Nouvel an, nouvel élan!

« Nouvel an, nouvel élan. »
Christelle Heurtault
La venue de la nouvelle année a quelque chose de bien particulier. Cette date, pourtant déterminée dans un calendrier inventé par l’homme, porte clairement à ressentir qu’un cycle vient de se terminer et qu’un autre commence. C’est la saison magique des souhaits et des vœux. Chacun a espoir d’un meilleur à venir, désire qu’un certain changement s’accomplisse, qu’un rêve se réalise durant cette nouvelle année. Chacun s’empresse de prendre des résolutions avant que cet élan de foi ne s’atténue.

Tout comme le pèlerin qui décide de se mettre en marche, la résolution que nous prenons émane d’un malaise, d’un mal-être ou d’un sentiment d’incomplétude. Une part de moi sait, ou du moins souhaite, qu’il existe mieux que ce que le présent est, et désire passer à l’action pour le découvrir. Cesser de fumer, perdre du poids, économiser, consacrer moins d’heures au travail, sont autant de nouvelles décisions pour voguer vers cette nouvelle année prometteuse. Ce sont autant de dépendances et d’attaches dont chacun cherche à se délester. Ce sont tous ces poids que le pèlerin porte dans son sac à dos, qui le blessent et l’empêchent de jouir de sa route.

Le pèlerin qui s’élance sur ce long chemin ne marche pas sans but. Il marche vers une destination bien tangible, qu’il s’est fixée. Un lieu significatif pour lui. Un sanctuaire qui lui est propre, qui orientera ses pas et donnera un sens à sa démarche. L’élan qui le met en route permet d’initié le mouvement, mais c’est la puissance de la signifiance du sanctuaire qui mènera le pèlerin à bon port. Avant de prendre une résolution, je dois me demander quel objectif sous-tend mon souhait et pourquoi je désire réaliser ce changement. Est-ce simplement parce qu’il faudrait bien, parce que je devrais, que tout le monde le dit? Ou ai-je, moi, atteint ce degré d’inconfort et d’insatisfaction qui me pousse à m’engager pleinement dans une démarche active?

La nouvelle année n’a rien de magique. Mirage de promesses sans fondement. Le pèlerin n’atteint son sanctuaire que par sa marche, par son déplacement, par le mouvement. Pour qu’une résolution devienne réalité, je dois poser des actions qui contribuent à me rapprocher de mon objectif. Mes actions vont certainement générer des changements dans mon environnement habituel, auxquels j’aurai à m’adapter. Comme le pèlerin, je vivrai l’inconfort de la nouveauté qui m’oblige à réorganiser mon quotidien. Je devrai abandonner certaines choses de mon sac de vie qui m’empêchent d’avancer vers mon but. Puis, après un certain temps, je me serai trouvée de nouveaux repères. Je serai capable de constater et d’apprécier la route que j’aurai parcourue.  Je commencerai à construire un quotidien qui tienne compte des changements que j’apporte. Un pas à la fois, je me rapprocherai de ce « mieux » sincèrement désiré.

L’élan, c’est le premier pas. Et dans notre société élitiste, être le premier est souvent très valorisé et recherché. Par contre, dans ma quête d’un meilleur avenir, ce sont tous les prochains pas qui seront les plus importants, ceux qui confirment que le pèlerin est en mouvement, qu’il chemine vers son sanctuaire, qu’il avance avec détermination, engagement et conviction. Pour la nouvelle année, gagnez en liberté, soyez pèlerin sur le chemin de votre vie!

Brigitte Harouni

L’échange de cadeaux sur le chemin de la vie

Le don est échange de vie ; et la vie, échange de don.
Paul Zumthor 
Le temps de Noël, c’est le temps de donner. Donner des cadeaux à ceux que l’on aime, faire des dons de denrées alimentaires à ceux dans le besoin, donner de son temps à ceux que l’on voit moins souvent durant l’année. On se donne en faisant des compromis et des concessions; on ouvre sa porte; on ouvre sa maison. Et dans cet échange de « cadeaux », il y a deux acteurs : le donneur et le receveur.

Sur les chemins de pèlerinage, donneurs et receveurs se côtoient et s’épaulent tout le long de la route. C’est cet échange qui rend le chemin praticable et donne vie au chemin. Comme la rivière qui serpente à travers le désert, les personnes qui accueillent le pèlerin à travers ses kilomètres de marche, le nourrissent physiquement et spirituellement. Et inversement, celui qui reçoit le pèlerin, l’hospitaleros, garde la trace de ce passage sur sa propre route de vie. La puissance et la richesse de la relation pèlerin-hospitaleros réside dans cet échange mutuel. Cette synergie de la rencontre enrichit chacune des personnes touchées par l’échange. Comme dans toute relation d’échange, un fruit germe de la rencontre d’un pèlerin et d’un hospitaleros, d’un receveur et d’un donneur. Une relation s’établit, un lien se créer, des souvenirs s’inscrivent qui viendront teinter le chemin de vie des deux personnes. Chacun reprendra sa route en portant en lui un peu de l’autre. C’est ce que certains appellent « la magie du chemin ». La dynamique de l’échange de « cadeaux » n’a d’impact que si les trois acteurs sont en jeux : le donneur, le receveur et l’échange relationnel, ce phénomène d’osmose qui s’opère entre les deux personnes.

Dans notre monde moderne, le receveur a rapidement tendance à penser monnayer sa part de l’échange. Spontanément, celui qui reçoit met la main dans sa poche pour sortir quelques sous pour signifier sa reconnaissance envers le donneur. Mais sur un chemin de pèlerinage, tout comme dans notre vie quotidienne, l’argent n’est pas forcément l’unique monnaie d’échange. Le pèlerin peut enrichir son donneur en offrant une belle soirée d’histoires et d’anecdotes du chemin, en partageant des moments de rires et de plaisirs sincères mais passagers, en prenant le temps de participer à la vie des hôtes, en donnant un peu de qui il est, de ses valeurs, de ses croyances et de ses connaissances. Il est des cadeaux qui n’ont pas de prix. Dire bonjour et sourire à celui que l’on croise en chemin, ramasser ce que l’autre a échappé sans s’en rendre compte et le lui rendre, aller donner un coup de main à celui qui a les bras trop chargés, à celui qui semble mal pris.

Souvent celui qui donne ne souhaite pas d’argent en retour. C’est là toute la beauté du geste. Sa gratuité! C’est vraiment ça donner : partager une richesse que l’on possède et dont l’autre a besoin. Celui qui donne offre un peu de lui : un coin de toit à l’abri, une assiette du repas, un petit bout de route en voiture, un verre d’eau, une pomme de son verger. Le donneur est nourrit par la reconnaissance et la gratitude qu’il lit dans les yeux du receveur. Tout comme le scout qui a fait une bonne action, celui qui donne se sent envahi par une sensation intérieure qui le grandit et le réchauffe. Il en tire une satisfaction égoïstement personnelle.

Comme pour toute chose, nous avons généralement développé, dans ce rapport de donneur-receveur, une zone de confort, un rôle dans lequel nous nous sentons plus à l’aise. Certains en sont presque devenus des donneurs professionnels, tout comme d’autres sont devenus des receveurs universels. Pourtant, dans chaque rôle les apprentissages sont importants et contribuent à faire de nous des pèlerins de vie aux multiples compétences en relations humaines.  À exacerber un rôle, on risque de nourrir notre égo et ainsi nuire à la dynamique relationnelle d’échange entre le donneur et le receveur. Apprendre à donner, c’est s’intéresser et se soucier des besoins de l’autre. C’est prendre conscience de la présence de l’autre et la considérer. Dans la société dans laquelle nous vivons, une société de plus en plus individualiste, savoir donner est une bien belle qualité. Apprendre à recevoir, c’est s’intéresser et se soucier de ses propres besoins. Malheureusement, on a souvent tendance à ne pas vouloir s’accorder d’importance, de crainte de passer pour égoïste ou profiteur. Plusieurs vont être réticents à demander de l’aide de peur de déranger ou de s’imposer.

En ce temps des fêtes, vivez de la « magie de Noël ». Demandez-vous si vous êtes plus donneur ou receveur. Osez sortir de votre rôle de confort. Allez à la découverte d’un nouvel apprentissage!

Brigitte Harouni

Ce qui freine ma marche

La seule chose que nous ayons à craindre est la crainte elle-même.
Franklin Roosevelt
La capacité d’adaptation dépend grandement de la souplesse d’esprit et de l’ouverture que nous avons à accepter le changement. Voyager, c’est mettre à l’épreuve cette aptitude. C’est choisir de sortir de ses habitudes pour aller découvrir un ailleurs et un autrement. C’est se rendre disponible à apprendre, à apprivoiser et parfois même à adopter la différence et la nouveauté. C’est grâce à ce déplacement extérieur que je peux mettre en lumière mes résistances intérieures, que je peux questionner mes limites et mes enfermements. Qu’est-ce qui m’empêche d’avancer? Quels sont mes freins? Ont-ils leur raison d’être?

chemin clôturéComme l’adolescent qui élargit son territoire d’exploration en allant chez des amis, et qui, conscient que les règles peuvent être discutées, questionne le fait que l’autre a des droits et des privilèges qu’il n’a pas, le voyageur découvre de nouvelles façons de faire et de vivre qui viennent ébranler la base de ses propres prémisses. Celui qui a grandi dans un pays « surdéveloppé » a été façonné par une multitude de règles, de conventions, de codes, de lois et d’encadrements de toutes sortes venant baliser le chemin et la voie à suivre. Cet exosquelette est tellement fort et tellement présent que toute initiative prise par l’individu pour en sortir est perçue comme de la délinquance, voire même de la folie. On dira de celui qui, se sentant trop  à l’étroit dans ce moule, se permet de sortir de cette route sécuritaire toute tracée pour vivre plus de liberté, que c’est un marginal; simplement parce qu’il vit en marge de ce que la société environnante prône. Et paradoxalement, ce qui peut paraître étouffant pour certains est perçu comme sécurisant par d’autres. Chaque famille, chaque parent, instaure des règles dans le but d’offrir ce qu’il y a de mieux à ses enfants, pour qu’ils ne manquent de rien, pour leur assurer un bel avenir. Le cadre est là pour protéger. C’est le casque de vélo, la clôture du jardin, la ceinture de sécurité, la veste de flottaison. Mais mère disait : « Trop d’une chose n’est jamais bon ». Alors je vous le demande : quel adulte devenons-nous lorsque tout autour de nous est pensé et prévu pour éviter de se faire mal?

Bottes et VéloVoyager, c’est s’exposer à vivre, à ressentir le déséquilibre et l’inconfort de l’expérience nouvelle. C’est se mettre en situation d’ouverture face à l’inconnu et au changement. Pourtant, récemment, dans un hôtel de Cuba, j’entendais une touriste québécoise qui refusait fermement qu’on lui serve son café dans un verre. Elle exigeait de l’avoir dans une tasse. Pourquoi cette rigidité? D’où origine cet enfermement? Chaque pays a son cadre de vie. Prendre le temps de l’observer et de le comprendre nous permet de réaliser que faire autrement est possible et acceptable. Certains peuples mangent avec des ustensiles, d’autres avec des baguettes tandis que d’autres mangent avec leurs mains, en se servant de feuilles de laitue ou de galettes de pain. Certains pays boivent le vin chaud, d’autres l’aiment frais. Tout comme certains boivent la bière tiède alors que d’autres la préfèrent glacée. Chez nous, il y a un panneau d’arrêt obligatoire à presque tous les coins de rue, alors que dans certains pays, on ne trouve aucun feu de circulation, et même aucune ligne sur la route. Selon notre code d’éthique, finir son assiette est un signe de politesse, alors que dans d’autres pays il faut en laisser une bouchée pour signifier que c’était très bon mais qu’on est maintenant rassasié.

realite-convenueTous ces encadrements ne sont que des règles inventées et convenues par les hommes. Mais elles sont si nombreuses et si présentes qu’on ne les remarque plus. Elles font partie de notre réalité convenue. Rarement nous les remettons en question. Année après année, présentées par différents agents de confiance, parents, amis, enseignants, nous apprenons à les intégrer. Elles font maintenant partie de nous et contribuent à orienter nos décisions lors de débats intérieurs. Comme elles sont nombreuses et qu’elles ont souvent de l’ancienneté, elles ont un grand pouvoir d’influence sur ce que nous conviendrons de faire, sur les actions que nous choisirons d’entreprendre. Parfois aidantes, elles peuvent cependant aussi devenir un frein au changement. Elles peuvent être limitantes, contraignantes, et même alimenter le jugement que nous avons de nous-mêmes. Elles en viennent parfois même à éclipser notre jugement en regard de la situation, nous obligeant à faire abstraction de notre élan intérieur et des sentiments qui nous habitent, de notre désir profond.

En sortant de chez soi pour aller vers l’autre, c’est tout un univers de possibilités et de modèles de vie qui s’offre à soi. Tous ces gens que je rencontre sont des « moi » potentiels. Si une version m’attire, qu’est-ce qui m’empêche d’aller vers elle et de la faire mienne? Si un changement m’interpelle, pourquoi ne pas le vivre? Qu’est-ce qui me fait dire que ce n’est pas possible? Bien que le frein soit très utile sur un véhicule, il faut savoir le retirer pour pouvoir avancer. Sur la route au volant de ma vie, je suis le moteur et le frein. Il n’en tient donc qu’à moi pour avancer.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Quel est ce rêve qui m’éveille à la vie?

Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité.
Antoine de Saint-Exupéry
reve-2Quand on est jeune, notre univers déborde de rêves de toutes sortes. Les yeux fermés, le soir dans notre lit, notre esprit créatif et imaginatif vivote, d’un savoureux désir à un autre. Avoir un petit chien, danser avec ce beau garçon de la classe voisine auquel on n’ose pas parler, vivre une aventure trépidante dans un décor rocambolesque avec notre meilleure amie. Puis, la vie de jeune adulte nous rattrape et nos rêves prennent une tournure souvent plus réaliste : partir en appartement avec son amoureux, vivre un mariage des plus romantiques, avoir des enfants, petits anges cornus adorables. Passé les vingt ans, les rêves deviennent des projets de vie réfléchis : avoir une maison avec un beau jardin, trouver un travail dans le domaine d’étude, élever trois enfants et voyager.Et souvent, les contes de fées s’arrêtent là : ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux jusqu’à la fin des temps. On ne nous raconte jamais la suite de l’histoire. Comme si après toutes ces péripéties de jeunesse, la vie prenait une vitesse de croisière et filait le parfait bonheur jusqu’à la fin. Pourtant, la réalité est tout autre. Cette vitesse de croisière peut même plutôt nous donner le sentiment d’être à l’arrêt, sur le neutre. Alors je vous le demande : à quoi rêve-t-on quand les enfants sont grands, que la maison est rénovée, que la carrière est établie et que la routine est bien installée? Sylvain Lelièvre a-t-il raison lorsqu’il dit qu’ « en prenant de l’âge, on déserte son propre cœur?

voyageur-bord-de-routeC’est souvent à ce moment charnière de notre vie que le désir de changer se fera sentir avec intensité. Un sentiment d’incomplétude commence à naître que rien ne semble combler, ni le voyage dans un tout inclus à Cuba, ni l’escapade amoureuse dans un centre de massothérapie. Tous ces « avoirs » ne rassasient que temporairement et superficiellement. C’est un manque d’ « être » que l’on ressent. Alors comment répondre à ce qui cherche à s’exprimer? Maintenant adulte, nous n’avons plus l’âge d’apprendre à patiner ou à faire de la bicyclette. On a trop peur de tomber et de se faire mal. Notre parcours de vie, à travers les moments difficiles et souffrants, en a échaudé plus d’un. Combiner cette crainte acquise à ce que notre monde moderne nous a conditionné à faire : planifier, organiser, prévoir même l’imprévisible afin de le prévenir, et vous obtenez un adulte figé sur le bord du chemin de la vie.

reve-3Souvent conscient de ce qui nous appelle intérieurement  et de ce que nous souhaitons vivre, on se retrouve coincé dans un conflit moral entre « ce que je veux », les « il faut » et les « qu’en dira-t-on ». Dans cette tempête intérieure, le combat est souvent injuste car « ce que je veux » est encore bien jeune. Il a souvent grandit étouffé par les « il faut » et les « quand dira-t-on ». L’issue de la bataille n’est pas d’en sortir un gagnant, mais bien d’arriver à une solution qui fasse consensus, une proposition qui tienne compte du point de vue de ces trois personnages et avec laquelle JE est prêt à vivre.

On a beau vouloir maintenir notre vie dans un équilibre statique parfait et confortable, l’omniprésence du changement dans tous les aspects de ce qui nous entoure rend cet objectif complètement utopique. Accepter le changement, c’est être conscient de la réalité dans laquelle on chemine tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Certains changements sont très accessibles et réalisables. Ce sont de petits pas vers notre rêve lequel se définira et prendra forme au fil des étapes du parcours. Mais d’autres changements peuvent s’avérer plus fous et inquiétants pour nous et aux yeux de ceux qui nous entourent, eux qui généralement souhaitent rester dans un monde connu et sécurisant. De tels changements sont souvent signe que le désir est en gestation depuis bien longtemps dans notre esprit et qu’ils sont plus que mûrs pour voir le jour. Jean-Pierre Ferland nous chante poétiquement: « je veux mourir ma vie, et non vivre ma mort ». Si l’appel est si grand, il continuera de résonner et nous rappellera régulièrement. Alors chacun à son rythme, un pas à la fois, on découpe le parcours pour le vivre à travers des étapes raisonnables qui correspondent à ce qu’on est prêt à vivre sans se blesser et sans causer trop de dégâts autour de soi. Rien ne presse. C’est un vrai pèlerinage qui commence, celui de ma vie!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Et si c’était possible…

Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.
Mark Twain
Un beau matin, après plusieurs jours de marche, le pèlerin se lève avec cette délicieuse sensation intérieure du simple bonheur de vivre ainsi. Heureux de renfiler son sac, désireux de reprendre sa marche, curieux de découvrir ce que sa journée lui réserve, il se réapprend. Malgré l’effort physique répétitif de la marche, la fatigue générée par le poids du sac à dos et les inconvénients de cette itinérance minimaliste, c’est souvent avec un certain regret que le pèlerin voit arriver la fin de son chemin. Au cours des derniers kilomètres, voyant la ligne d’arrivée se rapprocher pas à pas, il anticipe avec un peu d’amertume son retour dans les souliers de celui qu’il était, il y a pourtant seulement près d’un mois.La Voie du St-Laurent

Un mélange d’émotions contradictoires et imprécises le traverse. Il y a cette douce sensation apaisante à l’idée de retourner dans sa zone de confort confortable, de renfiler ses vieilles pantoufles, de retrouver certains plaisirs qui lui ont manqués durant son périple. Mais il y a aussi ce petit pincement au cœur de savoir que certains aspects de cette nouvelle vie en pèlerinage vont disparaître, une fois le seuil de la maison franchi, emportés par le courant dévastateur de la routine.

Mais qu’est-ce donc qui l’a tant touché? Est-ce le plaisir du voyage? Les rencontres? Les mésaventures mémorables? Les paysages? Est-ce uniquement  l’environnement extérieur qu’il souhaite rapporter dans son bagage pour se sentir bien?

En partant ainsi marcher, aussi longuement, le pèlerin n’a pas fait que sortir de sa zone de confort, il l’a agrandit! Et en ouvrant ainsi ses horizons à de nouvelles réalités, il s’est permis de créer de nouveaux rapports entre lui et ce nouvel environnement. En entrant dans cette zone inconnue, il s’est permis de naître à nouveau à ce monde, vierge de toute histoire, de tout antécédent. Il s’est permis d’être simplement lui-même, dépouillé de toute pression, et de toute influence, autres que celles émanant de lui-même, cicatrices de son parcours de vie. Ce2009-compostelle-et-barcelone-081 processus a pris du temps, des jours de marche et de fatigue pour venir à bout de toutes ces années d’habitudes, de convenus et de devoirs; pour graduellement avancer vers un vivre en harmonie et en cohérence avec ce qu’il désire de la vie.

Alors, qu’est-ce qui l’a tant touché et qui l’a transformé sur cette route? Le sentiment de liberté? La simplicité de chaque journée? La légèreté de son agenda? La tranquillité de ses pensées? Sa disponibilité aux plaisirs des sens? La rencontre avec l’autre le long de sa route?… Que s’est-il permis d’être qu’il a tant aimé?

Un grand nombre de pèlerins revient convaincu que c’est le chemin qui permet de vivre une telle magie intérieure. Et bien qu’il soit vrai que le chemin de pèlerinage offre souvent au pèlerin un terreau favorable à l’épanouissement de ce qui cherchait à germer dans sa vie antérieure, cette musique qui l’anime intérieurement a pourtant toujours été en lui. Dans L’avant-pèlerinage, cette partie de lui ne pouvait trouver sa place pour s’exprimer, étouffée par les obligations, les rôles, et le manque de temps pour prendre conscience de son existence. Le contexte du pèlerinage : dépouillement, désencombrement, calme et temps de solitude, ont offert cet espace pour renaître à soi-même. Cet espace-temps de vide ouvre une fenêtre sur la création, sur l’émergence de la nouveauté, sur un monde de possibles.

KamouraskaDans l’après-pèlerinage, le pèlerin qui revient de cette longue évasion en marge de l’effervescence de nos vies modernes, devra réaménager son quotidien pour se libérer de l’espace et du temps pour continuer d’entendre ce qui le fait vibrer intérieurement, pour se permettre de continuer d’être celui qu’il apprécie être devenu. S’il fait un brin de ménage dans sa zone de confort devenue un peu désuète, pour l’adapter au confort  maintenant recherché, le pèlerin mettra alors en place les moyens qui le rapprocheront de son sanctuaire de vie, cet espace qui l’attire et dans lequel il s’épanouit.

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême

Où allais-tu en marchant si longtemps?

Sans destination, il n’est pas de destinée.
Abbé de Rancé
Où allais-tu en marchant si longtemps? Étais-tu en quête d’espace, alors que ta vie devenait trop étroite? Étais-tu en quête de lenteur, alors que ta vie allait trop vite? Étais-tu en quête d’exotisme, alors que ta vie manquait de saveur? Étais-tu à la recherche d’une destination, alors que ta vie n’en avait plus? Où allais-tu? Quelle était cette force qui appelait chacun de tes pas?

Bottes et VéloLe pèlerinage n’est pas sans raison, surtout pas sans réflexion. Sinon, il n’est plus que simple randonnée, un sport à pratiquer. Le pèlerin de l’époque médiévale savait où il allait et pourquoi. Il marchait vers un sanctuaire dans l’espoir d’expier ses péchés, dans l’espoir d’une vie meilleure. Le sanctuaire était sa destination. Atteindre le sanctuaire, c’était pour une vie meilleure. Toute sa route pointait vers cet espace de sainteté. Le sanctuaire porte en lui le désir du pèlerin.

Aujourd’hui, la notion de péché n’est plus tellement présente dans nos vies, pas plus que celle de sainteté. Toutefois, l’idée d’une vie meilleure nous parle. Cette vie meilleure nous la cherchons tous. Il y a toujours une insatisfaction pour nous rappeler que nous aimerions que ce soit autrement. Nous aimerions avoir une plus grande maison, de plus beaux vêtements,  une nouvelle voiture, partir en voyage, voir cette personne plus souvent, avoir de plus longues vacances, être aimé davantage, se sentir apprécié, perdre du poids, avoir un corps musclé, se faire refaire le nez, changer de couleur de cheveux… Bottes et VéloToutes ces insatisfactions nous disent et redisent, de manière détournée, notre désir d’une vie meilleure. Mais, était-ce réellement mon nez qui me dérangeait ou plutôt l’idée que je me faisais d’un beau nez…?

À travers nos insatisfactions, notre désir cherche à se dire et nous pousse à agir. Toutefois, nous agissons souvent de manière impulsive face à celui-ci. Dans le brouhaha et l’urgence quotidienne de nos vies, chaque malaise, insatisfaction, souffrance est comblé rapidement. Si je grignote ces chips, est-ce réellement parce que j’avais envie de chips, ou pour éprouver une sensation de bien-être alors que je viens de vivre une frustration? Trop souvent, nous ne prenons pas le temps d’être attentif à ces signaux intérieurs, d’écouter ce qu’ils cherchent à nous dire réellement. Ce n’est que lorsqu’ils se font de plus en plus pressants, qu’ils ne peuvent plus être leurrés par un sac de chips (ou tout autres subterfuges), qu’une véritable action devient nécessaire. Il faut alors se mettre en marche! Il faut bouger! Et pour bouger il faudra abandonner certaines choses derrière soi. Bottes et VéloOn ne peut pas tout emporter! Et si ma souffrance, mon malaise, venait de ma peur de perdre? De mon attachement? Pour le pèlerin, l’espoir est plus grand que sa souffrance. C’est ce qui le mettra debout et en marche.

Partir en pèlerinage. Quitter son chez soi et toutes ses habitudes. Marcher en marge du monde. Loin du bruit et de l’agitation, entendre. Se mettre à l’écoute de cette destination qui murmure en nous, de cette vie meilleure qui nous appelle. Quitter un chez soi illusoire pour se diriger vers sa véritable demeure. Avoir le courage de vivre en cohérence avec cet appel.

« Où allais-tu en marchant si longtemps? – Je rentrais chez moi. »Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Le dur chemin du retour

“La vie est un départ et la mort un retour.” Lao-Tseu
Partir, se lancer sur les routes, avec pour seul bagage son sac à dos, fait naître intérieurement une gamme d’émotions énergisantes. Se savoir parti à l’aventure, à la découverte d’un autre monde, un monde en marge du quotidien, un monde rempli d’imprévus enrichissants et de moments mémorables, nous tient en haleine comme un bon roman et nous donne le goût de continuer d’avancer. L’histoire se dévoile lentement. Une page à la fois. Un pas à la fois, chaque journée nous apporte son lot de souvenirs qui marqueront à jamais notre parcours de vie. Ils traversent tout notre être, nous transforment. On tente de retenir ces instants savoureux. On les décortique pour en goûter chaque seconde. On désire les vivre pleinement et intensément, ralentir le temps, mais le temps et l’espace s’écoulent tout autour de nous.

la Voie du St-LaurentPuis vient le moment où la fin du rêve commence à poindre à l’horizon. Le but se rapproche de nos pas. Impossible de retenir l’inévitable. Il est maintenant temps de rentrer chez soi. De déposer celui qui est passé de simple sac impersonnel, à fidèle compagnon de voyage, celui qui a partagé cette épopée que notre entourage ne semble pas saisir, celui qu’on a même parfois baptisé d’un petit surnom sympathique.

Le retour est difficile! À l’instant même où nous prenons conscience que la fin est belle et bien arrivée, c’est la rencontre de deux courants : le plaisir de retrouver le confort de son chez soi, de cette partie de notre vie que nous chérissons, et l’inconfort de retourner vivre ce qu’on a eu tant de plaisir à quitter!

Bottes et VéloEt c’est là que le vrai pèlerinage commence! C’est au retour que tout se joue réellement. Toute cette marche n’était en fait qu’une introduction. Un stage de vie. Qu’as-tu réellement aimé de ton pèlerinage? Qu’est-ce qui te donne vraiment l’envie de vivre? Que souhaites-tu rapporter comme « souvenir » de ce pèlerinage pour l’introduire dans la suite de ta vie?

Le grand défi, celui que nous ne suspections pas, nous attend sur le perron de la maison. On se retrouve alors, la clé dans la main, prêt à ouvrir la porte sur notre ancienne vie, celle qui n’a pas bougé depuis notre départ. Celle que nous avons quittée avec un peu trop d’enthousiasme. Celle qui est toujours là à notre retour et qui génère un serrement à l’estomac.  « Et maintenant, nous  dit notre petite voix, tu vas faire quoi? »

Tout ce temps passé en marge de ma réalité quotidienne, ce pèlerinage, m’a permis de découvrir qui je suis vraiment, ce qui me fait vibrer, ce qui donne bon goût à MA vie. Je l’ai vécu. Je sais l’identifier. Alors maintenant : comment puis-je adapter mon quotidien pour continuer de goûter ce qui me fait tant de bien? Comment faire comprendre à ceux qui  me connaissent depuis si longtemps que je suis revenu transformé? Qu’ils vont devoir récrire leurs étiquettes, celles qu’ils m’attribuent? Redéfinir notre relation? Comprendre que je ne veux plus être la personne que j’étais, qui n’était déjà pas vraiment moi?

La Voie du St-LaurentOui! Le défi : c’est le retour! Le pèlerin revient, après près d’un mois de déplacement, à son point de départ. Et ce point de départ, lui, n’a pas cheminé! Et souvent, ne comprendra pas ce que le cheminement a apporté au pèlerin.

Bref, ce que le pèlerin ne suspecte pas lorsqu’il quitte sa demeure, alors qu’il est obnubilé par toute la frénésie du départ et de l’aventure, c’est qu’il est en train de faire le premier pas vers une meilleure connaissance de lui-même, sur une route qui s’annonce plus longue que ce que sa carte ne semble lui annoncer!

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême

Le pèlerinage, un outil de transition

Quand une fleur ne fleurit pas,
vous modifiez l’environnement dans lequel elle se développe, pas la fleur.
Alexander Den Heijer
Tout au long de notre vie, nous sommes en recherche d’un mieux-être intérieur et en quête d’une identité qui nous soit propre. Chaque instant de notre vie nous amène à nous connaître davantage et à préciser celui ou celle que nous souhaitons être et devenir. À travers les âges, inconsciemment, plusieurs éléments de notre entourage viennent influencer le portrait que nous sommes à façonner.

De notre jeune âge à aujourd’hui, nous avons tous été marqués par les gens et les événements que nous avons vécus. Nous portons tous en nous la trace de ces passages de notre histoire de vie. Afin de trouver une définition de soi queLa Voie du St-Laurent nous jugeons juste et dont nous sommes fiers, nous avons parcouru notre chemin de vie en développant des comportements en réaction à notre environnement. Pour obtenir ce que nous désirons et accéder à une satisfaction, qu’elle soit matérielle ou affective, nous avons expérimenté et exploité nos ressources et talents personnels. Nous avons détecté les habiletés gagnantes et avons depuis lors travaillé à les parfaire et à les raffiner. Pourtant, ces comportements, même s’ils viennent répondre à nos besoins, ne sont pas toujours pour autant aidants ou enrichissants pour la personne que nous voulons être. Mais nous les conservons car ils sont adaptés à notre vie du moment. Nous nous trouvons alors dans cette de zone de confort: ce connu pas toujours confortable, mais confortant.

Tout au long de notre route, nous traversons des périodes de crises. Que ce soit la crise du non, celle plus douce du pourquoi, l’adolescence, la trentaine, la crise du mi-temps et le départ à la retraite, tous ces instants de vie sont des temps de remise en question identitaire. Comme le poussin qui voit sa coquille devenir étouffante et qui se décide à la casser, nous ressentons le besoin de passer à autre chose, de grandir, de changer de peau, de muer. Notre situation de vie du moment ne nous convient plus. Le temps a passé. Nous avons évolué. Nous ne sommes plus tout à fait celui que nous étions il n’y a pas si longtemps. Et nous sommes maintenant mûrs pour un changement. Nous souhaitons réorganiser certains aspects de notre vie, changer de décor.

Qui suis-je? Où vais-je? Deux questions qui guident notre ménage intérieur. Le passé, le présent et le futur du Moi. Plus jeune, nous ajoutions des pièces pour bâtir notre identité. Nous ramassions autour de nous celles qui nous séduisaient, celles qu’on nous donnait et celles qu’on nous imposait. Nous nous attardions davantage au Moi présent La Voie du St-Laurentet futur. Mais avec le temps, la maturité, avec du recul, lorsque rendus adultes nous redéfinissions notre être intérieur, nous accordons une attention particulière au Moi passé. Éric Laliberté dit souvent : « Nous sommes tous le résultat d’un parcours de vie. » Rendu à un certain âge, redéfinir qui nous sommes, c’est se départir de certaines pièces de notre identité que nous ne souhaitons plus être, qui ne nous appartiennent pas, qui ne nous ont jamais vraiment appartenu mais que nous avons endossées toutes ces années par devoir, par habitude, par soumission… Pour bien définir qui nous sommes et qui nous aspirons à devenir, il est essentiel de revoir qui nous avons été, refaire notre chemin, suivre notre fil d’Ariane pour se retrouver.

Dans chaque situation de redéfinition identitaire, il y a un détachement qui s’opère entre nous et l’extérieur; éloignement des parents, des amis, du travail, des obligations, de toutes ces sources d’influences que nous ne souhaitons plus subir, de ce monde qui nous bombarde constamment d’images de soi, de modèles à suivre et à être; un monde qui tente par tous les moyens de nous vendre une identité : piège dans lequel il nous est tellement facile Iles-de-la-Madeleinede tomber et de s’oublier. Le pèlerinage se présente alors comme un temps d’arrêt, un voyage en marge du monde, une marche avec soi pour mieux se connaître et s’apprendre. Le pèlerin d’aujourd’hui savoure son voyage car en plus de lui offrir un dépaysement et une tranquillité d’esprit, il lui permet d’être pleinement lui-même sans avoir à lutter contre un monde extérieur qui cherche à le contraindre à une définition de lui-même et le tiraille dans ses convictions profondes.

Pour celui qui a besoin de descendre du train-train quotidien qui roule si vite pour faire un ménage personnel dans ce fouillis d’idées et d’irritants qui se bousculent et lui brouille l’esprit, le pèlerinage se présente comme un outil permettant cette escale de vie et facilitant ce bilan de par le vide qu’il fait émerger. Ce vide momentané est comme le vide au centre de la flûte, celui de la guitare; c’est de ce vide que nait la musique de l’instrument; c’est de ce vide que naîtra ma musique!

Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

S’autoriser à se faire du bien…

Les maladies que l’on cache sont les plus difficiles à soigner.
Proverbe chinois
Quand on ne sait plus ce qu’on aime. Quand on a l’impression de ne plus savoir ce qui nous fait plaisir et que tout fout le camp. Quand on a l’impression que la vie n’a plus de goût et que même se lever le matin est devenu une corvée. Quand le cœur n’y est plus et que tout nous demande un effort, c’est probablement que nous sommes en dérapage. Dans ces moments, s’autoriser à se faire du bien n’est pas si simple que cela. On a l’impression que tous nos repères ont disparu, qu’on ne se connait plus…
S'autoriser à se faire du bien

Le signe avant-coureur de cet état est bien souvent le sentiment de ne plus être sur la bonne route. Pour le pèlerin, c’est le sentiment d’avoir manqué une flèche au dernier croisement…

Sans se rendre compte, nous nous sommes lancés tête baissée. Nous avons foncé sans poser de questions, sans remarquer quoi que ce soit. La voie semblait toute tracée et pointer dans cette direction. Pourtant, ce n’était pas le bon chemin…

« En relevant la tête, alors que j’entrais dans le village, je me suis approché de la fontaine pour m’y asseoir et refaire le plein d’eau. Ce soleil de plomb me cuisait depuis des heures et me donnait soif.
Assis sur la margelle, dégoulinant de sueur, j’observais la place sans trop penser; mon corps était trop fatigué et il aspirait déjà au prochain albergue.
D’une main lasse j’épongeais la sueur sur ma nuque, pendant que mes yeux fouillaient la foule. Inconsciemment, ils cherchaient quelque chose : un repère, une indication, une flèche… Pourtant, rien ne venait rassurer ma halte. Les gens qui m’entouraient n’étaient pas ceux auxquels je m’attendais. Ils ne portaient pas de sacs à dos, ni bâtons de marche, ni chapeaux ridicules. Après quelques minutes à promener mon regard sur la place, j’ai repris mon sac et mes bâtons, décidant de risquer quelques pas de plus dans cette direction.
On met parfois beaucoup de temps à réaliser qu’on fait fausse route…
Dans la vie aussi.
Au départ, je poursuivais bien quelque chose, mais ici : je ne le sentais plus. Il me semblait l’avoir perdu de vue. Plus rien ne me parlait de ce qui m’avait mis en route. J’eus soudainement l’impression de m’enfoncer. Que chacun de mes pas devenaient plus lourds et demandaient plus d’effort. Remarquez, plus on s’enfonce, plus on s’isole et même les plus beaux paysages perdent de leur enchantement.
Dans la vie aussi. »

S'autoriser à se faire du bienParfois, on préfère s’illusionner sur la direction que nous avons prise pour ne pas toucher certaines souffrances; pour ne pas revenir en arrière, on préfère s’anesthésier de mille et une façons. On en vient alors à se faire du mal, en croyant se faire du bien.

La beauté du chemin de pèlerinage c’est qu’une fois parvenu à ce point, bien que nous soyons découragés, la solution devient évidente. Il n’y a pas d’autre choix et nous n’hésiterons pas : nous allons virer de bord! Ce n’est pas le bon chemin! C’est simple, non?

Dans la vie pourtant, il en va souvent autrement. Nous faisons preuve d’entêtement et d’obstination. Nous résistons avec force…

Plusieurs pèlerins diront : « C’est tellement plus simple sur le chemin! » Pourtant, ce n’est pas tellement le voyage qui fait la beauté du pèlerinage, comme l’état dans lequel se met le pèlerin pour le vivre. Le pèlerinage fait du bien parce que le pèlerin s’ouvre au bien-être. Il se dispose à cette attention quotidienne qui goûte chaque moment. Le pèlerinage est une disposition du cœur. Et s’autoriser à se faire du bien commence par cette prise de conscience : suis-je sur la bonne route? Poser la question, c’est déjà y répondre. Le principal comme pèlerin c’est d’en prendre conscience et de retourner sur sa route; se rappeler les repères qui orientaient notre marche.

Le pèlerin avance à tâtons, au « pif » comme qui dirait. Il fait confiance à quelques repères placés ici et là : un alignement de pierres, une flèche, un coquillage. Des repères qui seront signifiants pour lui, pas pour tout le monde. Le laitier et le boulanger n’ont pas à suivre les flèches jaunes, ce n’est pas leur chemin à eux. Chacun a ses repères, suffit d’apprendre à les reconnaître.Compostelle - flèche jaune

Dans notre quotidien cependant, il n’y a pas de flèches jaunes. Il n’y a qu’un ressenti pour nous guider, un ressenti qui est inscrit dans tout notre corps. En nous, c’est toute l’expérience du chemin quotidien qui vibre en résonance avec le sanctuaire qui nous interpelle dans notre être en marche.

Au début de sa route, de sa vie, le pèlerin se met en marche vers un sanctuaire bien concret. Il a besoin d’un signe tangible pour orienter sa marche : études, carrière, milieu de vie, habitat, relations, réussites, etc. Seulement, tôt ou tard, cette figure objectivable ne le satisfait plus et elle devra mourir pour que puisse naître « Le Sanctuaire », cet espace en soi qui relève davantage d’un état insaisissable, d’une posture de confiance, d’espérance, que de la destination.

Les signes de ce sanctuaire sont inscrits dans la chair du pèlerin. Ils sont inscrits dans l’expérience sensible de son humanité et le pèlerin est le seul à être capable d’en décoder le sens. Ce sont ses flèches jaunes à lui, celles qui donnent sens à sa vie. Celles qui le mettent en mouvement, qui le tirent en avant, lui donne un goût de meilleur.

S'autoriser à se faire du bienS’autoriser à se faire du bien, quand on ne sait plus ce qu’on aime, demande un retour en arrière, de rebrousser chemin. Dans ce mouvement, je pourrai reprendre contact avec ces expériences marquantes qui ont laissé des traces de bon goût dans ma vie. En revisitant ces moments, c’est toute une expérience sensible que je me réapproprie. C’est la possibilité d’une prise de contact avec des émotions oubliées qui peuvent dénouer l’impasse de mon présent. Rien n’est banal dans ce cas-ci! Tout mérite de s’y arrêter : le bon goût du chocolat chaud d’une grand-mère attentionnée, la balade en voiture du dimanche, l’odeur d’une maison, un vieux refrain, tout…

S’autoriser à se faire du bien, c’est marcher dans la clairvoyance de sa voie. C’est le chemin de la simplicité. Contrairement à tout ce qu’on a pu nous laisser croire ça ne demande pas d’efforts, mais de l’attention! De l’attention pour soi.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Passer à travers l’hiver

C’est en saison sèche qu’on se lie d’amitié avec le piroguier.
Proverbe Foulfouldé
St-Michel-de-BellechasseL’automne est maintenant bien installé et annonce clairement l’arrivée imminente de l’hiver. L’hiver : saison que plusieurs tentent de fuir, car elle dérange notre confort et nos habitudes. Le vent, la neige, le froid nous obligent à changer notre façon de vivre. Chacun se prépare à affronter cette saison : rentrer le bois de chauffage, sortir les pelles, mettre les pneus d’hiver, acheter bottes et manteau aux enfants. Puis quand arrive l’hiver, malgré toute notre appréhension, la vie continue! On se réjouit des paysages givrés et saupoudrés de neige, on skie dans la poudreuse, on se délecte d’une bonne soupe, on flâne au coin du feu, on marche dans le calme des sous-bois en raquettes. Et on trouve que notre hiver québécois est le plus beau!

Dame Nature nous fait ici une belle leçon de vie. Elle nous montre qu’un changement, ça se prépare. Qu’arriverait-il à notre bel érable s’il ne perdait pas ses feuilles avant l’hiver? Et nos petits rongeurs s’ils n’hibernaient pas? S’ils ne faisaient pas de provisions avant le gel? C’est parce qu’on se prépare au changement qu’il nous devient plus facile de l’accepter et de bien vivre ce qui à prime abord semblait un événement catastrophique. Plusieurs changements sont incontournables ou le deviennent éventuellement. Il importe, pour continuer d’être heureux et de vivre en harmonie avec soi-même, de les reconnaître, de se préparer à les affronter et à les apprivoiser pour en voir les bons côtés.

Phare de La Martre en hiverCe que la nature m’enseigne aussi, c’est que le changement n’est pas essentiellement négatif. Ce que la chenille perçoit comme une fin, le papillon y voit une naissance. Tout est une question de point de vue et de façon d’aborder la situation. Le changement est un inconnu qui lorsqu’il deviendra connu nous permettra de vivre des aventures que l’on ne pouvait pas vivre dans ce qui nous était précédemment connu. Les paramètres de notre vie vont changer. Les nouvelles données m’offrent de nouvelles possibilités que je n’avais peut-être pas envisagées. Il n’en tient qu’à moi de voir la beauté dans cet inconnu. J’y parviendrai si je prends le temps de le connaître et que je cesse de regretter le passé. Il faut se rappeler que le confort que j’avais établi avant l’arrivée du changement, c’est moi qui l’avais aménagé. Je sais donc que j’ai les capacités, après un temps de réaménagement et d’instabilité, de me recréer un nouveau confort qui sera adapté à ma nouvelle réalité et qui correspondra à ce que j’aime vivre. Je suis l’agent de changement. Je dirige mes pas et oriente mes décisions pour passer à travers les défis tout en maintenant le cap sur mon choix de route de vie. Cette épreuve que j’ai à surmonter, personne ne pourra le faire à ma place, car c’est moi qui la vis. Je peux être accompagnée, conseillée, épaulée, mais je suis la personne qui posera les actions qui agiront sur mon bien-être intérieur.

Pointe Amos - St-VallierLes épreuves nous sont parfois extrêmement difficiles et douloureuses, mais chacun a en lui toutes les ressources pour passer à travers ces hivers. Il faut croire en soi, en ses forces et aptitudes, regarder la route que nous avons déjà réussi à parcourir avec succès, se remémorer nos bons coups et nos fiertés, et cheminer un pas à la fois. Le changement est un long et lent processus qui demande du temps. Aller trop vite ne serait qu’une dépense inutile d’énergie et risquerait d’augmenter les blessures. L’objectif est de passer à travers l’hiver sans trop se faire mal, car nous savons tous qu’après l’hiver vient le printemps. Le printemps c’est une renaissance, un nouveau départ. C’est reprendre vie sur de nouvelles bases, parfois même, recommencer à zéro. Comme l’arbre voit repousser ses feuilles, et fleurir ce qui deviendra un fruit, il faut se dire qu’après une période de changement, la vie reprendra. Et la qualité et le confort de cette nouvelle vie dépendra uniquement de soi.

Le changement est un temps de passage, d’évolution, de croissance entre deux états plus stables. Sans changement, la vie cesse. Plus rien ne bouge. Routine. Monotonie. Il faut savoir accueillir le changement comme faisant partie intégrante de la vie, lâcher prise, faire confiance et se faire confiance. L’essentiel en « hiver », c’est de prendre soin de soi!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni