage de longue randonnée vise une rencontre avec l’espace Vivant, ou espace divin, qui  traverse le pèlerin. Le pèlerin est celui qui se met à l’écoute de cet espace, de ce qui se joue en lui, de ce qui résonne au plus profond de sa chair. Le pèlerin se fait le pisteur des signes vivants qui l’habitent. Il en cherche les traces qui orienteront sa vie et lui donneront bon goût. Si le pèlerin se rend attentif à ces signes, c’est qu’il cherche à en déceler la volonté. Il cherche à orienter sa vie selon l’élan de vie qui le traverse, selon ce qui le fait vivre. Conscient de cet enjeu, le pèlerinage relève alors davantage de l’expérience que de l’exercice. Il faut le vivre pour le saisir.

Au cœur de ces déambulations, marcheurs, randonneurs et pèlerins se croisent. Ils marchent aux frontières d’un même univers, habités par des préoccupations qui se font proches les unes des autres. Cependant, il faut retenir que c’est dans l’intention que porte le pèlerin que celui-ci se distingue. Sinon, il n’y aurait pas raison de se poser la question et le pèlerin n’aurait alors pas lieu d’exister. Nous demanderions alors : marcheur ou randonneur? Si je suis pèlerin, c’est qu’il y a une différence et c’est en elle que réside toute la richesse du pèlerinage.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Nos blessures vont si bien ensemble!

La clarté ne nait pas de ce qu’on imagine le clair,
mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur.
Carl Gustav Jung
Ah, les blessures du pèlerin! Elles sont nombreuses et de toutes sortes! Pas toujours physiques, elles sont parfois morales aussi. Après une longue journée de marche, le soir venu, chacun frotte son petit bobo en riant, en souriant, en grimaçant. Parfois même… en pleurant. Les blessures nous parlent, c’est certain, mais elles communiquent entre elles aussi. Elles nous rassemblent dans la quête d’un meilleur qui parle à travers nos corps.

Randonneurs fatiguésQuand la journée de pèlerinage prend fin, on voit, un peu partout dans l’auberge, des petits groupes se former. Chacun se regroupe selon sa blessure. Ceux-ci soignent leurs ampoules. Ceux-là s’échangent des crèmes. De ce côté-ci, on s’offre des massages. Dans un autre coin, on se raconte les hauts et les bas de la journée, certaines blessures du passé qui commencent à remonter… Les blessures du pèlerin sont multiples : ampoules, douleurs musculaires, épuisement, coup de soleil, déshydratation, etc. Mais il y a aussi toutes ces blessures par orgueil, par ennui, par déception, par rejet… Les blessures du chemin, même si on n’en garde que très peu de souvenir, font partie du voyage. Elles sont l’enjeu de la résolution du pèlerin. En elles, le pèlerin se découvre et se résout comme une équation. En elles, je découvre mon rapport à la vie, à l’autre.

Le pèlerinage nous plonge profondément en nous. Notre agitation quotidienne ayant disparue, nous voilà face à nous-même, nu devant l’autre. C’est dans ce face à face que nous allons nous éveiller, nous entraider. Et c’est ce qui fait la beauté du chemin ! enfantsSur la route, les pèlerins sont attentifs à ce qui se joue non seulement en eux, mais aussi autour d’eux. Sensibles à cette réalité, de l’être blessé qui s’est mis en marche en quête d’un meilleur, les pèlerins prennent soin les uns des autres.

Étrangement, nos blessures nous rassemblent. À travers elles, nous nous épaulons, nous nous encourageons, nous nous observons. Elles nous obligent à l’introspection : pourquoi ne me suis-je pas arrêté pour faire le plein d’eau? Pourquoi ne me suis-je pas reposé quand c’était le temps? Pourquoi n’ai-je pas mis de crème solaire? Pourquoi ai-je marché si longtemps? Toutes ces questions, que mes blessures allument, en disent long sur mon rapport à la vie, mais aussi, sur mon rapport aux autres. Si je me blesse de cette manière, c’est que je suis le résultat d’un milieu et d’un parcours de vie qui m’a incité à me construire dans un tel comportement. Personne ne cherche la souffrance! Pourtant, il y a des souffrances que j’aurais pu éviter si j’avais eu conscience de certaines blessures qui me viennent de mon histoire de vie.

ourson pelucheDans le quotidien de nos vies, la blessure nous tend un piège. Elle ne nous rassemble pas toujours pour les bonnes raisons. C’est une des premières prises de conscience que fera le pèlerin. Il arrive souvent que dans l’ajustement de nos blessures, nous entretenions, mutuellement et inconsciemment, nos souffrances. On se complète à travers la douleur, souvent à bon escient, malheureusement parfois aussi, on s’y meurtri davantage. Inconsciemment, je cherche celui, celle, qui me fera souffrir; qui entretiendra cette manière d’être en relation que j’ai développée pour compenser mes blessures. Comme s’il me convenait d’avoir quelqu’un dans mon entourage qui saura mettre le doigt sur le bobo et peser juste assez fort pour me faire réagir.

Celui ou celle qui a une mauvaise estime trouvera la personne qui saura maintenir sa posture de mal-aimé. Celui ou celle qui a été élevé dans la critique, et qui en a souffert, trouvera facile de se coller à une telle personne pour la critiquer en toute aisance. Celui, celle qui a de la difficulté à assumer ses responsabilités trouvera la personne qui le prendra en main. Celui, celle qui a besoin de se sentir utile et se sent responsable de tout, se fera un plaisir de « venir en aide » à cette personne. Deux personnes en manque d’amour se trouveront aisément, puisqu’elles cherchent toutes les deux ce que l’autre ne peut pas leur offrir. Inconsciemment, ma blessure cherche à être entretenue.

Comment se sortir de cette impasse? D’abord prendre conscience de ce rapport à l’autre. Tant que ma blessure demeure inconsciente, je cherche ce qui lui répond et la maintient. C’est ma zone de confort. Je me reconnais dans ces moments. Ma réaction me rassure. foule rassembléeJe suis en terrain de connaissance. Mais est-ce le chemin que je veux suivre? Méfions-nous de ces situations qui nous blessent, nous agressent, et auxquelles nous nous attachons, de ces blessures que nous entretenons. Si souvent on se regroupe pour se faire du bien, il arrive parfois que nos blessures vont si bien ensemble qu’elles se retrouvent pour se faire souffrir. Prendre conscience de ses blessures devient ainsi le premier pas sur le chemin de la libération.

La souffrance n’est pas inutile dans nos vies. Elle possède un langage qui est à la racine de notre humanité et permet d’en baliser la route en vue d’un bien-être. Refuser de voir sa blessure, ce serait comme s’entêter à suivre les X rouges sur le chemin de Compostelle : ça ne ferait que nous éloigner davantage de ce que nous recherchons.

Si le pèlerin se met en route, c’est pour traverser sa souffrance, la regarder en face et s’en libérer. S’il se met en route, c’est pour se mettre à l’écoute de son sanctuaire intérieur et atteindre cet espace de plénitude.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté