Se préparer : aidant ou nuisible?

N’élevons pas nos enfants pour le monde d’aujourd’hui.
Ce monde n’existera plus lorsqu’ils seront grands.
Et rien ne nous permet de savoir quel monde sera le leur.
Alors apprenons-leur à s’adapter.
Maria Montessori

De nos jours, celui qui désire vivre l’expérience « Compostelle » trouve une panoplie de services et d’informations pour planifier son voyage. Jusqu’où devrait-on se préparer à cette aventure? Jusqu’où peut-on vraiment prétendre être préparé à ce que ce type de déplacement nous fera vivre?

Toute nouveauté, tout apprentissage amène son lot de défis et de souffrance. Pourtant, de nos jours, nombre de parents surprotègent leur enfant pour lui épargner cette facette douloureuse de l’apprentissage. L’enfant d’aujourd’hui qui commence à faire de la bicyclette aura presque toujours un casque, des genouillères, des petites roues d’entraînement et parfois aussi des coudières. Presque toujours, le parent le suit, voire même, le retient. Pour ne pas qu’il se fasse mal. Ne pas qu’il tombe. Ne se blesse. Mais vit-il la recherche d’équilibre et la sensation de vitesse? Lorsque l’enfant est en processus d’acquisition d’un peu plus d’autonomie, plusieurs adultes, le voyant forcer et peiner pour y arriver le feront à sa place. Pour l’aider. Pour lui faciliter la tâche. L’aident-ils réellement en agissant ainsi? Dans cette façon de faire qui veut protéger l’autre, le prévenir des dangers, quelle part de l’apprentissage vient-on ainsi occulter? Quel comportement vient-on conditionner? Qu’apprend réellement l’enfant et que pourrait-il lui manquer pour affronter les durs défis de la vie adulte?

Adulte, nous avons tendance à reproduire inconsciemment ces mêmes comportements, anticipant et planifiant même l’imprévisible. Avant de partir en pèlerinage, plusieurs iront chercher conseil pour l’achat des bottes et du sac à dos. Certains iront même se faire accompagner pour l’ensemble du matériel requis, allant de la serviette, aux pantalons, en passant par le chapeau et les bâtons. Évidemment, une majorité de futurs pèlerins marcheront plusieurs fois nombre de kilomètres pour user un peu les bottes. Mais d’autres iront même jusqu’à pèleriner avec leur sac à dos rempli d’un poids pour s’entraîner avant de partir. Certains s’achèteront un dictionnaire français-espagnol qu’ils feuilletteront pour le plaisir avant le départ. D’autres s’inscriront pour une session à des cours d’espagnol. Et presque tous iront voir des photos, des vidéos ou même des conférences du chemin. Et la chaleur extrême, les ronflements, les blessures, la fatigue, l’éloignement? Peut-on, et devrait-on, tenter de remédier à tous les inconforts annoncés? Se préparer à faire Compostelle : comment, pourquoi mais surtout jusqu’où?

Ce besoin de préparation est probablement proportionnel au niveau d’inquiétude et de peur de chacun. Mais il dépend certainement aussi du niveau de confiance et d’assurance accumulé tout au long du parcours de vie de la personne. Toute cette palette de sentiments tant positifs que négatifs est omniprésente et influe sur les décisions que chacun décide de prendre. Se préparer peut donc autant être aidant que nuire à l’expérience.

La préparation du pèlerinage est la première étape vers l’inconnu. Elle se fait essentiellement au niveau technique et matériel. Le pèlerinage est jalonné d’imprévus et d’imprévisibles qui font la force de ce voyage et qui permettent au pèlerin de se révéler à lui-même et de vivre des réussites. C’est l’occasion pour plusieurs  d’exploiter les outils accumulé dans leur bagage de vie. Partir pèleriner c’est accepter de se laisser déplacer, accepter que tout ne sera pas anticipé.   Pèleriner, c’est accepter de se faire confiance. C’est à travers l’effort et l’adversité qu’émergent des apprentissages qui façonnent et consolident notre personnalité, et nous outillent pour faire face aux aléas de la vie à venir.

Brigitte Harouni

Ce qui freine ma marche

La seule chose que nous ayons à craindre est la crainte elle-même.
Franklin Roosevelt
La capacité d’adaptation dépend grandement de la souplesse d’esprit et de l’ouverture que nous avons à accepter le changement. Voyager, c’est mettre à l’épreuve cette aptitude. C’est choisir de sortir de ses habitudes pour aller découvrir un ailleurs et un autrement. C’est se rendre disponible à apprendre, à apprivoiser et parfois même à adopter la différence et la nouveauté. C’est grâce à ce déplacement extérieur que je peux mettre en lumière mes résistances intérieures, que je peux questionner mes limites et mes enfermements. Qu’est-ce qui m’empêche d’avancer? Quels sont mes freins? Ont-ils leur raison d’être?

chemin clôturéComme l’adolescent qui élargit son territoire d’exploration en allant chez des amis, et qui, conscient que les règles peuvent être discutées, questionne le fait que l’autre a des droits et des privilèges qu’il n’a pas, le voyageur découvre de nouvelles façons de faire et de vivre qui viennent ébranler la base de ses propres prémisses. Celui qui a grandi dans un pays « surdéveloppé » a été façonné par une multitude de règles, de conventions, de codes, de lois et d’encadrements de toutes sortes venant baliser le chemin et la voie à suivre. Cet exosquelette est tellement fort et tellement présent que toute initiative prise par l’individu pour en sortir est perçue comme de la délinquance, voire même de la folie. On dira de celui qui, se sentant trop  à l’étroit dans ce moule, se permet de sortir de cette route sécuritaire toute tracée pour vivre plus de liberté, que c’est un marginal; simplement parce qu’il vit en marge de ce que la société environnante prône. Et paradoxalement, ce qui peut paraître étouffant pour certains est perçu comme sécurisant par d’autres. Chaque famille, chaque parent, instaure des règles dans le but d’offrir ce qu’il y a de mieux à ses enfants, pour qu’ils ne manquent de rien, pour leur assurer un bel avenir. Le cadre est là pour protéger. C’est le casque de vélo, la clôture du jardin, la ceinture de sécurité, la veste de flottaison. Mais mère disait : « Trop d’une chose n’est jamais bon ». Alors je vous le demande : quel adulte devenons-nous lorsque tout autour de nous est pensé et prévu pour éviter de se faire mal?

Bottes et VéloVoyager, c’est s’exposer à vivre, à ressentir le déséquilibre et l’inconfort de l’expérience nouvelle. C’est se mettre en situation d’ouverture face à l’inconnu et au changement. Pourtant, récemment, dans un hôtel de Cuba, j’entendais une touriste québécoise qui refusait fermement qu’on lui serve son café dans un verre. Elle exigeait de l’avoir dans une tasse. Pourquoi cette rigidité? D’où origine cet enfermement? Chaque pays a son cadre de vie. Prendre le temps de l’observer et de le comprendre nous permet de réaliser que faire autrement est possible et acceptable. Certains peuples mangent avec des ustensiles, d’autres avec des baguettes tandis que d’autres mangent avec leurs mains, en se servant de feuilles de laitue ou de galettes de pain. Certains pays boivent le vin chaud, d’autres l’aiment frais. Tout comme certains boivent la bière tiède alors que d’autres la préfèrent glacée. Chez nous, il y a un panneau d’arrêt obligatoire à presque tous les coins de rue, alors que dans certains pays, on ne trouve aucun feu de circulation, et même aucune ligne sur la route. Selon notre code d’éthique, finir son assiette est un signe de politesse, alors que dans d’autres pays il faut en laisser une bouchée pour signifier que c’était très bon mais qu’on est maintenant rassasié.

realite-convenueTous ces encadrements ne sont que des règles inventées et convenues par les hommes. Mais elles sont si nombreuses et si présentes qu’on ne les remarque plus. Elles font partie de notre réalité convenue. Rarement nous les remettons en question. Année après année, présentées par différents agents de confiance, parents, amis, enseignants, nous apprenons à les intégrer. Elles font maintenant partie de nous et contribuent à orienter nos décisions lors de débats intérieurs. Comme elles sont nombreuses et qu’elles ont souvent de l’ancienneté, elles ont un grand pouvoir d’influence sur ce que nous conviendrons de faire, sur les actions que nous choisirons d’entreprendre. Parfois aidantes, elles peuvent cependant aussi devenir un frein au changement. Elles peuvent être limitantes, contraignantes, et même alimenter le jugement que nous avons de nous-mêmes. Elles en viennent parfois même à éclipser notre jugement en regard de la situation, nous obligeant à faire abstraction de notre élan intérieur et des sentiments qui nous habitent, de notre désir profond.

En sortant de chez soi pour aller vers l’autre, c’est tout un univers de possibilités et de modèles de vie qui s’offre à soi. Tous ces gens que je rencontre sont des « moi » potentiels. Si une version m’attire, qu’est-ce qui m’empêche d’aller vers elle et de la faire mienne? Si un changement m’interpelle, pourquoi ne pas le vivre? Qu’est-ce qui me fait dire que ce n’est pas possible? Bien que le frein soit très utile sur un véhicule, il faut savoir le retirer pour pouvoir avancer. Sur la route au volant de ma vie, je suis le moteur et le frein. Il n’en tient donc qu’à moi pour avancer.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Le pèlerinage, une métaphore de la vie?

Vous avez peur de vivre parce que vivre, c’est prendre le risque de souffrir.
Arnaud Desjardins
Marcher en toute liberté, sans horaire et sans contrainte. Réduire son mode de vie à sa plus simple expression. Vivre simplement. Le pèlerinage nous fait rêver. Il suscite attentes et espérances. Certains diront qu’il est une merveilleuse métaphore de la vie. Qu’il exprime de manière poétique le parcours d’une vie dans tout ce qu’il suscite et laisse à réfléchir. Pour ceux et celles qui l’ont fréquenté, les scènes bucoliques nous reviennent aisément en mémoire et le vent de liberté qui flotte sur ces routes, nous berce encore de sa douce brise. La joie de vivre et la vie fraternelle qui portent les pas des pèlerins résonnent encore au fond de nous. Toutes ces images sont bien fortes en moi et me parlent. Cependant, aujourd’hui, je me questionne : le pèlerinage est-il réellement une métaphore de la vie?
Chemin du Puy-en-Velay - Aubrac

La métaphore est une image détournée pour expliquer une réalité. En quoi ma vie de tous les jours, coincée entre métro-boulot-dodo, ressemble-t-elle à un pèlerinage? Le pèlerinage ne reflète la réalité d’aucun pèlerin. Au contraire! Il met en évidence l’incohérence, voire l’absence, de notre adhésion à la vie. Si le pèlerinage nous parle, nous interpelle dans notre mode de vie, c’est qu’il est très différent de nos vies. Bien sûr, nous pouvons dire qu’il est un reflet des hauts et des bas de notre quotidien. Qu’il porte en lui l’expression du fardeau et des souffrances de nos jours. Mais soyons réaliste, chanceux celui ou celle dont le quotidien ressemble à un pèlerinage! Le pèlerinage devient métaphore de notre mode de vie – seulement et seulement si – nous y reproduisons les travers de celui-ci. Loin de cette métaphore, l’expérience pèlerine nous propulse dans un autrement que nous n’avons pas le courage d’assumer au quotidien.

Ce ne sont pas les embouteillages, ni la course contre la montre qui nous attire sur les chemins de pèlerinage. Pas plus que la souffrance ou les inégalités, ni les images de marques ou les grands magasins. Si le pèlerinage était une métaphore de la vie, personne n’irait faire un pèlerinage! Ma vie n’a rien à voir avec le pèlerinage. Ce que j’ai vécu sur le chemin ne s’apparente en rien à ma vie de tous les jours. Chemin du Puy-en-VelayCar c’est bien d’une manière de vivre dont nous parlons, lorsque nous rêvons de pèlerinage. C’est la vie sur le chemin qui fait rêver le pèlerin!

Et si le pèlerinage n’était pas une métaphore?
Et s’il ouvrait une fenêtre sur une réalité bien concrète?
Et s’il était l’expression même de ce qu’est vivre?

Plus qu’une métaphore de la vie, c’est la vie elle-même qui jaillit du pèlerinage. Le pèlerinage c’est revenir à la vie. Il est « la vie ». Se donner le temps de vivre l’expérience pèlerine, permet de mettre l’agitation sociale sur pause pour vivre pleinement. Si le pèlerinage est une métaphore de la vie, c’est d’une autre vie dont il nous parle et de son possible. Notre vie quotidienne est faite en grande partie d’illusoire et de futilités. Sur le chemin, c’est d’une autre manière de vivre dont il est question et celle-ci me révèle un autre rapport à l’espace et au temps. Une vie où chacun de mes pas me fait grandir en liberté, me libérant de mes oppressions.

Chemin du Puy-en-VelayLe pèlerinage provoque une expérience vivante qui va bien au-delà de l’intellectualisation. Cette expérience ne se joue pas dans la tête du pèlerin : elle entre dans son corps, et elle y entre par les pieds!  Elle va à l’encontre de la culture du rationnelle qui compartimente tout. Le pèlerinage m’interpelle dans mon corps, dans ma manière d’être à la vie, à l’instant même où chacun de mes pieds frappe le sol. Il me défait de mes rigidités temporelles, du grief de l’agenda. L’oisiveté y devient règle de vie, et non un péché social de contre-performance. Ceux qui ne respectent pas les règles vivantes du pèlerinage se blessent ou font du pèlerinage une métaphore de la société : ils courent, performent, se sentent utiles, comme s’il y avait lieu de prouver quelque chose dans l’exécution de ce pèlerinage devenu tâche à accomplir. Dans ces conditions, je suis alors d’accord, nous faisons de ce temps d’arrêt une métaphore de notre régime de vie. Il devient espace où nous reproduisons, malgré nous, et de manière compulsive, le rythme de vie que nous avions voulu quitter.

Toutefois, la puissance de l’expérience pèlerine s’exerce à l’opposé de ce que nous vivons quotidiennement. Elle nous défait de nos habitudes de vie, de nos croyances, faisant de nous de véritables vivants. La Voie du St-LaurentElle nous rappelle de vivre, car c’est la seule exigence que porte la vie. Vivre, protéger la vie, l’aimer, la goûter, la laisser grandir librement. Tout le reste nous l’avons inventé. Alors, ne nous prenons pas trop au sérieux dans notre cirque social!Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Êtes-vous contenant ou contenu?

Il faut être nomade, traverser les idées comme on traverse les villes et les rues.
Francis Picabia
Êtes-vous contenant ou contenu? Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus? Sur quoi mettez-vous le plus de temps : le contenant ou le contenu? On a tous le souvenir de ces jeunes enfants qui aussitôt le cadeau déballé se mettaient à jouer avec la boîte, le chou et les papiers colorés. Nous avons tous fait la même chose au même âge. Mais, depuis, avons-nous grandis? Il y a certains jours où nous nous amusons encore avec l’emballage et nous préoccupons bien peu du contenu! Sans essence, même la plus belle et la plus performante des voitures ne va nulle part!

sa à dosMettez-vous des heures à emballer un cadeau? Êtes-vous du genre à refaire la décoration de votre maison régulièrement? À considérer l’achat d’un objet pour son apparence plus que pour son utilité? À passer des heures devant le miroir? Êtes-vous du genre à vous laisser séduire par la pub?

Contenant ou contenu? Qu’est-ce qui les distingue? Lequel a le plus d’importance?

Le contenant contient, alors que le contenu est ce qui est retenu par le contenant. Sans contenant, le contenu est sans récipient. Le contenu est alors une énergie qui erre et se disperse.

Prenons un contenant : la gourde. Seule, elle a peu de considération. Cependant, une fois remplie d’eau, sa valeur change. Son importance est multipliée. Tous les pèlerins le savent, une gourde vide, même la plus « fashion » des gourdes, la plus ergonomique, celle dont les matériaux sont les plus écolos, même celle-là, n’est d’aucune utilité. La gourde a pour mandat de contenir. Elle est au service de l’eau, elle en canalise la substance.

soifDe plus, la gourde n’est pas faite pour contenir n’importe quoi. Elle a pour mandat de contenir un liquide qui permette de se désaltérer. En pèlerinage, une gourde pleine d’huile n’accomplirait plus son mandat et serait, encore une fois, d’aucune utilité. Par ailleurs, la gourde n’est pas faite pour posséder ce qu’elle contient. L’eau qui resterait à perpétuité dans une gourde finirait par croupir et ne serait plus bonne à consommer. Si l’eau de la gourde n’est pas partagée, mise en circulation, elle ne sert pas. La gourde pleine, que l’on conserve pleine, ne vaut pas plus qu’une gourde vide. Il faut que l’eau y circule pour qu’elle prenne toute sa valeur. Sans cette circulation, le contenant ne sert à rien.

Le contenant est un lieu de passage. Il est l’espace de canalisation d’une énergie potentielle : si elle circule! Il est important de noter, ici, que le contenant ne s’approprie pas son contenu. Il se laisse traverser par lui et c’est ainsi qu’il s’accomplit comme contenant. Il est donc question de relation entre contenant et contenu. Le contenant est au service du contenu, un contenu qui le traverse, qu’il ne possède pas. Alors, comment contenir?

Pour reprendre l’analogie du début, même la voiture la plus belle et la plus performante ne sert à rien sans essence. La voiture doit se laisser traverser par l’ « essence » qu’elle contient pour se mettre en marche. Contenant et contenu travaillent conjointement pour un plus. Le corps du pèlerin est le premier contenant auquel il a affaire. pèlerinsDès sa naissance, le corps est fait pour être traversé par l’expérience vivante. Pour vivre, nous devons nous laisser traverser par l’air, l’eau et la nourriture. Je ne peux les enfermer en moi. Empêcher cette circulation, c’est la mort assurée. Malheureusement, nous vivons comme dans une heure de pointe qui n’en finit jamais : tout reste engorgé! Ma vie, mon corps, ma tête, mon cœur, mon agenda se remplissent sans jamais laisser d’espace vide. Pourtant, j’ai besoin d’espace pour souffler, pour goûter, pour vivre!

Le pèlerin est espace circulatoire. Il est contenant traversé par l’expérience vivante. Le pèlerinage lui enseigne à se déposséder, à se désengorger de son trop-plein, se défaire de ses dépendances, de ses enfermements, de son ego, pour que la Vie circule en lui. Il lui apprend à faire de l’espace pour se laisser traverser par l’élan qui le tire en avant. Il lui apprend à écouter ce murmure qui le traverse. Le pèlerin est en définitive le contenant idéal, car il peut tendre à la conscience de ce qui le traverse! (Contrairement à la gourde…) Toutes les béquilles qu’ils se donnent ne feront jamais de lui un meilleur contenant. Le pèlerin n’a qu’à se rendre attentif, qu’à s’abandonner, pour mener à terme le projet de vie qui sommeille en lui. La Vie qui coule en lui est son « essence ». La retenir le priverait d’accomplir sa destinée.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

La boussole du pèlerin

« Je n’ai pas choisi
C’est ni le besoin, ni l’envie
J’ai cette force au fond de moi
Qui me porte vers toi. »
Michel Sardou
Ces paroles sont tirées d’une chanson de Michel Sardou. Elle s’intitule Loin. Loin en temps? Loin en distance? Peu importe. C’est ce vers quoi il tend, il se sent appelé. C’est une pulsion intérieure, une attraction qui le dépasse. Comme l’aiguille de la boussole qui pointe vers le nord. Comme le saumon qui remonte la rivière pour aller frayer. Comme la petite tortue à peine sortie de l’œuf qui se dirige courageusement vers la mer ou l’oisillon qui se lance du haut du nid pour déployer pour la toute première fois ses ailes. Cette chanson parle de cet élan intérieur qui nous habite et nous aiguille sur notre route de vie. Elle nous dirige immanquablement vers ce qui nous fait vibrer, vers ce qui donne bon goût à notre vie.

la boussolePour certains, c’est la musique. Pour d’autres, le jardinage, la moto, le vélo, la danse, la photo. Pour le pèlerin, c’est l’appel du sanctuaire. Ce point d’arrivée, cette finalité qu’il s’est fixée sans savoir pourquoi il s’y rend et qui pourtant l’attire et l’incite à avancer. Il s’y rend à pied. Ses parents et amis ne comprennent pas sa démarche. Pourquoi partir si longtemps? Pourquoi se donner tant de misère? Pourquoi marcher tous ces kilomètres? Mais pour le pèlerin, il y a cette voix intérieure qui lui dit que c’est sa route; que ce pèlerinage, cette longue marche, il doit la vivre car elle est un pas de plus vers cet avenir qu’il désire concrétiser mais qu’il n’a pas encore défini. Tout comme le pèlerin qui trouvera sa réponse en allant vers le sanctuaire, cet édifice religieux, le pèlerin de vie découvrira le sien à travers sa passion.

Nous avons tous un jour dit : « Je ne sais pas pourquoi j’aime ça, mais j’aime ça. Ça me fait du bien; Ça me défoule; Ou encore : Ça me détend… ». C’est à ce « je ne sais pas pourquoi » qu’il faut s’attarder.  Sans le comprendre, il faut savoir le ressentir, l’identifier et l’écouter. Comme le pèlerin qui chaque jour fait un pas de plus, pour se rapprocher de son sanctuaire, le pèlerin de vie qui écoute son élan intérieur pose quotidiennement des actions qui le rapprocheront de son sanctuaire de vie; cet espace dans lequel il s’épanouit et se réalise, cet espace qui donne un sens à sa vie. La Voie du St-LaurentComme le sanctuaire du pèlerin, le sanctuaire de vie que nous chérissons est loin. Il faudra du temps, de la confiance et de la persévérance pour l’atteindre.

Plusieurs personnalités connues et admirées ne sont généralement pas des êtres d’exception. Ce sont bien souvent des personnes comme vous et moi qui sont allées au bout de leurs rêves, qui ont fait preuve de conviction, de détermination et de foi. Il n’est pas question de talent, ni de réalisation extraordinaire et inédite. Il est question de suivre pleinement la voie/voix qui nous appelle et qui fait écho en nous. Ne perdez pas le nord, … vous pourriez vous perdre! Consultez votre boussole intérieure, elle sait où aller!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Le second souffle du pèlerin

La vie s’arrête lorsque la peur de l’inconnu est plus forte que l’élan.
Hafid Aggoune
Adolescente, durant les cours d’éducation physique, je redoublais de créativité pour éviter l’épreuve insurmontable que représentait la course d’endurance.  Courir me mettait dans un état d’essoufflement tellement inconfortable et paniquant que je ne souhaitais qu’une chose, m’arrêter pour reprendre mes sens ou mieux encore, trouver une bonne excuse pour fuir cette souffrance. Mon enseignant m’encourageait et me poussait à poursuivre l’effort : « continue, tu vas trouver ton second souffle! » J’avais plutôt l’impression que j’allais perdre connaissance.
La Voie du St-Laurent

Pourtant, un jour, ne pouvant éternellement éviter mes obligations, j’ai couru en maintenant l’effort, et j’ai enfin compris ce que voulait dire mon enseignant. J’ai découvert cet état dans lequel nous fait basculer le second souffle. Je l’ai vécu comme un regain d’énergie, un nouvel élan. Je venais de changer de vitesse, d’embrayer sur une plus petite roue. Je me sentais capable de courir tout le reste de la journée. Une sensation de soudaine facilité, libérée de la compression de ma respiration, venait de me surprendre. Évidemment l’explication physiologique du phénomène est simple : lorsque je m’active, mon rythme cardiaque et ma respiration s’élèvent, obligeant les grandes fonctions de mon corps à s’adapter à ce changement. La sensation de bien vivre malgré l’effort, le second souffle, arrive lorsque le corps a réussi à s’ajuster à la demande et à se stabiliser. Je ne m’éterniserai pas sur les explications du phénomène car ce qui m’attire ici, c’est tout ce que ce second souffle m’a permis d’apprendre, tout ce qu’il symbolise dans la vie. Car, à partir de ce moment, mon rapport à l’exercice physique soutenu a changé. Sans pour autant devenir une fervente marathonienne, je me suis résignée à faire l’effort demandé car je savais maintenant, que malgré l’essoufflement et la congestion respiratoire, j’allais accéder à un mieux-être. Je savais que mon second souffle viendrait. Winston Churchill a dit : « Si vous traversez l’enfer, continuez d’avancer.» Et il avait bien raison. Si j’arrête de courir au lieu de persévérer dans l’effort, alors tout le travail entamé devient désuet. Et lorsque je reprends ma course, tout est à recommencer.

La Voie du St-LaurentAujourd’hui adulte, je m’engage annuellement dans de longs pèlerinages, que ce soit à pied ou à vélo, et je passe ce même cap du second souffle à chaque fois. Sauf que je ne parle plus de second souffle ici car le cap franchit n’est pas uniquement physique. Il est également mental. Après quelques jours de pur plaisir, de dépaysement bucolique touristique, survient l’accumulation de fatigue du corps et ce petit creux dans le moral: « pourquoi me donner autant de misère? Pourquoi ne pas voyager en voiture? Pourquoi ne pas prendre des vacances plus confortables? » Le désir de tout arrêter. Puis, arrive le 10e jour (aux environs du 10e jour) : Le second souffle du pèlerinage! Ce moment où la pèlerine que je suis, entre dans un nouvel état physiquement et mentalement. Après tous ces jours d’ajustement face aux changements demandés que ce soit tant au niveau de la routine de vie qu’au niveau des efforts exigés sur le corps, tout en moi semble s’être adapté à mon nouveau mode de vie, me rendant ainsi chaque journée plus facile. Investie de cette nouvelle énergie, je me sens prête à cheminer sur des kilomètres l’esprit maintenant disponible pour jouir pleinement de l’expérience. C’est sachant que ce 10e jour existe que je me pousse à repartir pèleriner. Car malgré l’épuisement et le découragement que je vis après une semaine, je sais que mes efforts seront prochainement récompensés et que je découvrirai cet état de plénitude que ce mode de vie me procure.

La Voie du St-LaurentDans les deux cas, l’expérience me permet de réaliser que le corps est une machine surprenante ayant une capacité d’adaptation incroyable. Quel que soit le défi que je décide de relevé, l’épreuve que la vie met sur ma route, le corps passera au travers. Tout dépend donc de l’état d’esprit dans lequel je choisis d’affronter ma difficulté et de surmonter l’adversité. Mon expérience de vie, la découverte du second souffle, celle du 10e jour, m’incitent à croire en l’avenir, à croire en mes capacités à survivre à une épreuve, à croire en mon potentiel de résilience, c’est-à-dire, ma capacité à résister aux assauts de la vie et à transformer ma façon d’être et de faire, à me reconstruire une nouvelle zone de confort. Mon expérience de vie me démontre que la douleur n’est pas éternelle, qu’elle passera si je fais les efforts pour aller vers ce « meilleur » que je me suis fixé. Et c’est cette conviction qui m’aidera dans mes épreuves futures à persévérer, car c’est la persévérance qui me mènera à atteindre cet état de mieux-être que je désire rejoindre. C’est cette foi, cet élan intérieur qui me pousse vers l’avant, qui rend la suite possible.

Pas besoin de courir, ni de pèleriner pour connaitre la sensation du second souffle. Il suffit de devoir persévérer dans une voie qui nous semble sans issue, douloureuse ou insurmontable, mais qui nous apparaît comme un passage nécessaire pour accéder à un objectif que l’on désire réaliser.  Le second souffle, ou le 10e jour, indiquent qu’avec endurance, détermination, un pas à la fois, nous traverserons cet enfer. Le second souffle, c’est le moment où vous commencerez à vous sentir plus léger, plus heureux d’être rendu là où vous êtes. Vous serez passés à travers l’œil de votre cyclone, le défi vous semblera moins effrayant, vous vous sentirez plus en contrôle. Le second souffle vous permet de conscientiser tout votre potentiel de résilience!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Passer à travers l’hiver

C’est en saison sèche qu’on se lie d’amitié avec le piroguier.
Proverbe Foulfouldé
St-Michel-de-BellechasseL’automne est maintenant bien installé et annonce clairement l’arrivée imminente de l’hiver. L’hiver : saison que plusieurs tentent de fuir, car elle dérange notre confort et nos habitudes. Le vent, la neige, le froid nous obligent à changer notre façon de vivre. Chacun se prépare à affronter cette saison : rentrer le bois de chauffage, sortir les pelles, mettre les pneus d’hiver, acheter bottes et manteau aux enfants. Puis quand arrive l’hiver, malgré toute notre appréhension, la vie continue! On se réjouit des paysages givrés et saupoudrés de neige, on skie dans la poudreuse, on se délecte d’une bonne soupe, on flâne au coin du feu, on marche dans le calme des sous-bois en raquettes. Et on trouve que notre hiver québécois est le plus beau!

Dame Nature nous fait ici une belle leçon de vie. Elle nous montre qu’un changement, ça se prépare. Qu’arriverait-il à notre bel érable s’il ne perdait pas ses feuilles avant l’hiver? Et nos petits rongeurs s’ils n’hibernaient pas? S’ils ne faisaient pas de provisions avant le gel? C’est parce qu’on se prépare au changement qu’il nous devient plus facile de l’accepter et de bien vivre ce qui à prime abord semblait un événement catastrophique. Plusieurs changements sont incontournables ou le deviennent éventuellement. Il importe, pour continuer d’être heureux et de vivre en harmonie avec soi-même, de les reconnaître, de se préparer à les affronter et à les apprivoiser pour en voir les bons côtés.

Phare de La Martre en hiverCe que la nature m’enseigne aussi, c’est que le changement n’est pas essentiellement négatif. Ce que la chenille perçoit comme une fin, le papillon y voit une naissance. Tout est une question de point de vue et de façon d’aborder la situation. Le changement est un inconnu qui lorsqu’il deviendra connu nous permettra de vivre des aventures que l’on ne pouvait pas vivre dans ce qui nous était précédemment connu. Les paramètres de notre vie vont changer. Les nouvelles données m’offrent de nouvelles possibilités que je n’avais peut-être pas envisagées. Il n’en tient qu’à moi de voir la beauté dans cet inconnu. J’y parviendrai si je prends le temps de le connaître et que je cesse de regretter le passé. Il faut se rappeler que le confort que j’avais établi avant l’arrivée du changement, c’est moi qui l’avais aménagé. Je sais donc que j’ai les capacités, après un temps de réaménagement et d’instabilité, de me recréer un nouveau confort qui sera adapté à ma nouvelle réalité et qui correspondra à ce que j’aime vivre. Je suis l’agent de changement. Je dirige mes pas et oriente mes décisions pour passer à travers les défis tout en maintenant le cap sur mon choix de route de vie. Cette épreuve que j’ai à surmonter, personne ne pourra le faire à ma place, car c’est moi qui la vis. Je peux être accompagnée, conseillée, épaulée, mais je suis la personne qui posera les actions qui agiront sur mon bien-être intérieur.

Pointe Amos - St-VallierLes épreuves nous sont parfois extrêmement difficiles et douloureuses, mais chacun a en lui toutes les ressources pour passer à travers ces hivers. Il faut croire en soi, en ses forces et aptitudes, regarder la route que nous avons déjà réussi à parcourir avec succès, se remémorer nos bons coups et nos fiertés, et cheminer un pas à la fois. Le changement est un long et lent processus qui demande du temps. Aller trop vite ne serait qu’une dépense inutile d’énergie et risquerait d’augmenter les blessures. L’objectif est de passer à travers l’hiver sans trop se faire mal, car nous savons tous qu’après l’hiver vient le printemps. Le printemps c’est une renaissance, un nouveau départ. C’est reprendre vie sur de nouvelles bases, parfois même, recommencer à zéro. Comme l’arbre voit repousser ses feuilles, et fleurir ce qui deviendra un fruit, il faut se dire qu’après une période de changement, la vie reprendra. Et la qualité et le confort de cette nouvelle vie dépendra uniquement de soi.

Le changement est un temps de passage, d’évolution, de croissance entre deux états plus stables. Sans changement, la vie cesse. Plus rien ne bouge. Routine. Monotonie. Il faut savoir accueillir le changement comme faisant partie intégrante de la vie, lâcher prise, faire confiance et se faire confiance. L’essentiel en « hiver », c’est de prendre soin de soi!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Soyez vigilant! Vous pourriez vous casser la gueule.

N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites.
Décide de vouloir ce qui arrive… Et tu seras heureux.
Épictète
Un sentier aux racines dénudées, une piste rocailleuse, un lit de ruisseau desséché, une route boueuse… Les chemins de pèlerinage ne sont pas toujours faciles. Nous avons tous de ces sentiers en mémoire. Pour ma part, j’en ai quelques-uns, que ce soit certaines plages d’ici, ou encore ces chemins de Compostelle; tout particulièrement ce sentier qui descend du Alto del Perdón, dans le Navarre, juste après Pampelune… Vous vous rappelez? Ils ont bien marqué notre mémoire ces chemins qui demandent une attention particulière et sur lesquels on a tous failli se casser la gueule!Compostelle - Alto del Perdon

Ces chemins aux pierres qui roulent sous chacun de nos pas, aux racines tendues comme des pièges, ils nous occupent tout entier. Les yeux rivés sur le sol, on ne peut se permettre de le quitter des yeux ne serait-ce qu’une seconde. Suffit de lever la tête pour que nous buttions sur cette pierre qui n’attendait que ce moment d’inattention.

Dernièrement, en marchant sur la plage de St-Michel, j’ai eu à franchir un secteur qui m’a tenu en alerte et m’a rappelé un de ces chemins. Des rochers qui se dressent comme la tranche d’un livre, des pierres verdâtres et luisantes, d’autres à l’équilibre précaire, chacun de mes pas demandaient assurance et vigilance. Je ne faisais que regarder le sol, concentré, absorbé par la difficulté, cherchant le bon endroit où poser le pied.

J’avançais ainsi depuis une bonne heure, sans me rendre compte du temps qui passait, ni de la distance que je franchissais. À un certain moment, je me suis arrêté pour reprendre mon souffle et mon équilibre. J’ai pu alors relever la tête…Compostelle - Ronceveaux

Quelle sensation étrange! L’impression de basculer dans une autre dimension. À quelques mètres de moi, un héron prenait son envol et s’élançait au-dessus du fleuve. Je l’ai suivi du regard. Au loin, l’Ile d’Orléans se profilait avec ses carrés de verdures. Le ciel, un peu maussade, me renvoyait un vent tiède et le fleuve dansait dans un doux clapotis. Appuyé sur mes bâtons, j’étais sous le charme.

Dire que je marchais depuis une bonne heure et que je n’avais rien remarqué de ce spectacle.

Lorsque le héron eut disparu de mon champ de vision, je me suis repenché et j’ai repris ma route. Si je voulais poursuivre sans me casser la gueule, je n’avais pas le choix, il me fallait pencher la tête et demeurer vigilant. Je ne pouvais avoir les yeux au ciel avec une route pareille!

La Voie du St-Laurent - Ste-Anne-des-MontsMe cramponnant fermement à mes bâtons, j’avançais consciencieusement, lorsqu’il me vint à l’esprit que, malgré la difficulté du chemin, j’avais pu goûter un moment de pur plaisir. Je n’avais eu qu’à m’arrêter…

Bercé par cette idée, je fis quelques pas de plus et allai m’asseoir sur un rocher, face au fleuve.

Comment est-ce que je traverse les jours rocailleux de ma vie? Est-ce que je m’accorde du temps? Est-ce que je prends le temps de faire cette pause qui me permettra de reprendre mon souffle, qui rendra mon chemin agréable? Quelle attitude ai-je face à ce chemin qui n’en finit plus de difficultés, de pierres sur lesquels je butte, de racines sur lesquelles je trébuche? L’ai-je seulement maudit ou ai-je pris le temps de m’arrêter et de relever la tête?

La Voie du St-Laurent - Cap-Bon-AmiChacun de nos jours peut avoir son lot de difficultés, il n’en tient qu’à nous de savoir puiser dans les bonnes choses de la vie. Et pour cela, il suffit de savoir relever la tête pour sortir du tumulte. De savoir s’arrêter et mettre ses préoccupations de côté pour quelques temps. Même au milieu de l’adversité, les beautés demeurent. Mon plaisir demeure! Il suffit de le cueillir. Je devrais mettre autant d’énergie à cueillir tous ces moments de plaisir que j’en mets à franchir les difficultés du chemin. Ma vie a besoin de ce bon goût. Je ne peux pas vivre dans une perpétuelle course à obstacles, sans jamais relever la tête. Il est important de savoir jalonner son parcours de pauses qui rendent la route agréable.

Soyez vigilant! Vous pourriez vous casser la gueule. Surtout si vous ne relevez jamais la tête! À ne penser qu’à avancer, il pourrait vous arriver bien pire que de tomber. La chute est souvent plus grande lorsqu’on réalise tout ce qu’on a manqué à force de ne penser qu’à arriver…

Éric Laliberté

Prendre la bonne direction sur le chemin de la vie

Les deux jours les plus important de votre vie sont le jour où vous êtes né
et celui où vous avez compris pourquoi.
Mark Twain

IMG_0905Une des grandes inquiétudes pour celui qui décide d’entreprendre le long pèlerinage de Compostelle est celle de se perdre, de se tromper de route ou de ne plus savoir où aller. Pourtant, je vous rassure, si vous entreprenez le chemin espagnol qui va de Saint-Jean-Pied-de-Port à Saint-Jacques, nombreuses seront les indications qui guideront vos pas. Les célèbres flèches jaunes et les coquillages pointant vers l’ouest balisent fidèlement le chemin. Et pour certains croisements plus incertains, les pèlerins ont pris le temps de réaliser des amoncellements de cailloux en forme de flèche pour orienter dans la bonne direction ceux qui les suivent. Il est donc peu probable, pour le marcheur attentif, de se perdre.

Pour plusieurs, savoir où on s’en va, donner un sens, une direction est essentiel. Une bonne amie m’a dit tout récemment « la vie est un long pèlerinage ». IMG_0090Alors pourquoi ne s’inquiète-t-on pas plus d’y perdre notre route? D’en connaître et d’en comprendre les signes qui accompagnent nos pas quotidiens? Pour une majorité d’entre nous, notre route de vie n’est pas remise en question. Elle semble même fatalement pré-tracée. Nous agissons plus comme des « suiveurs » plutôt que des leaders de nous-mêmes. Nous avançons sur ce chemin tous les matins sans nous demander si nous faisons fausse route, si nous avons pris le temps de lire les messages que nous croisons. Pourtant, comme l’a dit James Dean : « Puisqu’on ne peut changer la direction du vent, il faut apprendre à orienter les voiles. » Et pour orienter nos voiles, il faut savoir prendre conscience des vents favorables, donc prendre le temps de s’arrêter et d’observer. S’arrêter! Mais le faisons-nous?

2014-08-04 08.41.09Tout comme sur le chemin de Compostelle, sur la route de la vie les signes sont nombreux. Il faut cependant être attentif et ouvert pour les remarquer. Que peut bien signifier une contravention pour excès de vitesse? Une jambe cassée, dans le plâtre pour 6 mois? La perte de mon emploi? Ma relation conflictuelle avec mon patron? Mes maux de dos incessants? Mon récent besoin de prendre un verre pour mon détendre chaque soir? Mon insatiable besoin de vacances loin du quotidien? L’impossibilité de me trouver un emploi malgré les mille et un CV envoyé?… Nous seul pouvons comprendre ce que ces signes veulent nous dire, si nous prenons le temps de les voir et de nous y arrêter. Ils sont là pour nous indiquer notre route de vie, pour nous diriger vers un mieux-être qui corresponde à nous et qui s’harmonise avec nos valeurs. Ne pas les écouter et poursuivre avec entêtement et acharnement dans cette voie, c’est ne pas se respecter et choisir de vivre dans un monde qui nous rend malade ou malheureux. « Il est des moments où il faut choisir entre vivre sa vie pleinement, entièrement, complètement, ou trainer l’existence dégradante, creuse et fausse que le monde, dans son hypocrisie, nous impose (Oscar Wilde) ».Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

L’ingrédient essentiel au pèlerinage

Ce n’est pas parce que les choses nous semblent inaccessibles que nous n’osons pas;
c’est parce que nous n’osons pas qu’elles nous semblent inaccessibles.
Sénèque

2014-07-28 10.31.00Partir longtemps avec son sac à dos pour unique bagage, traverser une région jusqu’alors inconnue, voyager seul et faire de nouvelles rencontres, vivre un jour à la fois en se libérant de ses obligations de la vie moderne: tous les ingrédients sont rassemblés pour vivre un pèlerinage. Et bien que les voyages forment la jeunesse, peu importe l’âge du voyageur, il reviendra transformé par cette épreuve de vie. De chaque pèlerinage, de nouveaux apprentissages se réalisent. Il existe tout un monde de découvertes qui attend le pèlerin à chacun de ses pas. Et ce qui différenciera le simple voyage du pèlerinage, c’est que les découvertes les plus marquantes du pèlerinage ne se photographient pas. Elles sont intérieures. Elles sont en moi.

De tous les apprentissages que j’ai pu faire sur le chemin et que j’ai tenté de mettre en application dans ma vie de tous les jours à mon retour, la confiance est celui qui m’est essentiel pour mieux vivre. Je me suis bien demandée comment un simple chemin pouvait m’avoir amenée à avoir confiance en moi et en ma propre route. Tout voyage ne favorisera pas un tel cheminement intérieur. Alors quel est l’ingrédient essentiel au pèlerin pour qu’il découvre en lui cette force? Je vous répondrais que pour le savoir, il faudra en premier lieu avoir le courage de se lancer vers un monde d’inconnus et d’imprévus; un monde où, contrairement à nos habitudes, tout n’est pas planifié et organisé à l’avance. Chaque journée sur le chemin du pèlerin, nombreux et variés sont les obstacles et les impondérables qui se présenteront : manque d’eau, manque de nourriture, manque d’hébergement, erreur de 2014-08-01 09.06.37-1chemin, pluie, froid, canicule, pertes, manque d’argent, … Et nombreuses et heureuses seront les solutions! Mais ça, tant que nous ne l’avons pas expérimenté, nous ne pouvons pas le savoir. Ainsi, un grand nombre de personnes n’oseront pas partir et sortir de leur zone de sécurité, par crainte de ne pouvoir surmonter cet inconnu qui les attend et qu’ils appréhendent. L’image qui me vient à l’esprit et qui illustre le mieux cette situation est celle de l’enfant qui va naître. Après près de neuf mois à grandir, bercé dans un environnement chaud et apaisant, il commence à se sentir bien à l’étroit. Une solution s’impose à lui : naître. Aurait-il le choix qu’il retarderait certainement à quitter ce nid douillet, malgré les inconforts. Mais voilà, il n’a pas le choix : il doit sortir. Il va vivre le choc de l’air, du froid, de la lumière et du bruit. Tout un monde qu’il n’imaginait pas et qu’il aurait pu craindre. Puis, il se retrouvera rapidement réchauffé par les bras et l’amour de sa mère, et s’habituera à ce nouveau cadre de vie. Pour celui qui craint de se lancer sur un chemin pèlerin, je dirais : osez! Et ayez confiance. La vie ne vous laissera pas tomber. Et elle vous le prouvera.

Marcher et pédaler les chemins des jours durant m’a appris à croire en la vie. Mais pour bien intégrer cet apprentissage et le vivre, il faut lâcher prise et sauter. Il faut accepter de vivre des émotions fortes et inconfortables : la peur, la crainte, l’appréhension. Il faut accepter de ne pas être pleinement en contrôle. Il faut vivre dans cet état de brouillard et d’apesanteur en ayant confiance. Car graduellement, comme l’enfant à sa naissance, nous retrouverons des points d’appui, nous nous referons des repères dans ce nouveau monde. Nous apprendrons à découvrir les nouveaux paramètres de cette réalité et découvrirons que nous avons en nous tous les outils pour nous y adapter. Et c’est en constatant notre potentiel d’adaptation et en découvrant nos forces que nous prendrons confiance en nous. Et c’est en réalisant toutes les solutions possibles qui s’offrent à nous à chaque embûche, nous apprenons à voir la vie sous un autre angle : celui de la foi. La foi qui est cette force qui nous permet de croire. Martin Luther King disait : avoir la foi, c’est monter 2014-08-10 11.29.59la première marche même quand on ne voit pas tout l’escalier. Le pèlerin qui a déjà tous ses hébergements réservés à l’avance, qui voyage avec un groupe, qui sait qu’il sera attendu et que son repas sera préparé, celui qui part en pèlerinage sans lâcher prise au niveau du contrôle serait comme ce parachutiste qui aura fait un tour d’avion mais n’aura pas fait le grand saut. Et pourtant c’est dans ce saut que germe la confiance.

De retour de pèlerinage, il faut alors mettre en application cet apprentissage. Il faut avoir foi en la vie et se permettre de sortir d’une situation qui nous blesse et qui nuit à notre bonheur, sans savoir ce qui nous attendra de l’autre côté de l’épreuve mais en ayant confiance que nous saurons mettre en place de nouveaux paramètres et des moyens pour voguer lentement vers un mieux-être. Le pèlerinage permet de prendre conscience de cette force qui est en nous et que souvent nous sous-estimons. Le bonheur dépend de l’attitude envers la vie et de la confiance intérieure. Alors je vous laisse et je vous dis : osez la vie!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni