Postpartum pèlerin

Nous sommes, d’ordinaire, heureux par nos goûts et tyrannisés par nos habitudes.
Hyacinthe de Charencey
Vous êtes revenu de pèlerinage et avez beaucoup de difficulté à reprendre le fil de vos occupations. Le retour au boulot arrive trop vite. La routine quotidienne ne vous dit plus rien. Tout semble se bousculer et vous vous sentez envahis. Les tâches s’accumulent, le cœur n’y est plus. Cette vie d’avant ne vous dit plus rien. Vos valises sont à peine défaites que vous mettriez la clé dans la porte et repartiriez aussitôt. Vous regardez vos photos en boucle. Vous revisitez tous ces lieux. Vous revoyez ces visages, toutes ces rencontres. Vous en ressentez encore vivement l’émotion. Rien à faire, vous avez l’impression que votre cœur est resté là-bas… Ne vous inquiétez pas, vous vivez le postpartum pèlerin!

Cet effet postpartum n’est pas spécifique au pèlerinage. On retrouve ses effets dans différentes situations qui peuvent avoir certaines caractéristiques communes. Les symptômes postpartum s’apparentent à ceux de la dépression. Ils apparaissent après un engagement soutenu pendant une longue durée et ayant mobilisé toute la personne. Que ce soit après une grossesse; ou après les épreuves sportives des jeux olympiques; que ce soit après avoir relevé de grands défis tels que l’Everest, le Kilimandjaro, la traversée de l’océan à la voile ou encore un Ironman; pratiquement tous éprouvent ces sentiments dépressifs dans les jours qui suivent la réalisation de leur projet. On peut les retrouver également chez certains artistes, alors qu’ils viennent de terminer une œuvre à laquelle ils se consacraient depuis plusieurs mois. Il y a cet effet de vide. Tout notre temps, notre énergie était investie dans cette activité et maintenant… c’est terminé. Même si le processus s’apparente à un accouchement, il y a un deuil à faire. Ce qui était n’est plus, mais a pourtant transformé ma vie. Je sais que je ne suis plus le même. Mais que suis-je devenu au juste?

Pour bien ressaisir l’expérience pèlerine, il importe d’en faire une relecture. Il ne s’agit pas de relire le journal que vous avez tenu tout au long de votre parcours. Il s’agit d’en faire un exercice de mémoire : qu’est-ce qui remonte spontanément?

Que l’événement soit positif ou négatif, laissez-le parler et écrivez. Racontez cette anecdote, et toutes les autres qui viendront, aussi précisément que vous vous le rappelez. Il importe peu à ce moment-ci que le récit soit exact. Ce qui importe c’est ce que vous en retenez. La véritable expérience se joue dans cet exercice de relecture.

Prenez le temps de visiter et de nommer les émotions qui vous viennent. En revoyant intérieurement votre itinéraire, que ressentez-vous? Pourquoi cet événement en particulier? Mettez tout sur papier sans vous censurer. Il n’est pas nécessaire de tout faire d’un seul trait. L’exercice peut s’échelonner sur plusieurs jours. Donnez-vous des pauses et lorsqu’il vous vient autre chose, écrivez-le. Laissez-le jaillir avec tout ce qu’il suscite en vous. Lorsque vous sentirez que vous avez épuisé les anecdotes, mettez ce carnet de côté pour quelques jours.

Après un certain temps, reprenez contact avec votre relecture. Relisez ce que vous avez couché sur papier. Certains éléments vous apparaîtront écrits sous l’effet de l’émotion et n’auront plus autant d’importance. D’autres par contre garderont une certaine puissance et continueront de vous parler.

En faisant la liste de ces éléments qui gardent encore de la saveur, tentez de tirer un fil conducteur. Que retenez-vous de cette expérience? Comment vous parle-t-elle? Que vous enseigne-t-elle à votre sujet?

Prenez le temps de creuser ces émotions qui demeurent fortes, qu’elles soient positives ou non. Elles vous renseigneront sur l’orientation de votre vie. Elles vous donneront des repères sur ce qui donne du goût à votre vie. Elles seront de nouvelles balises et donneront une saveur nouvelle à votre chemin quotidien. Vous réaliserez toutefois qu’elles ne vous sont pas complètement inconnues. Qu’elles étaient-là depuis toujours, que vous les aviez seulement négligées avec le temps. Prenez le temps de renouer avec elles.

Enfin, une fois ces étapes franchies, elles appelleront à l’action. Maintenant que vous êtes devenus sensibles à ces perceptions, à ce qui donne de la saveur à votre vie, de nouvelles structures s’imposeront.

Cette étape sera plus ou moins difficile, selon la certitude intérieure que vous porterez face au ressenti que vous éprouverez. Comme le disait le philosophe Michel Foucault : « De l’homme à l’homme vrai, le chemin passe par l’homme fou. » Faire des changements majeurs dans vos comportements ou vos manières de vivre aura un impact important sur votre entourage. Ils ne comprendront pas toujours ce que qui vous arrive. À leurs yeux, vous ne serez plus le même. Vous ne serez plus celui ou celle dont ils attendent certains types de réactions, et ce sera déroutant pour eux. Pour vous aussi. Tout sera nouveau, tout sera à apprivoiser.

Ce qui demeurera concret toutefois, c’est cette confiance dans ce que vous éprouvez. Il sera important de retenir que ce senti peut cependant changer. Rappelez-vous que vous n’avez pas toujours aimé le navet, les radis ou les endives. Votre manière de goûter la vie peut évoluer et vous indiquer de nouvelles voies plus tard. Rien n’est coulé dans le béton. Vous êtes libre.

Le postpartum pèlerin est difficile parce qu’il nous parle d’un manque. Il faut toutefois visiter ce manque pour en comprendre la nature. Ce n’était pas le contenu de votre sac à dos, ni la magie des lieux ou encore cet hôtel 5 étoiles qui donnait du goût à votre itinéraire. C’est en marchant que se jouait le meilleur de votre expérience pèlerine et c’est dans le détachement de cette marche que se construisait la saveur de votre sanctuaire intérieur. En faisant cet exercice de relecture, vous reprendrez contact avec ce qui donne du goût à votre vie et vous vous donnerez ainsi des outils pour la rendre savoureuse à chaque instant.

Éric Laliberté

À trop se préparer – on finit par oublier l’essentiel!

La vie c’est-ce qui se passe pendant qu’on est occupé à planifier autre chose.
John Lennon.
Quoi de plus normal que d’être bien préparé pour passer un examen ou être reçu en entrevue? Rien de plus légitime que de vouloir visiter la maison avant de l’acheter, n’est-ce pas? Se préparer à vivre un changement, à vivre dans un contexte différent : faire un voyage, changer d’emploi, déménager ou prendre sa retraite, demande une certaine préparation. Mais serions-nous trop prévoyant? Aurions-nous peur des hasards de la vie?

Tous ces réaménagements de vie, qu’ils soient de courtes ou de longues durées, nous amènent à nous questionner : Où irai-je et quand? Que ferai-je? Comment m’y prendrai-je? Avec quoi? Avec qui?Bottes et Vélo Il est sain de vouloir se préparer à affronter l’inconnu. Mais, l’inconnu, demeurera toujours inconnu tant et aussi longtemps que nous n’y serons pas et que nous ne l’aurons pas vécu. Notre manière de nous y préparer parlera de nos insécurités… ou de nos insouciances. Sombrez dans l’insouciance extrême et vous risquez de vous retrouver en bermudas au pôle nord! Néanmoins, à trop se préparer, à vouloir tout prévoir – même l’imprévisible – on finit par passer à côté de quelque chose : on finit par enlever toute saveur à la vie.

Pourtant ce qui nous attirait au départ, c’était le goût de la découverte, de l’aventure, de se laisser émerveiller, de quitter son chez soi pour entrer dans l’inconnu. Il y a quelque chose en moi qui désire s’ouvrir à un espace neuf, une culture et des coutumes différentes, de nouvelles saveurs, de nouvelles odeurs. Quelque chose qui est prêt à se laisser déplacer hors de son confort et de son monde connu, et abandonner pour quelques temps son pot de beurre d’arachides. Prêt à entrer dans l’inconfort de la nouveauté…

Bottes et Vélo - La Voie du St-LaurentL’enseignement du voyage se situe hors du prévu, hors des sentiers connus. Le choc du voyage est nécessaire pour un réel apprentissage, pour une réelle transformation. Tous les pèlerins-randonneurs vous le diront : c’est dans l’imprévisible que la vie est la plus généreuse. Mais, comment entrer dans l’imprévisible sans tomber dans l’insouciance? Comment prévoir sans devenir pusillanime, sans manquer d’audace?

Voyager sous le couvert d’une armure, d’une assurance tout-risque; en conservant toutes ses petites habitudes de vie, en refusant le moindre inconfort, c’est un peu voyager en regardant la télé : aucun contact avec la réalité, protégé de tout. C’est regarder le canal Découverte bien installé dans le confort de son salon, un pot de beurre d’arachide à porter de main. Quand on y songe, voyager dans la prévoyance, c’est un peu refuser de se laisser toucher, déranger, provoquer par la vie. C’est mener sa vie comme on gère un scénario de film : chaque scène y est prévue. La déception du voyageur viendra souvent de cette manière de voyager, son séjour ne correspondra que très rarement au scénario qu’il avait planifié. Pendant que je prévois l’imprévisible, la vie se poursuit sans se soucier que je puisse croire la contrôler… Et c’est là que le plus important se joue!

Le pèlerin voyage mieux le cœur léger, sans attente. Et s’il en a, il les abandonnera rapidement. Sinon, c’est qu’il n’est jamais devenu pèlerin. Il n’est jamais devenu l’instrument qui se laisse traverser par l’expérience du pèlerinage, l’appel du sanctuaire.

Le pèlerin bien préparé, partira tel qu’il est, selon ce qu’il croit juste.Bottes et Vélo Par l’expérience du chemin, il se laissera dépouiller de ses surplus et de ses insécurités. Cependant, c’est parce qu’il aura eu ce surplus dans son sac à dos qu’il aura pu apprendre sur lui-même. Qu’il aura pu questionner le trop-plein de sa vie, ses attachements, ses peurs et ses insécurités. C’est parce qu’il aura, peut-être…, fait des ampoules aux pieds qu’il aura pu réfléchir sur sa manière d’être à la vie, de s’y presser, d’y vivre toujours dans l’urgence.  Celui qui est parti en prévoyant même l’imprévisible, passe à côté de tous ces enseignements. Il passe à côté de belles occasions de s’observer et de s’ouvrir à la vie. À agir ainsi, il n’est peut-être jamais parti en réalité. Voyageur immobile…

Molière écrivait : « Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n’osent rien entreprendre. » Celui qui se lance avec authenticité dans l’aventure du pèlerinage, qui se laisse déplacer intérieurement, celui-là aura à tout le moins l’audace de vivre.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Passer à travers l’hiver

C’est en saison sèche qu’on se lie d’amitié avec le piroguier.
Proverbe Foulfouldé
St-Michel-de-BellechasseL’automne est maintenant bien installé et annonce clairement l’arrivée imminente de l’hiver. L’hiver : saison que plusieurs tentent de fuir, car elle dérange notre confort et nos habitudes. Le vent, la neige, le froid nous obligent à changer notre façon de vivre. Chacun se prépare à affronter cette saison : rentrer le bois de chauffage, sortir les pelles, mettre les pneus d’hiver, acheter bottes et manteau aux enfants. Puis quand arrive l’hiver, malgré toute notre appréhension, la vie continue! On se réjouit des paysages givrés et saupoudrés de neige, on skie dans la poudreuse, on se délecte d’une bonne soupe, on flâne au coin du feu, on marche dans le calme des sous-bois en raquettes. Et on trouve que notre hiver québécois est le plus beau!

Dame Nature nous fait ici une belle leçon de vie. Elle nous montre qu’un changement, ça se prépare. Qu’arriverait-il à notre bel érable s’il ne perdait pas ses feuilles avant l’hiver? Et nos petits rongeurs s’ils n’hibernaient pas? S’ils ne faisaient pas de provisions avant le gel? C’est parce qu’on se prépare au changement qu’il nous devient plus facile de l’accepter et de bien vivre ce qui à prime abord semblait un événement catastrophique. Plusieurs changements sont incontournables ou le deviennent éventuellement. Il importe, pour continuer d’être heureux et de vivre en harmonie avec soi-même, de les reconnaître, de se préparer à les affronter et à les apprivoiser pour en voir les bons côtés.

Phare de La Martre en hiverCe que la nature m’enseigne aussi, c’est que le changement n’est pas essentiellement négatif. Ce que la chenille perçoit comme une fin, le papillon y voit une naissance. Tout est une question de point de vue et de façon d’aborder la situation. Le changement est un inconnu qui lorsqu’il deviendra connu nous permettra de vivre des aventures que l’on ne pouvait pas vivre dans ce qui nous était précédemment connu. Les paramètres de notre vie vont changer. Les nouvelles données m’offrent de nouvelles possibilités que je n’avais peut-être pas envisagées. Il n’en tient qu’à moi de voir la beauté dans cet inconnu. J’y parviendrai si je prends le temps de le connaître et que je cesse de regretter le passé. Il faut se rappeler que le confort que j’avais établi avant l’arrivée du changement, c’est moi qui l’avais aménagé. Je sais donc que j’ai les capacités, après un temps de réaménagement et d’instabilité, de me recréer un nouveau confort qui sera adapté à ma nouvelle réalité et qui correspondra à ce que j’aime vivre. Je suis l’agent de changement. Je dirige mes pas et oriente mes décisions pour passer à travers les défis tout en maintenant le cap sur mon choix de route de vie. Cette épreuve que j’ai à surmonter, personne ne pourra le faire à ma place, car c’est moi qui la vis. Je peux être accompagnée, conseillée, épaulée, mais je suis la personne qui posera les actions qui agiront sur mon bien-être intérieur.

Pointe Amos - St-VallierLes épreuves nous sont parfois extrêmement difficiles et douloureuses, mais chacun a en lui toutes les ressources pour passer à travers ces hivers. Il faut croire en soi, en ses forces et aptitudes, regarder la route que nous avons déjà réussi à parcourir avec succès, se remémorer nos bons coups et nos fiertés, et cheminer un pas à la fois. Le changement est un long et lent processus qui demande du temps. Aller trop vite ne serait qu’une dépense inutile d’énergie et risquerait d’augmenter les blessures. L’objectif est de passer à travers l’hiver sans trop se faire mal, car nous savons tous qu’après l’hiver vient le printemps. Le printemps c’est une renaissance, un nouveau départ. C’est reprendre vie sur de nouvelles bases, parfois même, recommencer à zéro. Comme l’arbre voit repousser ses feuilles, et fleurir ce qui deviendra un fruit, il faut se dire qu’après une période de changement, la vie reprendra. Et la qualité et le confort de cette nouvelle vie dépendra uniquement de soi.

Le changement est un temps de passage, d’évolution, de croissance entre deux états plus stables. Sans changement, la vie cesse. Plus rien ne bouge. Routine. Monotonie. Il faut savoir accueillir le changement comme faisant partie intégrante de la vie, lâcher prise, faire confiance et se faire confiance. L’essentiel en « hiver », c’est de prendre soin de soi!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

La prière de La Faba

Il n’est jamais trop tard pour devenir ce que l’on aurait pu être.
George Eliot
Compostelle - Camino Frances - 2013

Compostelle – Camino Frances – 2013

Tous ceux qui ont vécu un pèlerinage vous le diront : ils étaient rendus là sur leur chemin de vie. Et bien que certains avait entendu parler depuis longtemps parfois du célèbre chemin de Compostelle, chacun a décidé un jour que son temps était venu, que c’était maintenant, que ça ferait du bien, ça donnerait du temps, ça permettrait de prendre du recul, de faire le point, de repartir en neuf. Décider d’aller marcher sur un chemin de Compostelle ou d’entreprendre un long pèlerinage, c’est un peu comme le jour où on choisit d’avoir un enfant. C’est un temps que la convergence d’un ensemble de facteurs détermine, un constat intérieur d’être pleinement mûr pour passer à un changement dans le cours de notre vie, un désir intense de vivre autrement, de vivre autre chose.

Compostelle - Camino Frances - La croix de fer -2013

Compostelle – Camino Frances – La croix de fer -2013

Une fois que la décision est prise, dans les deux cas débute la phase des préparatifs : les achats et la cueillette d’information pour se rassurer! On s’entoure de bons conseils, espérant éviter le plus possible les imprévus et les mauvaises surprises, sachant pourtant qu’une fois le processus entamé, il faudra le vivre et tirer de chaque jour notre propre leçon. Sylvie Miaux nous le confirme bien en disant : « Le pèlerin se façonne en même temps que l’itinéraire se met en place. Pèlerin et itinéraire ne semblent faire qu’un. » Tout comme devenir parent débute avec les premiers jours de grossesse, l’homme devient pèlerin à travers sa marche. Et autant la future mère que le pèlerin, les deux auront à apprendre à composer avec les douleurs du parcours, les transformations du corps, les nouvelles habitudes alimentaires, la fatigue et parfois aussi les problèmes de sommeil. Puis avec le temps, ces inconforts cèderont la place au plaisir de vivre cette belle aventure. Dans ce nouveau contexte chacun aura le sentiment de vivre une expérience unique qui aiguise ses sens et embellit la vie. Le réseau sociale s’active et se modifie. L’entraide et le partage sont omniprésents. Puis arrivés au terme de la route, au bout du chemin, c’est l’accouchement, la naissance.

Compostelle - Camino Frances - O' Cebreiro - 2013

Compostelle – Camino Frances – O’ Cebreiro – 2013

La différence entre la future maman et le pèlerin, c’est que dans presque tous les cas, la future mère a prévu revenir à la maison avec un petit nouveau. Elle a pensé à lui faire une place dans sa vie pour qu’il puisse grandir et s’épanouir. Alors que le pèlerin, qui est pourtant lui aussi parti dans l’espoir de vivre un changement, n’a souvent pas pensé qu’il faudrait faire de la place pour son nouveau « moi » qui vient de naitre en marchant.

Compostelle - Camino Frances - Cathédrale de Santiago - 2013

Compostelle – Camino Frances – Cathédrale de Santiago – 2013

Pour ceux qui ont pèleriné jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle, vous avez certainement fait une courte halte dans O’Cebreiro pour y lire la prière de La Faba. Cette prière qui nous rappelle que pour bénéficier pleinement des apprentissages effectués sur le chemin, il faut savoir continuer à être « pèlerin » qu’il y ait des flèches jaunes sur notre route ou non. Être pèlerin est une façon d’être à la vie. Cette prière est une invitation à perpétuer et à répéter ce que nous avons aimé vivre sur le chemin. Il reste alors 150 km au pèlerin avant d’arriver au terme de son voyage. 150 km pour intégrer les apprentissages du chemin et penser au retour à la maison. Au bout de la route, de cette longue marche qui a permis de faire le vide de tout ce qui encombrait nos pensées et de tout ce qui accaparait notre temps habituellement, le pèlerin découvre caché en lui celui qu’il est réellement, celui qu’il désire continuer d’être. C’est pourquoi il est essentiel de planifier le retour afin de ne pas laisser la routine et les éléments du passé reprendre le contrôle de la vie.

Compostelle - Camino Frances - Muxia - 2013

Compostelle – Camino Frances – Muxia – 2013

Tout comme la jeune mère qui rentre dans la maison avec son enfant dans les bras, réalise que son monde vient subitement de basculer, que désormais plusieurs choses vont changer, le pèlerin doit prendre conscience en mettant la clé dans la porte d’entrée que cette porte s’ouvrira sur un nouveau chapitre de vie : « Cherchons comme cherchent ceux qui doivent trouver et trouvons comme trouvent ceux qui doivent chercher encore. Car il est écrit : celui qui est arrivé au terme ne fait que commencer. » (Saint Augustin). Le chemin n’est qu’un premier pas.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni