Et si c’était possible…

Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.
Mark Twain
Un beau matin, après plusieurs jours de marche, le pèlerin se lève avec cette délicieuse sensation intérieure du simple bonheur de vivre ainsi. Heureux de renfiler son sac, désireux de reprendre sa marche, curieux de découvrir ce que sa journée lui réserve, il se réapprend. Malgré l’effort physique répétitif de la marche, la fatigue générée par le poids du sac à dos et les inconvénients de cette itinérance minimaliste, c’est souvent avec un certain regret que le pèlerin voit arriver la fin de son chemin. Au cours des derniers kilomètres, voyant la ligne d’arrivée se rapprocher pas à pas, il anticipe avec un peu d’amertume son retour dans les souliers de celui qu’il était, il y a pourtant seulement près d’un mois.La Voie du St-Laurent

Un mélange d’émotions contradictoires et imprécises le traverse. Il y a cette douce sensation apaisante à l’idée de retourner dans sa zone de confort confortable, de renfiler ses vieilles pantoufles, de retrouver certains plaisirs qui lui ont manqués durant son périple. Mais il y a aussi ce petit pincement au cœur de savoir que certains aspects de cette nouvelle vie en pèlerinage vont disparaître, une fois le seuil de la maison franchi, emportés par le courant dévastateur de la routine.

Mais qu’est-ce donc qui l’a tant touché? Est-ce le plaisir du voyage? Les rencontres? Les mésaventures mémorables? Les paysages? Est-ce uniquement  l’environnement extérieur qu’il souhaite rapporter dans son bagage pour se sentir bien?

En partant ainsi marcher, aussi longuement, le pèlerin n’a pas fait que sortir de sa zone de confort, il l’a agrandit! Et en ouvrant ainsi ses horizons à de nouvelles réalités, il s’est permis de créer de nouveaux rapports entre lui et ce nouvel environnement. En entrant dans cette zone inconnue, il s’est permis de naître à nouveau à ce monde, vierge de toute histoire, de tout antécédent. Il s’est permis d’être simplement lui-même, dépouillé de toute pression, et de toute influence, autres que celles émanant de lui-même, cicatrices de son parcours de vie. Ce2009-compostelle-et-barcelone-081 processus a pris du temps, des jours de marche et de fatigue pour venir à bout de toutes ces années d’habitudes, de convenus et de devoirs; pour graduellement avancer vers un vivre en harmonie et en cohérence avec ce qu’il désire de la vie.

Alors, qu’est-ce qui l’a tant touché et qui l’a transformé sur cette route? Le sentiment de liberté? La simplicité de chaque journée? La légèreté de son agenda? La tranquillité de ses pensées? Sa disponibilité aux plaisirs des sens? La rencontre avec l’autre le long de sa route?… Que s’est-il permis d’être qu’il a tant aimé?

Un grand nombre de pèlerins revient convaincu que c’est le chemin qui permet de vivre une telle magie intérieure. Et bien qu’il soit vrai que le chemin de pèlerinage offre souvent au pèlerin un terreau favorable à l’épanouissement de ce qui cherchait à germer dans sa vie antérieure, cette musique qui l’anime intérieurement a pourtant toujours été en lui. Dans L’avant-pèlerinage, cette partie de lui ne pouvait trouver sa place pour s’exprimer, étouffée par les obligations, les rôles, et le manque de temps pour prendre conscience de son existence. Le contexte du pèlerinage : dépouillement, désencombrement, calme et temps de solitude, ont offert cet espace pour renaître à soi-même. Cet espace-temps de vide ouvre une fenêtre sur la création, sur l’émergence de la nouveauté, sur un monde de possibles.

KamouraskaDans l’après-pèlerinage, le pèlerin qui revient de cette longue évasion en marge de l’effervescence de nos vies modernes, devra réaménager son quotidien pour se libérer de l’espace et du temps pour continuer d’entendre ce qui le fait vibrer intérieurement, pour se permettre de continuer d’être celui qu’il apprécie être devenu. S’il fait un brin de ménage dans sa zone de confort devenue un peu désuète, pour l’adapter au confort  maintenant recherché, le pèlerin mettra alors en place les moyens qui le rapprocheront de son sanctuaire de vie, cet espace qui l’attire et dans lequel il s’épanouit.

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême

2 comments on “Et si c’était possible…

  1. J’ai tellement hâte de vivre mon premier pélérinage. Je ne veux pas anticiper tout de suite le retour. Mais je sais que cette démarche fait partie d’un long processus.

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