Provoqué à vivre

L’essentiel n’est pas de vivre mais de bien vivre.
Platon
baignade à la merTous les jours nous sommes provoqués au changement. Si je bouge la main, l’air se déplace; si je presse une orange, j’obtiens du jus; si je déplace mes pieds, j’avance; si j’ouvre les yeux, je vois… Chaque mouvement provoque un changement qui me déstabilise, déplace mes repères, et engendre un réaménagement de mes perceptions.

C’est par le mouvement des ondes que j’entends la musique. C’est par la tige qui grandit que l’arbre porte fruit. C’est par les mouvements de ma bouche que des paroles sont prononcées. Des paroles qui suscitent diverses réactions, divers mouvements…

Tout change, tout bouge. L’enfant qui va naître. Le cours d’eau qui fluctue. Le feu de forêt qui ravage une région : tout cela, c’est la vie en mouvement. La Vie bouge. Elle nous déséquilibre à chaque instant, nous provoquant à vivre, nous appelant au dépassement. C’est là le cœur de l’expérience pèlerine. Dans chacun de ses pas, le pèlerin est déstabilisé et tente de retrouver son équilibre : un équilibre de vie.

équilibristeCet équilibre de vie, vers lequel nous tendons tous, provoque et incite le meilleur de nous. C’est par cet élan déséquilibrant que nous aspirons sans cesse au meilleur de la vie. Pour l’atteindre, je dois cependant accepter d’être en mouvement. L’équilibriste ne peut tendre à l’équilibre que par le mouvement. De même, je dois me laisser déplacer, transformer, pour parvenir à l’équilibre recherché. Désirer le meilleur, c’est désirer être transformé pour s’équilibrer. C’est désirer être provoqué dans ces stagnations, dans ces inerties qui nous font pencher d’un côté. C’est avoir le courage de dépasser la souffrance d’une posture qui nous a ankylosés pour remettre la vie en circulation dans nos veines.

Qui, consciemment, voudrait d’une vie végétative branchée sur des appareils qui le maintiennent en vie? Pourtant, c’est-ce que la plupart d’entre nous faisons. Désirer le meilleur sans mouvement, c’est rêver sa vie bien calé devant sa télé, branché sur son portable. Demeurer au stade du rêve, du virtuel, n’a jamais mis en mouvement! Le rêve peut susciter l’étincelle, mais si cette étincelle ne provoque jamais la flamme, ne met jamais le feu à nos passions pour nous provoquer à l’action, elle est vaine.

MarcheurLe pèlerin de longue randonnée éprouve un bien-être et une aisance – malgré les difficultés, malgré les souffrances – qui enflamment sa joie et son plaisir de vivre. C’est au cœur de son déplacement qu’il éprouve de l’accomplissement, qu’il se sent vivant. Comme la flûte prend vie par le souffle qui la traverse, le pèlerin s’éprouve et s’accomplit par le mouvement de la Vie qui souffle en lui. Le pèlerinage provoque à vivre là où nous nous étions assoupis. Semblable à la main qui secoue le dormeur, le pèlerinage nous sort de notre torpeur et nous rappelle à la vie.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Le pèlerin, cet épicurien!

Un bol de riz à manger, de l’eau à boire et mon bras replié en guise d’oreiller, et me voilà heureux.
Confucius

Compostelle - Camino FrancesLe pèlerin n’est pas un pauvre hère qui marche et vagabonde faute de logis. Ce n’est pas non plus un pieux personnage qui s’inflige une souffrance pour vivre le pardon et l’humilité. Le pèlerin d’aujourd’hui est un être de choix. C’est en pleine conscience d’un désir de vivre autrement qu’il choisit de ralentir le rythme de sa vie, qu’il choisit d’élaguer tout cet avoir qui l’entoure et l’encombre, qu’il choisit de se rendre vulnérable aux événements. Le pèlerin se choisit!

Combien d’entre nous, par une belle journée ensoleillée, décident de savourer un bon roman dans une chaise longue, … et se sentent coupable? Et même lors d’une journée pluvieuse, le ménage semble si urgent que la petite émission de télévision que nous nous promettons bien de regarder attendra que tout soit coché sur notre liste! Nous dépensons une petite fortune en caprices pour nos enfants et nous hésitons et culpabilisons à l’idée de dépenser pour les nôtres. Nous partons en vacances fatigués par un travail que l’on effectue souvent pour le bien des autres. Notre besoin de vivre un moment de bonheur est tellement grand qu’on croit que tout l’argent du monde ne suffirait pas à le combler… Compostelle - Camino Frances

Celui qui pèlerine saura se laisser émerveiller. Il ne traverse pas des paysages et des villages. Il les vit. Tous ses sens sont ouverts et filtrent en une osmose parfaite l’extérieur. La vue savoure les couleurs, la lumière, les sourires, la beauté de la nouveauté. L’odorat se fait chatouiller par l’odeur d’une boulangerie, celle des lilas et des rosiers, celle de la chaleur et de l’humidité dans les champs, mais aussi par celle moins charmante des fermes ou des marais. Notre peau se laisse caresser par le vent, surchauffer par le soleil, rafraichir par l’eau fraiche de la pluie ou l’air frais du petit matin. L’ouïe, toujours présente, devient plus attentive. Elle s’accroche au chant des oiseaux, au bruit des vagues ou de la cascade qui longe le sentier, aux rires et aux cris des enfants qui jouent, au bruit de ses pas sur la route. Elle entend aussi le vrombissement de tous ces moteurs qui résonnent au loin et se détend dans des moments de pur silence. Le goût aime savourer chaque bouchée, de la toute petite framboise cueillie sur le bord du chemin au ragoûtant repas chaud tendrement apprêté; de l’eau claire de la fontaine au moelleux vin rouge de fin de soirée.

Compostelle - Camino FrancesLe pèlerin mange par nécessité, mais aussi par plaisir, pour déguster et se délecter peu importe l’heure de la journée. Il marche par plaisir, pour voyager; s’arrête par besoin ou pour jouir pleinement du moment qu’il ne veut pas voir passer trop vite et dont il veut s’imprégner. Jamais dans l’excès, tout sera proportionnel à son besoin. Il accepte de vivre la douleur, la fatigue, le découragement, sachant que cela lui permettra aussi de connaître l’apaisement, la détente et la fierté dans l’accomplissement de sa journée. Disponible et ressentant intensément chaque moment, chaque émotion, le pèlerin vit! Chaque parcelle de son être est en relation avec ce qui l’entoure et imprime en lui ces fragments de petits bonheurs tout simples qui composent la mosaïque de son bien-être intérieur.

Ce pèlerin, cet épicurien de la Vie, n’a même pas besoin de quitter son logis pour vivre ainsi. Ce qui fait le pèlerin n’est pas son sac à dos, ses bâtons ou ses bottes. Ce qui fait le pèlerin est en lui. La Voie du St-Laurent - TorontoC’est dans l’«être» et non dans l’«avoir» qu’on reconnaît le pèlerin. Ce pèlerin fait ses choix. Il choisit d’écouter sa voix intérieure, celle qui sait ce qui lui fera du bien. Pas question d’égoïsme. C’est une question d’équilibre personnel et interpersonnel; une recherche d’harmonie entre mes besoins et ceux des autres; un désir de bonheur partagé. Il vit en réponse à un élan intérieur qui a su se faire désirer, car c’est dans l’attente et dans le manque qu’on découvre la juste saveur de nos besoins. Tout est dans l’attente, le temps, le vide qui permet de faire mûrir un réel désir. Sur votre prochaine liste de choses quotidiennes à faire, prenez le temps d’inscrire une chose que votre petite voix vous aura dictée. Et au moment de la faire, savourez-la pleinement! C’est un cadeau de vous à vous, une petite parcelle de bonheur!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

PRENDRE NOTE QUE CE BILLET ÉTAIT LE DERNIER POUR CE PRINTEMPS. LE BLOGUE DE BOTTES ET VÉLO FERA RELÂCHE EN JUILLET ET SERA DE RETOUR LE 21 AOÛT. PENDANT CE TEMPS, NOUS VOUS INVITONS À NOUS SUIVRE SUR LA VOIE DU SAINT-LAURENT DU 24 JUIN AU 19 JUILLET.