Je marche donc j’écris

Ce que tu écris est ce qui te ressemble le mieux.
Proverbe arabe
Dans le sac à dos du pèlerin, on ne retrouve que l’essentiel. Et dans cet essentiel se trouve un carnet de route et un crayon. Pourtant peu utile pour se protéger de la pluie, pour panser une plaie, ou pour se réchauffer, ce petit poids supplémentaire est presque un impératif. Fidèle compagnon de route, confident silencieux, témoin du chemin intérieur, il accompagne le pèlerin tout au long de sa marche. Et s’il pouvait parler, que dirait-il?

Avant le grand départ, le carnet de route fait déjà partie des préoccupations du pèlerin. Certains prendront même beaucoup de temps à le choisir, analysant la taille, le poids et le côté pratique de son utilisation. D’autres seront davantage influencés par sa couverture, son côté esthétique; le choix devenant plus affectif. Déjà un rapport relationnel s’établit entre le carnet de route et le pèlerin. Et avant même qu’une phrase ne soit écrite, ce carnet parle déjà de lui!

Tout au long du pèlerinage, le pèlerin s’adapte à son nouveau mode de vie et développe ainsi différentes routines quotidiennes. L’une d’entre elles est l’écriture du carnet de route. Certains pèlerins rangent leur carnet afin qu’il soit facilement accessible, leur permettant ainsi de le sortir fréquemment durant leur journée de marche, pour y colliger les pensées du moment. D’autres se réservent ce temps d’intimité et d’écriture pour la fin de la journée, quand tranquilles, après une bonne douche, ils peuvent repasser le fil de leur journée et noter ce qu’ils souhaitent en retenir. Chaque façon de faire met en lumière des caractéristiques du pèlerin.

Puis il y a le contenu de ce carnet. Que contient-il? Certains carnets sont de vraies autobiographies dans lesquelles les mots et les phrases remplissent les lignes et les pages. Tandis que dans d’autres carnets, on retrouve des dessins griffonnés aléatoirement, des croquis venant imager les propos avoisinant, des billets de trains, les coquelicots séchant entre deux pages, des découpures de journaux résumant un moment marquant. Tant de choses qui viennent décrire le pèlerin dans ce qu’il désire retenir de la vie, de ce qui lui parle autour de lui.

Qu’écrit le pèlerin? Que souhaite-t-il immortaliser dans sa mémoire? Et pourquoi? Le pèlerin note dans son carnet de route ce qui lui est important, ce qui l’a marqué, touché. En écrivant, il concrétise une émotion ressentie qu’il désire conserver. Par son geste, il structure sa pensée. Inconsciemment, il fait un tri de sa journée, de ses souvenirs, de ses pensées pour ne retenir que son essentiel à lui. Que ce soit des anecdotes du chemin, des descriptions de paysage, des réflexions et questionnements sur sa vie, tous ces écrits permettent au pèlerin de parler de lui.

Ce simple carnet de route est probablement le seul ami qui saura comprendre réellement ce voyage que le pèlerin vient de vivre. Ce temps de pèlerinage a permis de prendre du recul par rapport à sa vie. Et l’écriture du carnet de route offre la possibilité d’ouvrir les yeux sur ce qui était parfois caché, sur ce qui est important pour lui, sur ce qu’il aime et aimerait de la vie. Au retour, c’est dans la relecture de ces écrits que le pèlerin pourra refaire tout ce chemin intérieur qu’il a soigneusement noté. Et c’est à partir de cette relecture que l’expérience du pèlerinage prend réellement toute sa force, qu’elle se concrétise et prend forme. Ainsi donc, ce petit poids en apparence inutile que porte le pèlerin est probablement l’élément le plus essentiel à celui qui désire donner un nouveau sens à son existence!

Brigitte Harouni

À trop se préparer – on finit par oublier l’essentiel!

La vie c’est-ce qui se passe pendant qu’on est occupé à planifier autre chose.
John Lennon.
Quoi de plus normal que d’être bien préparé pour passer un examen ou être reçu en entrevue? Rien de plus légitime que de vouloir visiter la maison avant de l’acheter, n’est-ce pas? Se préparer à vivre un changement, à vivre dans un contexte différent : faire un voyage, changer d’emploi, déménager ou prendre sa retraite, demande une certaine préparation. Mais serions-nous trop prévoyant? Aurions-nous peur des hasards de la vie?

Tous ces réaménagements de vie, qu’ils soient de courtes ou de longues durées, nous amènent à nous questionner : Où irai-je et quand? Que ferai-je? Comment m’y prendrai-je? Avec quoi? Avec qui?Bottes et Vélo Il est sain de vouloir se préparer à affronter l’inconnu. Mais, l’inconnu, demeurera toujours inconnu tant et aussi longtemps que nous n’y serons pas et que nous ne l’aurons pas vécu. Notre manière de nous y préparer parlera de nos insécurités… ou de nos insouciances. Sombrez dans l’insouciance extrême et vous risquez de vous retrouver en bermudas au pôle nord! Néanmoins, à trop se préparer, à vouloir tout prévoir – même l’imprévisible – on finit par passer à côté de quelque chose : on finit par enlever toute saveur à la vie.

Pourtant ce qui nous attirait au départ, c’était le goût de la découverte, de l’aventure, de se laisser émerveiller, de quitter son chez soi pour entrer dans l’inconnu. Il y a quelque chose en moi qui désire s’ouvrir à un espace neuf, une culture et des coutumes différentes, de nouvelles saveurs, de nouvelles odeurs. Quelque chose qui est prêt à se laisser déplacer hors de son confort et de son monde connu, et abandonner pour quelques temps son pot de beurre d’arachides. Prêt à entrer dans l’inconfort de la nouveauté…

Bottes et Vélo - La Voie du St-LaurentL’enseignement du voyage se situe hors du prévu, hors des sentiers connus. Le choc du voyage est nécessaire pour un réel apprentissage, pour une réelle transformation. Tous les pèlerins-randonneurs vous le diront : c’est dans l’imprévisible que la vie est la plus généreuse. Mais, comment entrer dans l’imprévisible sans tomber dans l’insouciance? Comment prévoir sans devenir pusillanime, sans manquer d’audace?

Voyager sous le couvert d’une armure, d’une assurance tout-risque; en conservant toutes ses petites habitudes de vie, en refusant le moindre inconfort, c’est un peu voyager en regardant la télé : aucun contact avec la réalité, protégé de tout. C’est regarder le canal Découverte bien installé dans le confort de son salon, un pot de beurre d’arachide à porter de main. Quand on y songe, voyager dans la prévoyance, c’est un peu refuser de se laisser toucher, déranger, provoquer par la vie. C’est mener sa vie comme on gère un scénario de film : chaque scène y est prévue. La déception du voyageur viendra souvent de cette manière de voyager, son séjour ne correspondra que très rarement au scénario qu’il avait planifié. Pendant que je prévois l’imprévisible, la vie se poursuit sans se soucier que je puisse croire la contrôler… Et c’est là que le plus important se joue!

Le pèlerin voyage mieux le cœur léger, sans attente. Et s’il en a, il les abandonnera rapidement. Sinon, c’est qu’il n’est jamais devenu pèlerin. Il n’est jamais devenu l’instrument qui se laisse traverser par l’expérience du pèlerinage, l’appel du sanctuaire.

Le pèlerin bien préparé, partira tel qu’il est, selon ce qu’il croit juste.Bottes et Vélo Par l’expérience du chemin, il se laissera dépouiller de ses surplus et de ses insécurités. Cependant, c’est parce qu’il aura eu ce surplus dans son sac à dos qu’il aura pu apprendre sur lui-même. Qu’il aura pu questionner le trop-plein de sa vie, ses attachements, ses peurs et ses insécurités. C’est parce qu’il aura, peut-être…, fait des ampoules aux pieds qu’il aura pu réfléchir sur sa manière d’être à la vie, de s’y presser, d’y vivre toujours dans l’urgence.  Celui qui est parti en prévoyant même l’imprévisible, passe à côté de tous ces enseignements. Il passe à côté de belles occasions de s’observer et de s’ouvrir à la vie. À agir ainsi, il n’est peut-être jamais parti en réalité. Voyageur immobile…

Molière écrivait : « Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n’osent rien entreprendre. » Celui qui se lance avec authenticité dans l’aventure du pèlerinage, qui se laisse déplacer intérieurement, celui-là aura à tout le moins l’audace de vivre.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Que reste-t-il de Compostelle?

Rien n’est plus vivant qu’un souvenir.
Federico Garcia Lorca
La saison du pèlerinage tire à sa fin et la plupart des pèlerins sont de retour de Compostelle ou des autres chemins. Mis à part quelques téméraires qui affronteront les premières neiges sur le Camino, la majorité est rentrée et a déjà raconté mille fois son odyssée. Les yeux encore brillants, la tête chargée de souvenirs, elle a rangé son sac à dos, trié ses photos, repris contact avec certains pèlerins, l’étincelle dans les yeux… le cœur nostalgique.

Puis, lentement, la vie a repris son cours. Le réveil nous a rappelé que ce n’était plus le soleil qui rythmait nos journées, qu’il y avait un horaire à respecter et que mille corvées nous attendaient. Compostelle - Camino FrancesMachinalement dans certains cas, difficilement pour quelques-uns, avec langueur pour plusieurs, nous avons réintégré la routine quotidienne mais le cœur n’y était pas, n’y était plus. Plus comme avant en tout cas… Comme si cette expérience du Camino avait révélé quelque chose de soi qui ne corresponde plus à ce mode de vie, à ce rythme.

Plusieurs semaines se sont écoulées maintenant et, malgré tout, la nostalgie nous rattrape à l’occasion. Elle nous surprend en ouvrant ce placard où nous avons rangé nos bâtons ou, encore, lorsque nous passons devant cette photo, suspendue au mur, et que notre regard s’y perd. Un simple regard et c’est tout notre corps qui reprend la route.

Ce chemin de terre sous ce ciel si bleu… Compsotelle - Camino Frances
Je revois les vignes et les maisons aux toits d’ardoises noires. J’entends encore le bruit de mes pas sur la terre battue. Ma peau se rappelle les cuisants rayons du soleil et la sueur qui glissait sur ma nuque. Les champs, les montagnes, les villages, les couleurs, les fleurs, les gens, les sourires, tout me revient. Mes yeux n’en finissent plus de tout avaler du regard, éblouis, émerveillés. Même l’odeur de Compostelle me monte au nez sans effort…

L’envie de reprendre la route me revient aussitôt. Tout était si simple là-bas!
Pourquoi là-bas et pas ici?

Que me reste-t-il de cette longue marche, de ce moment qui a bouleversé ma vie? Où en suis-je aujourd’hui? Ai-je réellement été transformé par le chemin? Me suis-je illusionné, bercé par l’absence d’obligation et l’insouciance de ces journées sous le champ d’étoiles ?

Certainement pas! Ce que nous avons vécu sur le Camino est bien réel.

Compostelle - Camino FrancesLe pèlerinage demande un effort, vous le savez. Il a fallu faire l’effort de dégager l’espace, le temps nécessaire pour partir. Et ça n’a pas été facile! On a mis parfois des années avant de se décider, avant de trouver le moyen de passer à l’action. Il nous a fallu dégager une plage horaire pour quitter – cinq semaines – le travail, la maison, les enfants, les obligations. Ce n’est pas rien! Mais nous y sommes pourtant parvenus. Nous avons trouvé l’espace-temps nécessaire pour répondre à cet appel qui nous pressait de l’intérieur. Nous avons fait l’effort et c’est cet effort qui a fait en sorte que l’expérience est devenue réalité. C’est cet effort qui nous a transformés. Ce n’est pas arrivé tout seul! C’est arrivé parce que j’ai fait de la place dans ma vie pour que ça puisse arriver.

Maintenant que nous sommes revenus, c’est le même effort qu’il nous est demandé de faire. Au retour, nous devons aussi faire de la place dans nos vies. Nous devons faire l’effort de dégager l’espace et le temps nécessaire pour que puisse germer la nouveauté que le chemin a semé en nous. Et cet effort pourrait demander autant d’énergie que ce qu’il m’a fallu pour me décider à partir et me lancer sur le Camino… Mais ça en valait le coup! N’est-ce pas?

Compostelle - Camino FrancesSur le chemin, mon corps a appris ce qu’il désire, ce qui est bon pour lui, autant physiquement qu’émotivement. Sur le chemin, nous écoutions ce qui se jouait en nous. Nous avons expérimenté, goûté et ajusté le tir en fonction de ce ressenti. Jour après jour, nous avons pris le temps de nous harmoniser au rythme de la nature et de nos rencontres. Aujourd’hui, ce ressenti je le connais, j’en connais la saveur. Suis-je prêt à faire confiance à ce goût que j’ai développé pour mon bien-être? Suis-je prêt à faire en sorte que chaque jour devienne une occasion de faire quelques pas dans la direction de ce mieux-être que je désire pour ma vie?

Prenons le temps de nous questionner…
Aujourd’hui, qu’ai-je fait pour prendre soin de moi et gérer mon temps de manière agréable? Le matin, sur le camino, j’appréciais le premier café au coin de la première terrasse; le lever du soleil dans le chant des oiseaux, les bains de pieds dans le ruisseau. Ici, ai-je fait de la place dans mon agenda pour tous ces petits plaisirs qui me rendent la vie agréable ou si je les néglige?Compostelle - Camino Frances

Ai-je pris le temps d’alléger mon sac de vie de ce qui me pèse inutilement? C’est bien beau vider son sac à dos, mais mon sac de vie est souvent lourd lui aussi. Cette culpabilité, ces jugements, ces vieilles histoires que je traîne pour rien. Ai-je pris le temps de faire le ménage là aussi?

Ai-je fait confiance à mes capacités pour répondre à mes besoins? Après quelques jours sur le chemin, malgré la nouveauté des lieux et les difficultés de la langue, j’ai pu prendre conscience que je ne manquerais de rien et qu’il y aurait toujours quelqu’un pour m’aider en cas de besoin. Ai-je la même confiance envers la vie, ici?

Compostelle - Camino FrancesAi-je établi de nouveaux repères ou suis-je revenu sur mes vieux sentiers? Sur le chemin, je n’hésitais pourtant pas à changer de direction lorsque je réalisais que je faisais fausse route. Qu’en est-il de ma vie ici? Est-ce que je m’entête sur un chemin qui ne me mène pas là où je voudrais aller?

Quel est l’horizon de cette nouvelle vie que je veux tracer? Quelle promesse porte-t-elle? Ai-je pris le temps de formuler ma nouvelle destination de vie suite à mon pèlerinage? Suis-je toujours en cohérence avec l’élan de vie qui m’habitait sur le chemin?

Prenons le temps d’y réfléchir. Prenons le temps d’y mettre le temps. Ça vaut le coup! C’est tout de même pour une vie meilleure…Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Les ateliers du pèlerin

Il est toujours temps de s’inscrire aux ateliers du pèlerins!

Ateliers du pèlerin

La démarche proposée par Bottes et Vélo offre un espace qui permette de renouer et d’approfondir la dimension spirituelle de notre être. Un parcours inspiré par les Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola, qui comprend 14 rencontres de groupe. (Des rencontres en accompagnement individuel sont aussi disponibles.)

Ces ateliers offrent un parcours dans un processus qui vise à établir une cohérence avec l’élan de vie qui nous habite. Comme sur le chemin de pèlerinage, c’est une invitation à se défaire de notre trop-plein pour se laisser habiter par ce qui nous énergise vraiment.

Un premier groupe est formé du côté de Québec. Des places sont toujours disponibles pour les gens de Québec qui voudraient se joindre à nous. Les rencontres se tiendront au deux semaines, le mercredi, de 16h00 à 18h00 ou de 18h30 à 20h30. Nous fixerons l’heure des rencontres après avoir consulté tous les participants. Le lieu reste reste à déterminer, mais les rencontres auront lieu dans le secteur de l’Université Laval. Pour vous inscrire, rendez-vous sur le site de Bottes et Vélo.

Un deuxième groupe sera offert sur la rive-sud!

La Voie du St-Laurent -Ste-Anne-des-Monts

Les ateliers du pèlerin – Se mettre en marche sans nécessairement prendre la route…

Afin de rendre la démarche plus accessible et pour permettre aux gens de la rive-sud, de Lévis à Montmagny, d’entreprendre cette démarche, nous avons décidé d’ouvrir un deuxième groupe. Les rencontres se tiendront le mardi soir, de 16h00 à 18h00 ou de 18h30 à 20h30, selon ce qui conviendra le mieux aux participants. La ville reste à déterminer selon les inscriptions reçues. (Vous n’avez rien à payer tant que le groupe n’a pas été confirmé et que vous n’avez pas signifié votre intérêt de poursuivre une fois la ville sélectionnée en accord avec tout le groupe.)

Les deux groupes des ateliers du pèlerin débuteront fin-septembre. Le tarif est de 280$ pour l’ensemble de la démarche. Si vous désirez un accompagnement spirituel individuel en complément aux ateliers du pèlerins, des rencontres sont également disponibles (20$/heure). Nous vous invitons à vous inscrire aux ateliers en vous rendant sur le site de Bottes et Vélo.

Si vous ne souhaitez pas participer à un groupe, mais désirez tout de même un accompagnement spirituel dans l’esprit de la démarche du pèlerin, vous pouvez prendre rendez-vous avec Éric Laliberté. (tarif: 40$/heure)

Pour plus d’informations, au sujet des ateliers du pèlerins ou de l’accompagnement spirituel, communiquez avec nous au : 418-208-5367.

Ou encore écrivez-nous à: ateliers@bottesetvelo.comBottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté et Brigitte Harouni