Le chemin se fait en marchant!

¡Caminante no hay camino, se hace el camino al andar!
Antonio Machado
« Marcheur, le chemin ce sont les traces de tes pas, c’est tout; Marcheur, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant. » Ces paroles du poète espagnol, Antonio Machado, nous rappellent que le chemin a quelque chose d’éphémère. Il passe. Plus encore, il n’existe que par le mouvement. Il y a dans l’appel du chemin, cet appel à l’action pour que celui-ci existe, pour que le monde existe! Passager, il demande à être vécu pour prendre corps. Sans mouvement, il n’y a pas de chemin… il n’y a pas de rencontres.

 « Marcheur, il n’y pas de chemin ». Ces vers de Machado nous rappellent l’illusoire du chemin. C’est-à-dire qu’il n’existe pas une voie tracée d’avance. Le chemin se construit en allant, dans le mouvement. Si je ne bouge pas, il n’y a pas de chemin. Chacun de mes pas le construit dans l’assurance que quelque chose me porte, l’espace d’une rencontre entre moi-même et la terre ferme. De cette rencontre le chemin se façonne. Il prend forme dans ce contact avec la réalité. C’est parce que j’ose risquer ce pas, dans le vide, que le chemin peut exister. C’est en m’abandonnant au chemin que j’accepte de me laisser toucher par lui. Le chemin s’offre à moi et je m’offre à lui. La confiance est mutuelle. Sans cette confiance, il n’y a pas de mouvement, pas de chemin. Et nous le savons tous, parfois, dans l’absence de confiance, la peur nous paralyse. Elle nous immobilise sur le bord de la route. C’est alors repli sur soi et monde figé, cadré, régulé; tout cela par insécurité.

La figure du chemin est allégorique, tout le monde l’aura compris. Il y a bien un objet appelé « chemin ». Toutefois, au-delà de l’objet, cette figure est constituée d’une multitude de rencontres et d’événements impondérables. Je n’ai pas le contrôle sur ce chemin. Dès l’instant où j’accepte de m’y avancer, j’accepte l’inconnu, l’imprévu. Celui, celle, qui croit tout prévoir et s’y attache, se prive de l’expérience du chemin. Le chemin existe non par raisonnement ou par objectivation, mais par ce qui l’anime, par cet élan du cœur. Le chemin prend forme dans cette confiance irrationnelle. Il prend forme dans cette audace à risquer la rencontre, la confrontation… l’espace d’un pas! C’est Mark Twain qui disait : « Il n’y a que le premier pas qui coûte. » Dans ce premier pas, c’est toute mon histoire – tout ce qui m’a construit et tout ce qui m’a blessé – que je risque. C’est tout mon être que je mets en jeu, mais c’est aussi tout le chemin qui m’invite à vivre. Le chemin se joue dans cette présence à l’expérience qui appelle et exerce au face-à-face avec soi-même, avec l’autre, avec le tout Autre.

Le chemin n’est pas de pierre, ni de sable, ni de bitume; il est constitué de ces rencontres furtives, de ces paroles qui resteront gravées dans ma chair, de tous ces éblouissements soudains qui me saisissent par le cœur. Il est fait de ces éclairs éphémères, qui me donnent la certitude d’aller quelque part, de me laisser librement conduire. Le chemin me traverse et me conduit. Mais, à quoi sert un chemin s’il ne me mène nulle part? Suis-je un pantin sur ce chemin? Le pèlerinage n’est-il qu’errance dans un monde défait de ses illusions?

Il y a toujours une raison pour se mettre en route, ne serait-ce que pour le plaisir de la randonnée. Toutefois, le temps et l’espace auront raison du touriste et du randonneur. Si nous nous mettons en marche, c’est pour découvrir une destination qui nous est inconnue. C’est par l’inconnu que le mouvement se crée. Demeurer dans le connu équivaut à faire du surplace. L’inconnu invite à s’explorer plus en profondeur, à repousser les limites qui nous enferment. Dès l’instant où je saisis cette nuance et m’y abandonne, j’entre dans la dimension pèlerine du voyage et je peux filer avec elle, en direction de mon sanctuaire.

« Le chemin se fait en marchant », disait Machado. Il est toute cette dynamique inscrite entre pèlerin et sanctuaire. Une dynamique qui nous appelle à plus de liberté, plus de vie. Ultimement, c’est à l’état de pérégrin que nous appelle le pèlerinage. Le pérégrin, dans la Rome antique, désignait l’homme libre habitant dans la cité conquise. Ni citoyen romain, ni esclave, simplement libre. Tout le cheminement du pèlerin contemporain appelle à cette liberté au cœur de nos cités conquises. Actuellement, l’intérêt croissant pour le pèlerinage annonce une alternative possible à un système en perte d’humanité. Nous tous qui le pratiquons, cherchons à renouer avec cette sensibilité humaine.

Marcheur, il n’y a pas de chemin. Il n’y a que des rencontres qui te conduiront vers ton sanctuaire.

Éric Laliberté

L’horizon du pèlerin

« Regarder “loin”, c’est regarder “tôt”. »
Hubert Reeves
Lorsque je me sens envahie par des pensées qui tourbillonnent dans ma tête, que je me perds dans le labyrinthe de mes réflexions, ou simplement lorsque je veux être bien, j’aime me retrouver dans un endroit qui offre un horizon à mon regard. Quoi de plus ressourçant et de plus reposant que de laisser son regard planer sur des kilomètres de paysage!  Que ce soit sur un banc au bord du fleuve, sur un rocher au sommet d’une montagne, sur le balcon d’un immeuble qui surplombe la ville, la sensation de voir loin nous permet de voyager intérieurement. Qu’est-ce que cette expérience vient toucher en moi? Qu’est-ce que mon corps tente de me dire?

Mont-WashingtonÉtymologiquement, le mot horizon symbolise la ligne où la terre semble rejoindre le ciel. Mon regard est attiré et apaisé par cet endroit très éloigné où les rêves semblent devenir réalité, ou du moins réalisables. À travers cet espace et cette distance, j’ai l’impression de me projeter dans le futur. Un monde sans limite. Une ouverture sur un monde de possibilités. Le pèlerin qui regarde devant lui, aperçoit la route qu’il suit pas à pas. Du sommet de la montagne, il devine celle qui l’attend dans les jours à venir. L’espace rejoint le temps. Voir loin, c’est savoir se projeter dans l’avenir. De ma position qui domine le paysage, j’ai une vue d’ensemble de ce qui m’entoure et de ce qui me devance. Je peux donc plus aisément décider de ma route. L’horizon de la route, le sanctuaire que le pèlerin espère voir poindre à chaque sommet qu’il traverse, n’est pas uniquement un lieu extérieur, il est aussi un état intérieur. À la question : « où vas-tu? » si souvent posée aux pèlerins, on traduit : « à quoi te sens-tu appelé à devenir? ». Ce lieu d’horizon est un futur de la vie.

La Voie du St-LaurentEn physique, l’horizon représente la limite de la région de l’espace-temps pouvant influencer ou être influencée par un point donné. Le pèlerin est cette personne qui a ressenti le besoin de changer d’horizon, de partir à la découverte de nouveaux horizons. Le pèlerin sort de sa zone d’influence, celle dans laquelle il vit ou subit des interactions avec ce qui l’entoure, pour aller vers une autre zone d’influence.  Dès notre jeune âge, nous grandissons entourés de personnes et d’éléments qui viennent influencer notre chemin de vie. Parents et amis façonnent notre personnalité, nos rêves, notre façon d’agir. La société grâce à ses tentacules médiatiques nous manipule sournoisement et nous transforme au gré des valeurs qu’elle prône, des modes qu’elle véhicule et des courants de pensée qu’elle encourage. Vient un moment où toutes ces attaques identitaires étouffent et emprisonne notre être qui cherche à s’affirmer et à se dire. Vient un moment où un temps d’arrêt s’impose pour faire un tour d’horizon de sa vie. En quête de nouveaux horizons.

Quand je regarde à l’horizon, cette ouverture sur le monde résonne en moi comme un élan de liberté. Liberté car rien ne vient faire obstacle à mon champ de vision. Liberté car rien ne vient limiter l’étendue du panorama. C’est par cette liberté de vision et de mouvement que le pèlerin se réalise sur le chemin. Dépouillé des entraves de sa zone d’influence, et des barrières qu’il s’imposait pour convenir à son monde, il profite de sa nouvelle situation pour avancer sur une route qu’il choisit et qui l’appelle. Sa route!

Bottes et Vélo - EmblêmeBrigitte Harouni

La boussole du pèlerin

« Je n’ai pas choisi
C’est ni le besoin, ni l’envie
J’ai cette force au fond de moi
Qui me porte vers toi. »
Michel Sardou
Ces paroles sont tirées d’une chanson de Michel Sardou. Elle s’intitule Loin. Loin en temps? Loin en distance? Peu importe. C’est ce vers quoi il tend, il se sent appelé. C’est une pulsion intérieure, une attraction qui le dépasse. Comme l’aiguille de la boussole qui pointe vers le nord. Comme le saumon qui remonte la rivière pour aller frayer. Comme la petite tortue à peine sortie de l’œuf qui se dirige courageusement vers la mer ou l’oisillon qui se lance du haut du nid pour déployer pour la toute première fois ses ailes. Cette chanson parle de cet élan intérieur qui nous habite et nous aiguille sur notre route de vie. Elle nous dirige immanquablement vers ce qui nous fait vibrer, vers ce qui donne bon goût à notre vie.

la boussolePour certains, c’est la musique. Pour d’autres, le jardinage, la moto, le vélo, la danse, la photo. Pour le pèlerin, c’est l’appel du sanctuaire. Ce point d’arrivée, cette finalité qu’il s’est fixée sans savoir pourquoi il s’y rend et qui pourtant l’attire et l’incite à avancer. Il s’y rend à pied. Ses parents et amis ne comprennent pas sa démarche. Pourquoi partir si longtemps? Pourquoi se donner tant de misère? Pourquoi marcher tous ces kilomètres? Mais pour le pèlerin, il y a cette voix intérieure qui lui dit que c’est sa route; que ce pèlerinage, cette longue marche, il doit la vivre car elle est un pas de plus vers cet avenir qu’il désire concrétiser mais qu’il n’a pas encore défini. Tout comme le pèlerin qui trouvera sa réponse en allant vers le sanctuaire, cet édifice religieux, le pèlerin de vie découvrira le sien à travers sa passion.

Nous avons tous un jour dit : « Je ne sais pas pourquoi j’aime ça, mais j’aime ça. Ça me fait du bien; Ça me défoule; Ou encore : Ça me détend… ». C’est à ce « je ne sais pas pourquoi » qu’il faut s’attarder.  Sans le comprendre, il faut savoir le ressentir, l’identifier et l’écouter. Comme le pèlerin qui chaque jour fait un pas de plus, pour se rapprocher de son sanctuaire, le pèlerin de vie qui écoute son élan intérieur pose quotidiennement des actions qui le rapprocheront de son sanctuaire de vie; cet espace dans lequel il s’épanouit et se réalise, cet espace qui donne un sens à sa vie. La Voie du St-LaurentComme le sanctuaire du pèlerin, le sanctuaire de vie que nous chérissons est loin. Il faudra du temps, de la confiance et de la persévérance pour l’atteindre.

Plusieurs personnalités connues et admirées ne sont généralement pas des êtres d’exception. Ce sont bien souvent des personnes comme vous et moi qui sont allées au bout de leurs rêves, qui ont fait preuve de conviction, de détermination et de foi. Il n’est pas question de talent, ni de réalisation extraordinaire et inédite. Il est question de suivre pleinement la voie/voix qui nous appelle et qui fait écho en nous. Ne perdez pas le nord, … vous pourriez vous perdre! Consultez votre boussole intérieure, elle sait où aller!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Le chemin: une expérience qui traverse le pèlerin

Le véritable voyage de découverte
ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages,
mais à avoir de nouveaux yeux.
Marcel Proust
Qu’est-ce qui fait que le pèlerinage est si populaire aujourd’hui? Que pouvons-nous bien trouver à cette activité? Partir avec son sac à dos et marcher pendant des jours et des jours. Traverser monts et vallées, s’échiner sur mille et un sentiers, qui aurait cru que j’aurais pu aimer cela? Moi qui ne pratiquais aucun sport et passais le plus clair de mon temps le nez dans les livres… à rêver de voyager.

trottoir de boisD’aussi loin que je me souvienne, me lancer sur les grands chemins a toujours été pour moi comme un appel, un désir profond. Mais bien au-delà du sac à dos et d’un goût démesuré pour le voyage, il y avait quelque chose qui m’appelait au plaisir de la découverte : l’inconnu de la route, l’émerveillement face au monde, le plaisir des rencontres, la simplicité des gestes… Tout cela faisait partie de l’expérience, de l’attirance qui suscitait cet élan en moi. Tout était dans le mouvement finalement.

La frontière est mince entre voyage et pèlerinage. Le voyage devient pèlerinage dès l’instant où notre route nous questionne, nous interpelle. En pèlerinage, le chemin va bien au-delà de ce qui porte mes pas. Le chemin est une expérience qui nous traverse, une expérience qui nous renverse, une expérience qui nous déplace et nous oblige à garder l’œil vif, l’oreille alerte; l’esprit et le cœur ouvert. Tous nos sens sont en éveils. On se sent vivant! Et il y a une joie profonde dans ce ressenti, à goûter ainsi la vie.

marcher pieds nusLa joie d’être pèlerin… Loin de m’étonner, cette joie m’est apparue comme une vérité du pèlerinage. De cette expérience qui me traverse, elle est sans aucun doute l’interpellation la plus frappante : le pèlerin est heureux! Peu importe ce qui l’a mis en route : son malaise, sa détresse, le deuil, la souffrance qu’il porte; sur le chemin, le pèlerin se redécouvre une joie de vivre en toute simplicité. Et cette joie qui lui revient grandit, simplement en marchant.

En prenant la route, le pèlerin a quitté sa demeure, ses craintes, ses illusions. Il s’est libéré de ce qu’il possède, ou de ce qui le possédait. Et, oh surprise! Cela lui fait du bien. La joie ressentie lui fait transcender les difficultés de sa vie. Il voit la vie sous un autre angle. Le monde n’a pas changé, seul son regard est transformé. Et cette joie s’empare de lui, une joie saine qui n’a rien à voir avec la culture du « fun » d’aujourd’hui; une joie qui mène ailleurs que dans une fuite extatique. En elle réapparaît chez le pèlerin contemporain, ce que Nietzsche reprochait aux chrétiens d’avoir perdu. Le pèlerin affranchit des brimades et réprimandes du religieux d’une certaine époque, d’une église austère et sans joie, peut redécouvrir la joie de vivre qui est à la base du christianisme. Une joie simple qui fait vibrer le pèlerin dans tout son être et en laquelle, il se sent appelé à offrir le meilleur de lui-même. Cette joie le libère et le met en mouvement à tous les niveaux de sa vie : physique, psychique et spirituel. Dans son corps, c’est une vitalité renouvelée qu’il expérimente. Dans sa tête, l’oxygénation du corps en action suscite un meilleur état d’esprit. Spirituellement, tout ce ressenti donne du goût à sa vie. Sa vie prend du sens à travers ce qu’il éprouve en pèlerinage.

joie marcherVous tous, qui avez expérimenté le pèlerinage, êtes capable de reconnaître la vérité de cette joie à être en marche. Nous l’avons tous éprouvé. Malgré les courbatures, les ampoules et les coups de soleil, nous avons tous pris plaisir à cette longue randonnée. Toutefois, nous sommes tous revenus avec la même difficulté. Comment faire le transfert dans mon quotidien? D’où me venait cette joie? Qu’est-ce qui la véhiculait? Comment faire pour que ce bien-être persiste?

Après y avoir réfléchi, et m’être observé sur la route, trois choses m’apparaissent à la source de cette joie. (Nos amis français en seront bien heureux.) En pèlerinage, le pèlerin habite un contexte qui suscite un état d’esprit lui permettant d’expérimenter ce qui lui manque le plus dans sa vie de tous les jours : liberté, fraternité et égalité.

Le pèlerin apprivoise sa liberté. Lentement, il s’autorise une liberté qu’il ne se connaissait pas. À travers elle, il se donne le droit d’être lui-même, de vivre en cohérence avec ce qui l’habite. Il s’affranchit d’un cadre de vie qui étouffait la vie en lui.

Sur le chemin, en route vers le sanctuaire, le pèlerin expérimente la fraternité. Une fraternité qu’il ne rencontre plus que très rarement, même au sein de sa propre famille. Au fil de ses pas, il construit un lien de confiance avec l’humanité. Il découvre qu’il pourra toujours compter sur une présence aidante, un accueil chaleureux.

Enfin, le pèlerin apprend à vivre sans discrimination. Il n’y a plus ni mécanicien, ni enseignante, ni médecin. Les races et les cultures se mélangent. Il vit des relations humaines sans jugement, sans hiérarchie, d’égal à égal.

chemin forêtLe pèlerinage nous défait peu à peu de ce qui nous déshumanise. Il nous ramène là où il fait bon vivre : dans la possibilité d’être soi-même, sans artifice; dans la possibilité d’un vivre ensemble épanouissant. Le pèlerinage offre un espace où retrouver confiance en l’humanité, un espace où il fait bon vivre. Cette expérience, cette saveur de la vie, il est possible de la ramener chez nous. Elle n’existe pas seulement sur les sentiers de pèlerinage. Il suffit de s’observer. Lorsque je suis en marche vers le sanctuaire, une transformation s’opère en moi. Je ne suis plus dans le même état d’esprit. Je ne suis plus régi par les mêmes règles, les mêmes lois. Je m’ouvre à un autre possible.

Alors, quelles sont ces lois qui me régissent et me ramènent à la vie, à la joie de vivre? Il n’y a pas une réponse, mais une multitude de réponses. Des réponses en mouvements, changeantes, évolutives. Il n’y aura jamais une réponse définitive. Le pèlerin est en marche, sa réponse en processus. Elle est là, quelque part en nous, inscrite dans notre chair. Elle s’apprivoise de l’intérieur. C’est elle qui nous tire en avant et nous appelle au déplacement. Elle qui nous conduit vers notre sanctuaire : cet espace appelant le meilleur en chacun de nous.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

S’autoriser à se faire du bien…

Les maladies que l’on cache sont les plus difficiles à soigner.
Proverbe chinois
Quand on ne sait plus ce qu’on aime. Quand on a l’impression de ne plus savoir ce qui nous fait plaisir et que tout fout le camp. Quand on a l’impression que la vie n’a plus de goût et que même se lever le matin est devenu une corvée. Quand le cœur n’y est plus et que tout nous demande un effort, c’est probablement que nous sommes en dérapage. Dans ces moments, s’autoriser à se faire du bien n’est pas si simple que cela. On a l’impression que tous nos repères ont disparu, qu’on ne se connait plus…
S'autoriser à se faire du bien

Le signe avant-coureur de cet état est bien souvent le sentiment de ne plus être sur la bonne route. Pour le pèlerin, c’est le sentiment d’avoir manqué une flèche au dernier croisement…

Sans se rendre compte, nous nous sommes lancés tête baissée. Nous avons foncé sans poser de questions, sans remarquer quoi que ce soit. La voie semblait toute tracée et pointer dans cette direction. Pourtant, ce n’était pas le bon chemin…

« En relevant la tête, alors que j’entrais dans le village, je me suis approché de la fontaine pour m’y asseoir et refaire le plein d’eau. Ce soleil de plomb me cuisait depuis des heures et me donnait soif.
Assis sur la margelle, dégoulinant de sueur, j’observais la place sans trop penser; mon corps était trop fatigué et il aspirait déjà au prochain albergue.
D’une main lasse j’épongeais la sueur sur ma nuque, pendant que mes yeux fouillaient la foule. Inconsciemment, ils cherchaient quelque chose : un repère, une indication, une flèche… Pourtant, rien ne venait rassurer ma halte. Les gens qui m’entouraient n’étaient pas ceux auxquels je m’attendais. Ils ne portaient pas de sacs à dos, ni bâtons de marche, ni chapeaux ridicules. Après quelques minutes à promener mon regard sur la place, j’ai repris mon sac et mes bâtons, décidant de risquer quelques pas de plus dans cette direction.
On met parfois beaucoup de temps à réaliser qu’on fait fausse route…
Dans la vie aussi.
Au départ, je poursuivais bien quelque chose, mais ici : je ne le sentais plus. Il me semblait l’avoir perdu de vue. Plus rien ne me parlait de ce qui m’avait mis en route. J’eus soudainement l’impression de m’enfoncer. Que chacun de mes pas devenaient plus lourds et demandaient plus d’effort. Remarquez, plus on s’enfonce, plus on s’isole et même les plus beaux paysages perdent de leur enchantement.
Dans la vie aussi. »

S'autoriser à se faire du bienParfois, on préfère s’illusionner sur la direction que nous avons prise pour ne pas toucher certaines souffrances; pour ne pas revenir en arrière, on préfère s’anesthésier de mille et une façons. On en vient alors à se faire du mal, en croyant se faire du bien.

La beauté du chemin de pèlerinage c’est qu’une fois parvenu à ce point, bien que nous soyons découragés, la solution devient évidente. Il n’y a pas d’autre choix et nous n’hésiterons pas : nous allons virer de bord! Ce n’est pas le bon chemin! C’est simple, non?

Dans la vie pourtant, il en va souvent autrement. Nous faisons preuve d’entêtement et d’obstination. Nous résistons avec force…

Plusieurs pèlerins diront : « C’est tellement plus simple sur le chemin! » Pourtant, ce n’est pas tellement le voyage qui fait la beauté du pèlerinage, comme l’état dans lequel se met le pèlerin pour le vivre. Le pèlerinage fait du bien parce que le pèlerin s’ouvre au bien-être. Il se dispose à cette attention quotidienne qui goûte chaque moment. Le pèlerinage est une disposition du cœur. Et s’autoriser à se faire du bien commence par cette prise de conscience : suis-je sur la bonne route? Poser la question, c’est déjà y répondre. Le principal comme pèlerin c’est d’en prendre conscience et de retourner sur sa route; se rappeler les repères qui orientaient notre marche.

Le pèlerin avance à tâtons, au « pif » comme qui dirait. Il fait confiance à quelques repères placés ici et là : un alignement de pierres, une flèche, un coquillage. Des repères qui seront signifiants pour lui, pas pour tout le monde. Le laitier et le boulanger n’ont pas à suivre les flèches jaunes, ce n’est pas leur chemin à eux. Chacun a ses repères, suffit d’apprendre à les reconnaître.Compostelle - flèche jaune

Dans notre quotidien cependant, il n’y a pas de flèches jaunes. Il n’y a qu’un ressenti pour nous guider, un ressenti qui est inscrit dans tout notre corps. En nous, c’est toute l’expérience du chemin quotidien qui vibre en résonance avec le sanctuaire qui nous interpelle dans notre être en marche.

Au début de sa route, de sa vie, le pèlerin se met en marche vers un sanctuaire bien concret. Il a besoin d’un signe tangible pour orienter sa marche : études, carrière, milieu de vie, habitat, relations, réussites, etc. Seulement, tôt ou tard, cette figure objectivable ne le satisfait plus et elle devra mourir pour que puisse naître « Le Sanctuaire », cet espace en soi qui relève davantage d’un état insaisissable, d’une posture de confiance, d’espérance, que de la destination.

Les signes de ce sanctuaire sont inscrits dans la chair du pèlerin. Ils sont inscrits dans l’expérience sensible de son humanité et le pèlerin est le seul à être capable d’en décoder le sens. Ce sont ses flèches jaunes à lui, celles qui donnent sens à sa vie. Celles qui le mettent en mouvement, qui le tirent en avant, lui donne un goût de meilleur.

S'autoriser à se faire du bienS’autoriser à se faire du bien, quand on ne sait plus ce qu’on aime, demande un retour en arrière, de rebrousser chemin. Dans ce mouvement, je pourrai reprendre contact avec ces expériences marquantes qui ont laissé des traces de bon goût dans ma vie. En revisitant ces moments, c’est toute une expérience sensible que je me réapproprie. C’est la possibilité d’une prise de contact avec des émotions oubliées qui peuvent dénouer l’impasse de mon présent. Rien n’est banal dans ce cas-ci! Tout mérite de s’y arrêter : le bon goût du chocolat chaud d’une grand-mère attentionnée, la balade en voiture du dimanche, l’odeur d’une maison, un vieux refrain, tout…

S’autoriser à se faire du bien, c’est marcher dans la clairvoyance de sa voie. C’est le chemin de la simplicité. Contrairement à tout ce qu’on a pu nous laisser croire ça ne demande pas d’efforts, mais de l’attention! De l’attention pour soi.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Ann Sieben est arrivée au Canada!

C’est après 71 jours de marche, le 10 janvier dernier, qu’Ann Sieben – la pèlerine de l’hiver – arrivait au Canada en franchissant le pont qui enjambe la rivière St Mary’s pour faire son entrée en sol canadien. Une entrée qu’elle n’a pas pu faire à pied car il est interdit de traverser le pont-frontière à pied.

Anne Sieben - Arrivée au CanadaAujourd’hui, Ann en est à son 82ième jour de marche. La neige ayant fini par la rattraper, elle est bien heureuse d’avoir sorti ses bottes de neige car elles commençaient à peser lourd dans son sac, dit-elle!

Dans son dernier post, elle nous laisse entendre qu’elle espère avoir rejoint, pour la fin janvier, le Sanctuaire des Martyres Canadiens à Midland, en Ontario. La route lui semble toujours aussi généreuse et à voir son sourire tout se déroule bien.

Mais, quels chemins emprunte-t-elle pour faire ce parcours?

Depuis son arrivée au Canada, Ann nous dit que, pour éviter de se retrouver trop souvent sur des routes achalandées, elle emprunte les sentiers de motoneiges qui lui offrent un environnement fort agréable à marcher. À Sault-Ste-Marie, elle s’est procurée les cartes des sentiers de motoneiges ontariens et, à l’aide de celles-ci, trace son itinéraire jour après jour.

Son périple l’amène en ce moment à marcher en bordure du lac Huron en direction de Midland. Nous profitons de l’occasion pour vous informer d’un nouveau chemin de pèlerinage d’une longueur de 89 km, reliant la ville de Barrie au Sanctuaire des martyrs canadiens de Midland. Voici ce que le directeur du sanctuaire en dit :

“Le chemin permet à quiconque de suivre la route tous les jours de l’année, seul ou avec des amis ou en famille, groupe paroissial, ou en tant que touriste pour explorer cette partie du Canada, d’une façon hors route. Certaines personnes voudront peut-être suivre la route de pèlerinage pour des raisons religieuses, d’autres simplement pour se fixer un défi personnel, rencontrer d’autres personnes, ou afin de faire l’expérience de la beauté de cette région.’’Pilgrim-Route -logo - Midland - Ontario

– Fr. Bernard Carroll, SJ, Directeur du Sanctuaire des martyrs

Un sentier qui est donc ouvert en permanence et dont le niveau de difficulté est aisé. Voici le lien pour visiter le site du sanctuaire qui est aussi disponible en français : http://martyrs-shrine.com/fr/

En terminant, nous vous donnons rendez-vous plus tard en février pour continuer de suivre le pèlerinage d’Ann Sieben. Si vous désirez en apprendre davantage sur elle et suivre son blogue, voici l’adresse: http://winterpilgrim.blogspot.ca/. Nous vous invitons également à rester à l’affut car Bottes et Vélo, conjointement avec les grands sanctuaires de la région de Québec, prépare l’arrivée d’Ann. Différentes activités seront prévues pour l’accueillir et souligner la réalisation de cette grande pèlerine de l’hiver. Nous vous rappelons que l’arrivée d’Ann à la basilique Ste-Anne est prévue pour la semaine sainte.

Sur ce, bonne route Ann et ultreïa!Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Un sanctuaire intangible

Un système d’éducation vaut bien peu s’il apprend aux jeunes à gagner leur vie
mais ne leur enseigne pas comment faire une vie.
David Suzuki
Par définition, un sanctuaire est un lieu, un édifice sacré. Souvent lieu de dévotion à une divinité, ils ont, à travers le temps, attiré de nombreux croyants et sont devenus de hauts lieux de pèlerinage. Sainte-Anne-de-Beaupré, l’Oratoire Saint-Joseph, Notre-Dame-du-Cap, L’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette et la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec sont des sanctuaires du Québec tout comme l’est la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle en Espagne. Des milliers de gens viennent chaque année s’y ressourcer et se recueillir dans ces murs, espérant en ressortir inspirés, transformés par l’âme toute-puissante qu’ils abritent.

Cathédrale de CompostellePlus récemment, le mot sanctuaire s’est vu revêtir un nouveau sens. En effet, on parle de nos jours de sanctuaire pour désigner un lieu de préservation de la faune et la flore. On en retrouve une infinité à travers la planète, tant sur terre que dans l’eau. Le sanctuaire Pélagos en méditerranée, celui de Malpelo sur la côte colombienne ou le sanctuaire de baleines de l’océan Antarctique sont des espaces maritimes protégés pour les mammifères marins ou les poissons. Le sanctuaire de Los Flamencos en Colombie permet aux flamands d’y vivre hors de toute attaque humaine. Le sanctuaire d’éléphants au Sri Lanka, le sanctuaire Tetiaora des tortues vertes en Polynésie, le sanctuaire de la chaîne du mont Hamiguitan dans les Philippines qui protège une grande variété d’arbres et de plantes en danger. Plus proche de nous, l’Île Bonaventure accueille une colonie de Fous de Bassan et l’Archipel-de-Mingan abrite deux sanctuaires pour oiseaux migrateurs dont l’eider et le macareux. Il existe une multitude d’aires et de refuges réservés à la conservation de la nature. Tous ces sanctuaires ont pour fonction première de protéger la vie pour offrir plus de vie-s. Des scientifiques de différents domaines travaillent de concert pour s’assurer que l’environnement extérieur réponde adéquatement aux besoins de développement de l’espèce à préserver. Ces milieux de vie ont été créés pour permettre aux espèces animales ou végétales de croître dans un cadre plus naturel et originel, exempt des agressions générées par la vie humaine moderne.

Pour le pèlerin, celui qui marche vers son sanctuaire, on retrouve ces deux conceptions voisines de ce qu’est un sanctuaire. Le pèlerin se dirige concrètement vers un lieu d’arrivée qu’il s’est fixé. La Voie du St-LaurentUn lieu qui a une symbolique pour lui, un lieu qui l’attire et l’inspire et où il espère trouver le calme qui apaisera la tempête qu’il porte en lui et l’incite à prendre le large. Plusieurs pèlerins arriveront à la cathédrale de Santiago, fiers de leur exploit, émus par leur réalisation, mais cependant habités par un sentiment d’incomplétude, d’inachèvement. Le corps physique s’est bel et bien rendu au terme géographique du voyage, mais l’esprit demeure en quête de son sanctuaire. La cathédrale est la réponse à la fin du voyage planifié, mais non la réponse au voyage émotif qui a mis le pèlerin en marche. Nombreux sont les pèlerins qui poursuivront leur route pour aller rejoindre l’océan à Muxia ou à Finistère, car forcément la réponse doit se trouver ailleurs. Mais comment la chercher? Où la chercher? Quoi chercher?

Le sanctuaire de chacun est ce lieu de paix qui permet au pèlerin de vivre bien et de bien vivre. Le pèlerin est le bâtisseur de ce sanctuaire. Il est à lui seul l’équipe de scientifiques qui met en place les conditions favorables pour plus de vie et veille constamment à parfaire l’équilibre de son écosystème. La Voie du St-LaurentIl est celui qui observe la vie en lui, qui identifie ce qui goûte bon et ce qui le fait souffrir. Il tente de déterminer quelles agressions extérieures lui nuisent et comment la vie en société de consommation l’affecte. Il trie, jette, adapte, conserve, ajoute, ajuste pour avoir une vie qui soi la sienne. Graduellement, il consolide les bases de son sanctuaire. Et plus il avance dans la vie, plus son sanctuaire se précise, se transforme et évolue avec lui.

La route qui mène au sanctuaire du pèlerin est intérieure et infinie. Elle est faite d’écoute de soi, de respect de soi, et d’harmonie entre l’intérieur et l’extérieur. Le sanctuaire est ce lieu intime vers lequel le pèlerin tend pour y trouver un équilibre entre la vie réelle et le sens qu’il veut que la sienne ait.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Le sanctuaire, cette part négligée du pèlerinage.

Si tu dois vivre parmi le tumulte, ne lui livre jamais ton corps. Garde ton âme calme et retirée.
C’est un sanctuaire où tu trouveras, quand tu le voudras,le bonheur.

Alexandra David-Néel

La Voie du St-Laurent - Pointe-à-la-FrégateOn a souvent entendu l’expression : « Ce n’est pas le pèlerin qui fait le chemin, mais le chemin qui fait le pèlerin! » À la lueur des récits de pèlerinages, pèlerin et chemin semblent former un duo qui dessine une relation beaucoup plus profonde qu’il ne le paraît. Une relation presque romantique, avec ses joies, ses crises et ses peines. Dans presque tous les récits de pèlerins le chemin semble prendre vie et devenir compagnon de voyage. Plus qu’un compagnon même, à certains moments il devient un maître…

Le chemin enseigne le pèlerin. Il le réconforte, le console, mais parfois… le malmène et le bouscule aussi. Le chemin met le pèlerin à l’épreuve, le poussant parfois jusque dans ses retranchements. Il l’ébranle jusque dans ses convictions, l’amenant à reconsidérer sa vision du monde et de la vie, à la reformuler. À travers lui, le pèlerin se découvre une force et une capacité de résilience qu’il ne se connaissait pas. Il se découvre un goût nouveau pour la vie, une manière différente de l’apprécier et de la savourer. Le chemin se fait alors rassurant, mettant sur le passage du pèlerin ce dont il a besoin au moment qui convient.

À travers le chemin le pèlerin apprend la confiance, le lâcher prise, l’abandon. « À chaque jour suffit sa peine! », nous enseigne le dicton. Le chemin, lui, nous le fait éprouver dans tout notre corps. Mais il nous apprend aussi qu’il n’y a nul besoin de s’inquiéter pour demain! Le chemin est bienveillant. Il me mène au premier café, à la première fontaine. Il m’offre un banc dans ce parc, de l’ombre au pied d’un marronnier pour me reposer. À l’entrée de ce village, il aura ce sourire accueillant. Dans mes moments de découragements, il me tendra la main et se fera rassurant.

La Voie du St-Laurent - Ste-Anne-des-MontsTout au long de cette route, parfois pavée, parfois rocailleuse, parfois sinueuse, le  pèlerin se découvre, s’apprend, s’approfondit en relation avec le « chemin ». On oublie souvent cependant de quoi est fait ce « chemin ». Le chemin, comme dirait le sage, n’est que le doigt qui pointe vers la lune. Celui qui montre la direction. L’horizon du pèlerinage est beaucoup plus large. Le limiter au seul chemin serait en restreindre l’expérience.

Pèlerin et chemin ne sont rien s’ils ne vont nulle part, ce ne seraient plus que de l’errance. C’est donc d’une évidence limpide : on se met en route pour aller quelque part! Le chemin n’est pas seul garant de la qualité de cette expérience inoubliable, la direction ou l’orientation qui l’anime aussi. Se rendre au village de notre enfance pour des retrouvailles entre amis, rendra le chemin fort différent que de s’y rendre pour des funérailles… L’intention que porte notre voyage change tout, même notre rapport au chemin.

En ce qui a trait au pèlerinage, la situation est à peu près la même, mais n’est pas aussi claire cependant. À l’origine, et par définition, le pèlerinage désignait un pèlerin qui prenait la route pour se rendre dans un sanctuaire. C’est le sanctuaire qui interpelait le pèlerin et le chemin devenait le meilleur moyen pour s’y rendre. Aujourd’hui, il en va de même, seulement, il arrive que l’on confonde moyen avec finalité et que le pèlerin se sente plus interpelé par le chemin. Trop concentré, ou trop heureux de vivre le chemin, nous oublions qu’il a un but, une destination. Nous oublions que le pèlerinage s’articule entre pèlerin, chemin et sanctuaire, et que c’est dans cette articulation qu’il prend toute sa signification.La Voie du St-Laurent - Coin du Banc

Dès l’instant où je commence à formuler le projet d’un pèlerinage, commence à se dessiner en moi l’horizon de ma quête : le sanctuaire. Je dis bien commence, car cet horizon sera appelé à se définir tout au long de mon chemin. Il ne faut pas oublier que ce qui met le pèlerin en route n’est pas seulement le plaisir de la randonnée sinon ce n’est plus du pèlerinage. Le pèlerinage a une fonction et le pèlerin voit dans celle-ci un exercice spirituel qui lui permette d’approfondir un moment charnière de sa vie. Le pèlerin se met en route éveillé par une remise en question, ou un malaise/mal-être, lui indiquant qu’il aspire à un meilleur. Un meilleur qu’il ne peut pas encore nommer, il en a une petite idée, mais qu’il apprendra à formuler en cours de route… sur le chemin.

Le sanctuaire qui pointe donc à l’horizon de notre chemin de pèlerin est celui-là même qui nous met en route. Il est le moteur de notre pèlerinage. C’est lui qui nous entraîne hors de nos sentiers battus. Le sanctuaire désigne un espace de sanctification et sanctification renvoie à ce qui est bon. Le sanctuaire appelle donc ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous. Il nous invite à le laisser jaillir en nous sortant de nos enfermements.

La Voie du St-Laurent - Cap-Bon-AmiEn acceptant de quitter ma demeure, mon chez-moi, mes routines, mes idées toutes faites, le sanctuaire m’invite à l’ouverture. Il m’invite à revoir le contenu mon sac de vie, à me défaire de mon trop-plein, à me libérer de mes attachements, pour voir la vérité de ce qui m’habite et parvenir, enfin, à la nommer.  Le sanctuaire est le point d’horizon et le point d’intériorisation du pèlerin. Tout au long de sa marche, le pèlerin sera appelé à formuler et reformuler ce sanctuaire à travers l’expérience du chemin. À mettre des mots sur sa quête.

Le chemin est fait de mille choses, de milles rencontres, qui interpellent le pèlerin dans sa longue marche. C’est à travers elles que se dessine le sanctuaire et qu’il prend forme; que le pèlerin parvient à nommer le sanctuaire qui l’habite. Chemin et sanctuaire travaillent de concert pour libérer le meilleur en chacun de nous.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté