Entre ce que je veux et ce qui est

La marche dans l’errance n’est pas de condition pèlerine.
Alphonse Dupront
La fin de semaine dernière, nous avons vécu un formidable Weekend Pèlerin à l’Isle-aux-Coudres. La thématique : Le Yin et le Yang de ma vie. C’était l’occasion de s’observer dans nos dualités – entre ce que je veux et ce qui est, pour sortir de nos oppositions et voir l’écart entre les deux. Cet écart laisse un grand vide. En rester là crée de la distance, nous éloigne les uns des autres. Le dépasser, c’est commencer à construire un pont, une traverse, un chemin. Et c’est précisément dans cet écart que s’élabore le chemin de pèlerinage. Le chemin naît de nos désirs. Il est l’espace qui se construit jour après jour entre mon désir et la réalité du quotidien, entre ce que je veux et ce qui est.

Il est entre le tout ou rien; entre le noir et le blanc; entre le bon et le mauvais; entre ce que je veux accomplir et mes limites; entre l’image que je projette et ce que je suis; entre ce que je suis et ce que tu es; entre mon idéal et la réalité.

Tous ces écarts sont autant d’espaces qui appellent à tracer des sentiers qui se situent sur cette frontière. Le chemin n’existe pas sans désir d’un ailleurs. Où vas-tu? Que veux-tu? Que cherches-tu? C’est parce qu’il y a destination, qu’un chemin peut prendre forme. Le pèlerinage prend du sens parce qu’il porte en lui un idéal, une destination. Il est habité par un désir, un espoir. Sans destination, le pèlerinage n’est qu’errance. La vie aussi.

Par son désir, le pèlerin est déplacé. Il marche vers lui. Sur son chemin, il construit des trajectoires signifiantes au hasard des rencontres et celles-ci l’amènent à repréciser sa destination, son désir. Où vas-tu? Que veux-tu? Que cherches-tu? Le chemin se construit dans cet espace. Se mettre en marche équivaut à se lancer dans la vie en quête d’un idéal. Et cet idéal est continuellement confronté à une réalité toute autre, une réalité que je ne possède pas.

Les chemins de pèlerinage, tout comme les chemins de vie, sont faits de ces imprévus qui invitent à sortir de nos dualités, de ce qui est noir ou blanc, bon ou mauvais, entre mon idéal et la réalité. Car l’idéal ne s’atteint pas, il met en marche! Il est le moteur de la vie, continuellement à poursuivre. Le chemin est l’espace où s’écrit la vie. Un de nos grands penseurs a dit : « Les oiseaux du ciel ont des nids, les renards ont des terriers, mais le Fils de l’homme n’a nulle part où poser sa tête. » Continuellement en route, l’être humain est voué au cheminement. Il aura beau chercher à tout prévoir, il y aura toujours une part d’incontrôlable.

Sur la route, il y aura toujours cet autre, imprévisible et mystérieux, pour confronter mon désir. Toutefois, sans lui, il n’y a pas de véritable rencontre. Le chemin se trace dans la rencontre des désirs. Brigitte et moi avons cette phrase pour nous rappeler cet entre-deux : « Ce ne sera pas ton idée, ni la mienne, mais la troisième. Celle qui jaillira de notre rencontre. » Dans cet espace, il y a place à l’émerveillement d’une vie à inventer.

Éric Laliberté

 

Janvier 2015 – La librairie du pèlerin vous propose…

La nouvelle année débute et la librairie du pèlerin est de retour avec ses suggestions de lectures mensuelles. Comme vous le savez, chaque mois, Bottes et Vélo vous propose trois titres que nous avons sélectionnés afin d’alimenter votre réflexion sur le pèlerinage de longue randonnée. Ces livres se veulent des outils permettant de contribuer graduellement à l’intégration des différentes dimensions du pèlerinage dans nos vies comme exercice d’un mode de vie sain. Ce faisant, les suggestions de lecture que nous vous faisons veulent mettre en évidence les trois axes de la démarche du pèlerin: le corps, l’esprit et le temps.

Voici donc les trois titres que nous avons retenus pour vous ce mois-ci:Sélection - Janvier 2015

Et si je prenais mon tempsBerliet - Et si je prenais mon temps

Le culte de la performance vous a fait oublier d’écouter vos besoins et vous vous êtes laissés aspirer par la spirale du toujours plus, et encore plus vite. Comment venir à bout de ce sentiment ? Le but de cet ouvrage est de vous montrer le chemin d’une vie réorganisée, plus sereine et plus douce. Il vous aidera à vous réapproprier votre temps et à vivre plus sereinement. (Notre rapport au temps est de plus en plus malmené. La plupart d’entre nous en souffre. Ce petit livre, tout simple, nous aidera à repenser nos priorités. Bottes et Vélo) 

Cyrulnik - De chaire et d'âmeDe chair et d’âme

 » On peut découvrir en soi, et autour de soi, les moyens qui permettent de revenir à la vie et d’aller de l’avant tout en gardant la mémoire de sa blessure. Les chemins de vie se situent sur une crête étroite, entre toutes les formes de vulnérabilité. Être invulnérable voudrait dire impossible à blesser. La seule protection consiste à éviter les chocs qui détruisent autant qu’à éviter de trop s’en protéger. Chaque âge possède sa force et sa faiblesse et les moments non blessés de l’existence s’expliquent par notre capacité à maîtriser, voire à surmonter, ce qui, en nous, relève, dans un constant remaniement, du biologique, de l’affectif et de l’environnement social et culturel. Le bonheur n’est jamais pur. Pourquoi faut-il que, si souvent, une bouffée de bonheur provoque l’angoisse de le perdre ? Sans souffrance, pourrait-on aimer ? Sans angoisse et sans perte affective, aurait-on besoin de sécurité ? Le monde serait fade et nous n’aurions peut-être pas le goût d’y vivre.  » Ce livre fonde une nouvelle biologie de l’attachement. Il explique pourquoi, pour chacun d’entre nous, la vie est une conquête permanente, jamais fixée d’avance. Ni nos gènes ni notre milieu d’origine ne nous interdisent d’évoluer. Tout reste possible. Un message d’espoir, plein de tendresse et d’humanité. (Un excellent livre que nous vous recommandons fortement. L’approche de Cyrulnik permet de redonner à la vie toute sa saveur. Une saveur bien incarnée dans notre humanité, pleinement consciente de tous ses sens et de ses souffrances. Bottes et Vélo)

Kubbler-Ross - La mort est un nouveau soleilLa mort est un nouveau soleil

Un fabuleux voyage au-delà du monde sensible. Les expériences scientifiques du docteur Kübler-Ross, reconnues dans le monde entier permettent de confirmer l’existence d’une vie après la mort. Il s’agit bien du passage à un autre état de conscience dans lequel on continue à sentir, à voir et entendre, à s’épanouir. Les témoignages saisissants livrés ici en sont la preuve. La mort est renaissance et vie. La mort est un nouveau soleil. « E. Kübler-Ross a développé un dispositif d’écoute de maladies incurables (…). elle a notamment mis au jour cinq phases du mourir qui servent aujourd’hui de référence à la pratique des soins palliatifs. » « Terre du ciel » (Élizabeth Kübler-Ross est une personne de grande renommée pour son approche en soins palliatifs, et ses écrits ne nous laissent pas indifférents. Savoir regarder sa mort pour porter un regard différent sur sa vie. Bottes et Vélo.)

Bonne lecture!

Éric Laliberté et Brigitte Harouni