Les Sentiers entre Vents et Marées

Bottes et Vélo vous offre un résumé vidéo de ses 12 jours de marche sur le Sentiers entre Vents et Marées. Merci à tous les participants lors de ce parcours exploratoire: France, Céline, Nathalie, Line, Chantal, Yves, Maria, Christine et Thierry. Un merci tout particulier à Carole Longuépée, Réal Jomphe et Carole Turbide pour leur soutien et leur amitié dans ce projet. Nos chemins se recroiseront, c’est certain!
Éric Laliberté et Brigitte Harouni

Expérience pèlerine chez les Madelinots

Chaque été, nous reprenons la route pour nous imprégner de l’expérience pèlerine. Pour en raviver la puissance et la sentir dans tout notre être, mais aussi, pour mieux accompagner le pèlerin-randonneur. Ce weekend, nous quittons pour deux semaines en compagnie de neuf pèlerins et pèlerines. Nous irons explorer les tous nouveaux Sentiers entre Vents et Marées des Îles-de-la-Madeleine.

Ces sentiers, issus de l’expérience pèlerine d’un  groupe de Madelinots à Compostelle, ouvrent officiellement cet été et s’adressent tout particulièrement aux pèlerins autonomes. Parcourir les Sentiers entre Vents  et Marées permet de découvrir, à son rythme, 225 km de paysages à couper le souffle et de rencontrer des insulaires à la bonne humeur contagieuse.

Pour l’occasion, et comme chaque été, Bottes et Vélo vous invite à suivre ses pérégrinations madeliniennes sur Facebook ou sur sa chaîne YouTube. De courtes capsules vidéo partageront nos impressions, notre expérience pèlerine et les beautés des Îles-de-la-Madeleine.

L’importance du pèlerinage autonome. L’expérience pèlerine découle d’une pratique autonome du pèlerinage. C’est-à-dire par soi-même. Le pèlerinage de longue randonnée est plus qu’une marche, il porte en lui tout le mouvement intérieur du pèlerin-randonneur et fait en sorte qu’on ne peut plus seulement parler de longue randonnée. C’est bien plus qu’un sport, c’est une expérience qui transforme! Le pèlerinage transforme dans le regard et dans la manière d’être. Entrer dans ce processus déplace sur tous les plans : physique, psychique et spirituel. Trop le prévoir pose des conditions qui rangent au deuxième rang l’attention et le respect dû à son corps; une attention qui peut vous en apprendre long sur vous-mêmes… Trop le cadrer retient la spontanéité de l’exercice et limite les possibilités de vivre l’expérience par soi-même.

L’expérience pèlerine s’écrit à travers nos pas. Observez votre manière de marcher, elle en dit long sur votre manière d’être. Comment est votre pas? Est-il rapide, court ou tendu? Avez-vous le pied souple? La jambe raide? Marchez-vous courbé? Regardez-vous toujours le sol? Trébuchez-vous sur le moindre caillou? Vous souciez-vous de ceux qui traînent derrière? Ragez-vous devant celles qui vous dépassent avec aisance? Prenez-vous le temps de vous arrêter? Où allez-vous? Votre destination est-elle un fardeau? Une joie? Toutes ces questions sur votre manière de marcher vous en apprendront beaucoup sur vous, sur votre manière de vivre… Des réponses qui ne sont pas toujours faciles à recevoir. L’expérience pèlerine demande de s’accueillir avec humilité et bonté…

Pour bien se lancer dans l’expérience, et en faire une trajectoire signifiante, il faudra :

1) Se faire confiance. Vous êtes capable d’aller chercher l’information nécessaire à la planification de votre pèlerinage. Vous savez préparer un voyage et, sans le savoir, vous marchez déjà un  minimum de 6 km/jour en vacant à vos occupations quotidiennes. Il n’est pas nécessaire de marcher 30 km/jour en pèlerinage!!! Si vous le percevez ainsi, c’est que vous êtes davantage dans la performance et ce sera une belle occasion de questionner votre manière d’être.

2) Accueillir l’imprévisible. Dans l’imprévu, vous découvrirez le monde autrement. Vous serez disposé aux rencontres inattendues. Vous trouverez des solutions qui feront appel à votre créativité. À l’inverse, tout prévoir dit beaucoup de vos craintes et de vos peurs. Les sacs à dos trop pleins, tout comme ceux planifiés au cm³, en disent long…

3) Accepter d’être déplacer. Le pèlerinage déplace non seulement physiquement, mais aussi intérieurement. Se mettre en route, peu importe le contexte, sous-entend quitter ce que j’étais pour ouvrir sur un monde inconnu. Accepter d’être déplacé, c’est accepter d’être transformé par l’expérience et d’en perdre le contrôle. Il y aura du neuf suite à cette expérience et je ne pourrai pas dire de quoi il sera fait.

4) Avoir une destination. Se donner une destination est primordial dans l’expérience pèlerine. Même si celle-ci change en cours de route, il doit y avoir une destination. La destination met en marche par le désir de l’atteindre : « Où vas-tu? ­— À la crèmerie. —Et si on allait jouer aux quilles ensuite? — Bonne idée, allons-y! »  Tout désir met en route. « Où va ta vie? Que cherches-tu? Qu’est-ce qui te fait marcher? — Il me semble que ma vie pourrait être mieux… » La destination est nécessaire, on dit même « Je vais lire un bon livre. » En elle, je trouve refuge. C’est elle qui donne du goût à ma vie. Ne pas avoir de destination, c’est comme cesser de respirer.

Enfin retenez que l’expérience pèlerine est accessible à tous. Pas nécessaire d’être un grand sportif ou une grande sportive! Il suffit d’être porté par le désir de se mettre en route vers le sanctuaire de sa vie. Au départ, votre destination sera bien claire: «  Je vais à Compostelle! Je vais à Ste-Anne-de-Beaupré! ». Mais, au fil de vos pas cette destination sera appelée à évoluer et sera transformée. L’espace du sanctuaire personnel, votre destination personnelle, n’a rien à voir avec Compostelle. Compostelle n’est qu’un prétexte pour nous faire marcher. Car c’est en marchant que l’on devient pérégrin : des êtres libres au cœur de la cité conquise.

Bonne route et bon été!

Éric Laliberté

N.B. : Le blogue de Bottes et Vélo fera relâche jusqu’au 25 août.

L’accompagnement du pèlerin-randonneur

Accompagner quelqu’un, c’est se placer ni devant, ni derrière, ni à la place. C’est être à côté.
Joseph Templier
Certaines personnes voient dans Bottes et Vélo une forme d’agence de voyages ou un groupe religieux. Détrompez-vous tout de suite, ce n’est pas le cas! Le pèlerinage de longue randonnée s’est affranchit d’un religieux explicite depuis plusieurs années pour entrer dans une démarche spirituelle plus universelle. C’est tout le sens de sa vie que questionne le pèlerin à travers cette expérience. Si « Bottes et Vélo – Le pèlerin dans tous états » a vu le jour, c’est pour répondre à ce constat : hors d’un soutien logistique et matériel, il n’existe aucun accompagnement pour soutenir le pèlerin dans cette démarche qui l’interpelle jusque dans ses fondements.

Accompagnement du pèlerin-randonneurBon nombre de gens se lancent dans l’expérience pèlerine en s’outillant à la fine pointe de la technologie alors que l’expérience ne se joue pas au plan matériel. Ils passent des heures à s’entraîner, alors que l’expérience ne se situe pas dans la performance. C’est bien au-delà de la logistique que l’aventure pèlerine se joue. Ce n’est pas le sac à dos, ni les bottes ou le fait d’avoir respecté toutes les consignes de préparations qui rendront le pèlerin plus aguerri. Ce n’est pas parce qu’il sera capable de marcher 30 km par jour dès le départ qu’il sera mieux préparé pour entrer dans l’univers pèlerin. On ne peut pas se préparer à vivre un pèlerinage! Et on en revient toujours difficilement.

Peu importe le chemin, le pèlerinage provoque le pèlerin jusque dans ses retranchements les plus intimes. Car tous les chemins sont bons. Même celui que vous prenez pour aller travailler! Pas besoin d’exotisme pour se laisser provoquer quand sa vie manque de Vie, quand sa vie est éteinte. Le pèlerin se met en route dès l’instant où il se sent appelé. Et la route commence là où il est.

Depuis trois ans, Bottes et Vélo poursuit sa route comme projet de recherche universitaire. À travers nos recherches, nous persistons à développer et préciser un processus pédagogique à l’accompagnement du pèlerin. pèlerinsNotre travail permet déjà de proposer un parcours d’accompagnement visant à ce que le pèlerin puisse s’approprier son expérience et l’intégrer. Qu’il trouve en elle un tremplin pour sa vie. Que ce soit au quotidien, ou sur un chemin de pèlerinage, Bottes et Vélo accompagne le pèlerin dans sa réponse à l’appel qu’il sent monter en lui. Bottes et Vélo accompagne le pèlerin dans sa quête d’une vie meilleure, dans son désir de rallumer une flamme bien vivante en lui.

Ce n’est donc pas l’équipement qui fera le pèlerin  mais bien sa manière de vivre l’expérience pèlerine, son ouverture à se laisser toucher. Car il s’agit d’abord et avant tout d’être touché jusque dans ses entrailles. L’expérience est bouleversante, mais pourquoi? Peu de pèlerins prennent le temps de formuler le « pourquoi? » ils sont partis. Quels désirs portaient-ils à travers cette expérience et quelles réponses ont-ils trouvées? Qu’en ont-ils fait à leur retour?

Fuir sa vie, ou une manière de vivre, ne changera rien. Laissez votre maison en désordre et le ménage sera toujours à faire lorsque vous y reviendrez. Réaménager votre vie ne résout rien non plus. Chemin KamouraskaCela équivaut à déplacer les meubles de la maison. Tout est encore là et vous donne seulement l’illusion d’être différent. Mais ça ne dure qu’un temps! Quand il y a trop de choses, il faut se départir de certaines, et les plus encombrantes sont souvent intérieures à soi-même. Elles nous suivent partout.

L’expérience pèlerine nous défait du nos superflus, de nos dénis, de l’agitation de nos vies, pour nous mettre face à nous-mêmes. Saurons-nous nous regarder et nous reconnaître? Saurons-nous distinguer les influences qui ont marqué notre parcours de vie, de ce qui est réellement nous-même?

L’accompagnement de Bottes et Vélo veut soutenir le pèlerin dans sa démarche afin qu’il perçoive mieux cette musique qui le fait vibrer, celle qui donne du goût à sa vie. Car ce n’est pas le chemin qui fait le pèlerin, mais bien toute l’expérience pèlerine. Croire que le chemin est la seule réponse nous inscrit dans la fuite. Si nous sommes attentifs à ce que nous vivons, tous les chemins peuvent nous révéler à nous-mêmes. C’est à ce niveau que Bottes et Vélo veut intervenir comme centre de formation et d’accompagnement du pèlerin-randonneur.Bottes et Vélo - Déjeuner-causerie

Si vous désirez approfondir l’expérience, avec ou sans marche, différentes formules sont disponibles pour entreprendre la démarche mise sur pied par Bottes et Vélo. Que ce soit à travers les « Ateliers du Pèlerin », les retraites en « Weekends Pèlerins » ou encore les fin de semaine de marche « Ressourcement et Pèlerinage », vous trouverez une occasion d’approfondir la démarche pèlerine.

Dernièrement, nous vous avons fait parvenir un sondage. Celui-ci voulait nous aider à mieux cerner vos intérêts à vivre l’expérience sur plusieurs jours de marche et à travers différentes destinations. Si vous ne l’avez pas complété, il est toujours disponible à l’adresse suivante : https://goo.gl/forms/uLv2ajubBCuYq2it1. N’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions. Le but de ce sondage étant d’offrir des espaces pour vivre l’expérience pèlerine dans un environnement qui vous plairait.

Éric Laliberté,Bottes et Vélo - Emblême
doctorant en théologie,
spécialisé en accompagnement du pèlerin-randonneur,
Université Laval.

À trop se préparer – on finit par oublier l’essentiel!

La vie c’est-ce qui se passe pendant qu’on est occupé à planifier autre chose.
John Lennon.
Quoi de plus normal que d’être bien préparé pour passer un examen ou être reçu en entrevue? Rien de plus légitime que de vouloir visiter la maison avant de l’acheter, n’est-ce pas? Se préparer à vivre un changement, à vivre dans un contexte différent : faire un voyage, changer d’emploi, déménager ou prendre sa retraite, demande une certaine préparation. Mais serions-nous trop prévoyant? Aurions-nous peur des hasards de la vie?

Tous ces réaménagements de vie, qu’ils soient de courtes ou de longues durées, nous amènent à nous questionner : Où irai-je et quand? Que ferai-je? Comment m’y prendrai-je? Avec quoi? Avec qui?Bottes et Vélo Il est sain de vouloir se préparer à affronter l’inconnu. Mais, l’inconnu, demeurera toujours inconnu tant et aussi longtemps que nous n’y serons pas et que nous ne l’aurons pas vécu. Notre manière de nous y préparer parlera de nos insécurités… ou de nos insouciances. Sombrez dans l’insouciance extrême et vous risquez de vous retrouver en bermudas au pôle nord! Néanmoins, à trop se préparer, à vouloir tout prévoir – même l’imprévisible – on finit par passer à côté de quelque chose : on finit par enlever toute saveur à la vie.

Pourtant ce qui nous attirait au départ, c’était le goût de la découverte, de l’aventure, de se laisser émerveiller, de quitter son chez soi pour entrer dans l’inconnu. Il y a quelque chose en moi qui désire s’ouvrir à un espace neuf, une culture et des coutumes différentes, de nouvelles saveurs, de nouvelles odeurs. Quelque chose qui est prêt à se laisser déplacer hors de son confort et de son monde connu, et abandonner pour quelques temps son pot de beurre d’arachides. Prêt à entrer dans l’inconfort de la nouveauté…

Bottes et Vélo - La Voie du St-LaurentL’enseignement du voyage se situe hors du prévu, hors des sentiers connus. Le choc du voyage est nécessaire pour un réel apprentissage, pour une réelle transformation. Tous les pèlerins-randonneurs vous le diront : c’est dans l’imprévisible que la vie est la plus généreuse. Mais, comment entrer dans l’imprévisible sans tomber dans l’insouciance? Comment prévoir sans devenir pusillanime, sans manquer d’audace?

Voyager sous le couvert d’une armure, d’une assurance tout-risque; en conservant toutes ses petites habitudes de vie, en refusant le moindre inconfort, c’est un peu voyager en regardant la télé : aucun contact avec la réalité, protégé de tout. C’est regarder le canal Découverte bien installé dans le confort de son salon, un pot de beurre d’arachide à porter de main. Quand on y songe, voyager dans la prévoyance, c’est un peu refuser de se laisser toucher, déranger, provoquer par la vie. C’est mener sa vie comme on gère un scénario de film : chaque scène y est prévue. La déception du voyageur viendra souvent de cette manière de voyager, son séjour ne correspondra que très rarement au scénario qu’il avait planifié. Pendant que je prévois l’imprévisible, la vie se poursuit sans se soucier que je puisse croire la contrôler… Et c’est là que le plus important se joue!

Le pèlerin voyage mieux le cœur léger, sans attente. Et s’il en a, il les abandonnera rapidement. Sinon, c’est qu’il n’est jamais devenu pèlerin. Il n’est jamais devenu l’instrument qui se laisse traverser par l’expérience du pèlerinage, l’appel du sanctuaire.

Le pèlerin bien préparé, partira tel qu’il est, selon ce qu’il croit juste.Bottes et Vélo Par l’expérience du chemin, il se laissera dépouiller de ses surplus et de ses insécurités. Cependant, c’est parce qu’il aura eu ce surplus dans son sac à dos qu’il aura pu apprendre sur lui-même. Qu’il aura pu questionner le trop-plein de sa vie, ses attachements, ses peurs et ses insécurités. C’est parce qu’il aura, peut-être…, fait des ampoules aux pieds qu’il aura pu réfléchir sur sa manière d’être à la vie, de s’y presser, d’y vivre toujours dans l’urgence.  Celui qui est parti en prévoyant même l’imprévisible, passe à côté de tous ces enseignements. Il passe à côté de belles occasions de s’observer et de s’ouvrir à la vie. À agir ainsi, il n’est peut-être jamais parti en réalité. Voyageur immobile…

Molière écrivait : « Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n’osent rien entreprendre. » Celui qui se lance avec authenticité dans l’aventure du pèlerinage, qui se laisse déplacer intérieurement, celui-là aura à tout le moins l’audace de vivre.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté