Et si c’était possible…

Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.
Mark Twain
Un beau matin, après plusieurs jours de marche, le pèlerin se lève avec cette délicieuse sensation intérieure du simple bonheur de vivre ainsi. Heureux de renfiler son sac, désireux de reprendre sa marche, curieux de découvrir ce que sa journée lui réserve, il se réapprend. Malgré l’effort physique répétitif de la marche, la fatigue générée par le poids du sac à dos et les inconvénients de cette itinérance minimaliste, c’est souvent avec un certain regret que le pèlerin voit arriver la fin de son chemin. Au cours des derniers kilomètres, voyant la ligne d’arrivée se rapprocher pas à pas, il anticipe avec un peu d’amertume son retour dans les souliers de celui qu’il était, il y a pourtant seulement près d’un mois.La Voie du St-Laurent

Un mélange d’émotions contradictoires et imprécises le traverse. Il y a cette douce sensation apaisante à l’idée de retourner dans sa zone de confort confortable, de renfiler ses vieilles pantoufles, de retrouver certains plaisirs qui lui ont manqués durant son périple. Mais il y a aussi ce petit pincement au cœur de savoir que certains aspects de cette nouvelle vie en pèlerinage vont disparaître, une fois le seuil de la maison franchi, emportés par le courant dévastateur de la routine.

Mais qu’est-ce donc qui l’a tant touché? Est-ce le plaisir du voyage? Les rencontres? Les mésaventures mémorables? Les paysages? Est-ce uniquement  l’environnement extérieur qu’il souhaite rapporter dans son bagage pour se sentir bien?

En partant ainsi marcher, aussi longuement, le pèlerin n’a pas fait que sortir de sa zone de confort, il l’a agrandit! Et en ouvrant ainsi ses horizons à de nouvelles réalités, il s’est permis de créer de nouveaux rapports entre lui et ce nouvel environnement. En entrant dans cette zone inconnue, il s’est permis de naître à nouveau à ce monde, vierge de toute histoire, de tout antécédent. Il s’est permis d’être simplement lui-même, dépouillé de toute pression, et de toute influence, autres que celles émanant de lui-même, cicatrices de son parcours de vie. Ce2009-compostelle-et-barcelone-081 processus a pris du temps, des jours de marche et de fatigue pour venir à bout de toutes ces années d’habitudes, de convenus et de devoirs; pour graduellement avancer vers un vivre en harmonie et en cohérence avec ce qu’il désire de la vie.

Alors, qu’est-ce qui l’a tant touché et qui l’a transformé sur cette route? Le sentiment de liberté? La simplicité de chaque journée? La légèreté de son agenda? La tranquillité de ses pensées? Sa disponibilité aux plaisirs des sens? La rencontre avec l’autre le long de sa route?… Que s’est-il permis d’être qu’il a tant aimé?

Un grand nombre de pèlerins revient convaincu que c’est le chemin qui permet de vivre une telle magie intérieure. Et bien qu’il soit vrai que le chemin de pèlerinage offre souvent au pèlerin un terreau favorable à l’épanouissement de ce qui cherchait à germer dans sa vie antérieure, cette musique qui l’anime intérieurement a pourtant toujours été en lui. Dans L’avant-pèlerinage, cette partie de lui ne pouvait trouver sa place pour s’exprimer, étouffée par les obligations, les rôles, et le manque de temps pour prendre conscience de son existence. Le contexte du pèlerinage : dépouillement, désencombrement, calme et temps de solitude, ont offert cet espace pour renaître à soi-même. Cet espace-temps de vide ouvre une fenêtre sur la création, sur l’émergence de la nouveauté, sur un monde de possibles.

KamouraskaDans l’après-pèlerinage, le pèlerin qui revient de cette longue évasion en marge de l’effervescence de nos vies modernes, devra réaménager son quotidien pour se libérer de l’espace et du temps pour continuer d’entendre ce qui le fait vibrer intérieurement, pour se permettre de continuer d’être celui qu’il apprécie être devenu. S’il fait un brin de ménage dans sa zone de confort devenue un peu désuète, pour l’adapter au confort  maintenant recherché, le pèlerin mettra alors en place les moyens qui le rapprocheront de son sanctuaire de vie, cet espace qui l’attire et dans lequel il s’épanouit.

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême

Le dur chemin du retour

“La vie est un départ et la mort un retour.” Lao-Tseu
Partir, se lancer sur les routes, avec pour seul bagage son sac à dos, fait naître intérieurement une gamme d’émotions énergisantes. Se savoir parti à l’aventure, à la découverte d’un autre monde, un monde en marge du quotidien, un monde rempli d’imprévus enrichissants et de moments mémorables, nous tient en haleine comme un bon roman et nous donne le goût de continuer d’avancer. L’histoire se dévoile lentement. Une page à la fois. Un pas à la fois, chaque journée nous apporte son lot de souvenirs qui marqueront à jamais notre parcours de vie. Ils traversent tout notre être, nous transforment. On tente de retenir ces instants savoureux. On les décortique pour en goûter chaque seconde. On désire les vivre pleinement et intensément, ralentir le temps, mais le temps et l’espace s’écoulent tout autour de nous.

la Voie du St-LaurentPuis vient le moment où la fin du rêve commence à poindre à l’horizon. Le but se rapproche de nos pas. Impossible de retenir l’inévitable. Il est maintenant temps de rentrer chez soi. De déposer celui qui est passé de simple sac impersonnel, à fidèle compagnon de voyage, celui qui a partagé cette épopée que notre entourage ne semble pas saisir, celui qu’on a même parfois baptisé d’un petit surnom sympathique.

Le retour est difficile! À l’instant même où nous prenons conscience que la fin est belle et bien arrivée, c’est la rencontre de deux courants : le plaisir de retrouver le confort de son chez soi, de cette partie de notre vie que nous chérissons, et l’inconfort de retourner vivre ce qu’on a eu tant de plaisir à quitter!

Bottes et VéloEt c’est là que le vrai pèlerinage commence! C’est au retour que tout se joue réellement. Toute cette marche n’était en fait qu’une introduction. Un stage de vie. Qu’as-tu réellement aimé de ton pèlerinage? Qu’est-ce qui te donne vraiment l’envie de vivre? Que souhaites-tu rapporter comme « souvenir » de ce pèlerinage pour l’introduire dans la suite de ta vie?

Le grand défi, celui que nous ne suspections pas, nous attend sur le perron de la maison. On se retrouve alors, la clé dans la main, prêt à ouvrir la porte sur notre ancienne vie, celle qui n’a pas bougé depuis notre départ. Celle que nous avons quittée avec un peu trop d’enthousiasme. Celle qui est toujours là à notre retour et qui génère un serrement à l’estomac.  « Et maintenant, nous  dit notre petite voix, tu vas faire quoi? »

Tout ce temps passé en marge de ma réalité quotidienne, ce pèlerinage, m’a permis de découvrir qui je suis vraiment, ce qui me fait vibrer, ce qui donne bon goût à MA vie. Je l’ai vécu. Je sais l’identifier. Alors maintenant : comment puis-je adapter mon quotidien pour continuer de goûter ce qui me fait tant de bien? Comment faire comprendre à ceux qui  me connaissent depuis si longtemps que je suis revenu transformé? Qu’ils vont devoir récrire leurs étiquettes, celles qu’ils m’attribuent? Redéfinir notre relation? Comprendre que je ne veux plus être la personne que j’étais, qui n’était déjà pas vraiment moi?

La Voie du St-LaurentOui! Le défi : c’est le retour! Le pèlerin revient, après près d’un mois de déplacement, à son point de départ. Et ce point de départ, lui, n’a pas cheminé! Et souvent, ne comprendra pas ce que le cheminement a apporté au pèlerin.

Bref, ce que le pèlerin ne suspecte pas lorsqu’il quitte sa demeure, alors qu’il est obnubilé par toute la frénésie du départ et de l’aventure, c’est qu’il est en train de faire le premier pas vers une meilleure connaissance de lui-même, sur une route qui s’annonce plus longue que ce que sa carte ne semble lui annoncer!

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême

Quitter sa tête pour marcher avec son cœur

Vous avez l’heure, nous avons le temps.
Sagesse africaine

Pèlerinage Ile-du-Prince-EdouardCet été, nous sommes tous partis en vacances en quête d’un mieux-être. Qu’avons-nous trouvé et où l’avons-nous trouvé?

Pèlerins et vacanciers portent en eux le même désir : briser la routine en quittant leur demeure pour arrêter le temps et retrouver cet espace où il fait bon respirer, un espace de liberté. Que ce soit à la campagne, à la montagne ou au bord de la mer, les vacances nous appellent, tout comme le pèlerinage, à sortir de chez nous, de notre train-train quotidien, pour entrer dans une vie autre. Une vie qui fait du bien, qui apaise et qui fait plaisir.

D’abord le cœur, ensuite la raison.

Partir en vacances, c’est bien souvent quitter les règles usuelles : se permettre de dormir tard, de manger à l’heure que l’on veut, de lire ce roman qui nous attend depuis si longtemps, de visiter ces lieux qui nous font rêver, de farniente, de faire des folies… Un temps d’arrêt, sans urgence, pour retrouver ce mouvement de vie qui passe d’abord par le cœur et qui n’est plus gouverné par la raison.

La raison au service du cœur.

Pèlerinage Ile-du-Prince-EdouardSans sombrer dans l’insouciance, il faut tout de même reconnaître que le plaisir des vacances est d’abord de se mettre à l’écoute de ce que l’on remet toujours à plus tard, de ce désir qui nous habite et nous parle d’un vivre autrement. Lorsqu’on entre dans cet espace, on y ressent comme un éveil à la vie. Comme si nous levions le voile sur une manière de vivre qui nous demeurait cachée tout le reste de l’année… Quelque chose nous y est révélé qui nous parle de notre goût pour la vie. Il y a comme une rupture dans le temps…

Cet arrêt dans le temps permettra de quitter l’illusoire d’une vie centrée sur la prestation, l’accomplissement et la performance, pour renouer avec le strict nécessaire d’une vie qui a du goût, d’une vie savoureuse. Il n’est pas question de négliger ses obligations, mais de remettre les pendules à l’heure. De renommer et de resituer ses priorités de vie. De mettre la raison au service du cœur!

De vacancier à pèlerin.

Pèlerinage Ile-du-Prince-EdouardPour passer de la raison au cœur, il faudra cependant franchir l’état de vacancier. Bien que le pèlerin entre dans son projet avec le même état d’esprit, ce sera toutefois pour le visiter plus assidûment, l’habiter à plus long terme. Nous avons besoin de temps pour nous défaire de nos habitudes quotidiennes, pour nous laisser transformer, déprogrammer.

L’expérience du pèlerin randonneur s’étendant sur un à plusieurs mois, cette différence ne sera pas à négliger. C’est elle qui lui permettra de franchir l’état de vacancier pour entrer pleinement dans l’expérience pèlerine. D’aller au-delà de l’objet « vacances » pour approfondir la quête, le désir, qui anime son projet.

À la base, pèlerins et vacanciers ne cherchent pas seulement une pause dans leur vie, ce n’est pas seulement pour se changer les idées qu’ils quittent leur demeure. Ils cherchent quelque chose qui existe dans ce moment hors du temps et qu’ils voudraient s’approprier pour tous les jours de leur vie. Tout le monde voudrait de perpétuelles vacances!

Et c’est là que le vacancier n’aura qu’à faire quelques pas de plus pour devenir pleinement pèlerin. Franchir l’état de vacancier pour devenir pèlerin, c’est se mettre à l’écoute de ce qui nous interpelle du fond de ce projet et nous fait tant de bien. Ce n’est plus seulement une parenthèse, une manière de se changer les idées pour se donner le courage de retourner au boulot et reprendre le harnais.  C’est tenter de comprendre pour demeurer dans cet état d’esprit et se laisser transformer.

Pèlerinage Ile-du-Prince-EdouardDans le parcours pèlerin, vient un moment où je n’agis plus comme un vacancier qui sera de retour au travail sous peu et qui commence déjà à anticiper les tâches qui l’attendent. À travers la durée de l’expérience, le processus de la démarche du pèlerin peut s’installer. Ce processus – qui s’installe bien indépendamment de la volonté du pèlerin – lui permettra, progressivement, de quitter sa tête pour marcher avec son cœur et sentir par les pieds. Il lui permettra d’entrer pleinement et consciemment dans ce mode de vie qui met en contact avec le sol, enraciner dans la réalité, la tête portée par le vent.

Le pèlerin entre alors avec confiance dans un autre temps, un autre espace, où il reçoit sa vie comme un don qui le traverse. C’est là que l’aventure pèlerine commence!Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

** Ce weekend nous serons au Salon International du Mieux-Être, à Lévis (19-20-21 août). Venez nous rencontrer au kiosque #96! Nous offrirons également une conférence, samedi matin, 10h30, salle 5, intitulée : Au-delà de Compostelle…

Pèlerinage IPE – Phase Transformation 2 (vidéo)

La démarche du pèlerin – Phase de transformation – 2ième partie

Découvrez la démarche du pèlerin – Phase Transformation (2ième partie) – et une introduction à la Phase de Résolution qui établit le cycle de la démarche du pèlerin. Une discussion faite à même notre expérience de pèlerinage à l’Île-du-Prince-Edouard.Bottes et Vélo - Emblême
Éric Laliberté et Brigitte Harouni

Pèlerinage IPE – Phase Transformation (vidéo)

La démarche du pèlerin – Phase Transformation

Lors d’un pèlerinage de longue randonnée, le pèlerin traverse une multitude d’états. Trois grandes phases marquent ces états. À travers cette courte vidéo, découvrez la deuxième phase de ce parcours à travers notre expérience de pèlerinage à l’Ile-du-Prince-Edouard.Bottes et Vélo - Emblême
Éric Laliberté et Brigitte Harouni

Partir quelque part pour partir…

« Partir, c’est l’appel du chemin, l’appel au cheminement »
Bottes et Vélo
Le village de Saint-Michel-de-Bellechasse est situé sur une route de migration. Migration animale, migration humaine. Le fleuve en guide et en inspire plus d’un! La migration animale a longtemps  fasciné les chercheurs. Qu’est-ce qui suscite un tel déplacement? Sommes-nous bien différents des animaux?

Saint-Michel-de-bellechasseChaque année, au début du printemps des milliers d’oies blanches et d’outardes animent  le ciel. Au rythme des marées, elles se rassemblent sur les berges du fleuve et dans les champs. Elles nous visitent quelques instants, le temps de profiter des lieux, de refaire le plein d’énergie avant d’attaquer les prochains kilomètres de vol. Puis, lorsque l’automne et le froid s’annoncent, on les voit repasser, plus rapidement cette fois-ci.

La région reçoit aussi la visite passagère des Harfangs des neiges. Amateurs de hauts perchoirs, on a de forte chance d’en voir un paisiblement installé sur le sommet d’un poteau électrique, d’un silo, ou sur le plus haut point d’un bâtiment ou d’un arbre situé au milieu des champs. Les harfangs nous arrivent avec l’hiver et nous quittent avant l’arrivée du printemps, pour remonter vers le nord.

La migration animale est un périple périodique entrepris durant une période de l’année ou une période de la vie de l’animal. Elle implique un retour dans la région de départ. Les périodes de migrations sont souvent reliées aux conditions et aux changements climatiques. Le manque d’eau ou de nourriture, la présence accrue de prédateurs, poussent l’animal à quitter son habitat en quête de meilleures conditions de vie; des conditions favorables à sa croissance et à sa reproduction. Sans y réfléchir, par instinct, l’animal migre pour survivre, pour mieux vivre! Sommes-nous bien différents des animaux?

Un autre type de migration que nous pouvons observer à Saint-Michel-de-Bellechasse, c’est une variété de Le Québec à vélomigration humaine. Chaque année, dès le mois de mai, on observe des cyclistes qui, chargés de leurs sacoches et de leurs bagages, le coup de pédale régulier et calme, voyagent vers l’est. Le cycliste migrateur se déplace souvent seul et parfois en couple. Étudiant qui débute ses vacances après des années d’études collégiales ou universitaires, ou retraité profitant de cette liberté tant attendue. Homme ou femme. Ce qui le caractérise c’est surtout ce voyage, intérieur et extérieur, qu’il choisit d’entreprendre. Il n’est pas pressé. Il profite du paysage, s’arrête dans les villages, s’imprègne du vent et du mouvement qui le traverse. Chaque jour, immanquablement, j’en vois un… et je me mets à rêver! Ah, le chanceux!

La migration humaine, tout comme la migration animale, est un déplacement d’un lieu vers un autre que l’on espère IMG_7236plus prospère. L’homme qui migre, quitte son lieu de résidence en quête d’un monde meilleur, en quête d’identité, en mal de vivre. Il espère dans cet ailleurs trouver un environnement qui réponde mieux à ses aspirations et ses désirs, pour plus de sécurité, pour plus de richesse, plus de confort matériel ou spirituel, pour plus de vie!

Cette semaine, j’ai eu la chance de voir un oiseau migrateur des plus rares au Québec : un pèlerin! Je l’ai croisé sur le bord du chemin. Sac au dos, bottes aux pieds, bâtons en main, il allait paisiblement sur sa route. Je n’ai pas su résister, je me suis approchée de lui pour le questionner : il partait tout juste de Beaumont et s’en allait jusqu’à Gaspé! Jeune, seul, le regard brillant devant cette aventure qui l’attendait… Comme je l’ai envié!

Chez Bottes et Vélo, l’appel du pèlerinage est plus fort que tout. De voir passer tous ces cyclistes et ce pèlerin m’attire d’instinct à prendre la route et à suivre mes semblables. Ce temps de migration momentané est un réel pèlerinage qui me permet de faire mon ménage intérieur et de retrouver l’essence même de mon être. C’est un bilan annuel incontournable qui me permet de revenir chez moi en étant plus réceptive aux signes qui balisent ma route de vie.

Sans mauvais jeu de mots… le pèlerin serait-il une variété d’oiseaux migrateurs?

Prenez note que le blog fera relâche le temps d’un pèlerinage. On vous retrouvera le 19 août! Bon été!

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême

Êtes-vous contenant ou contenu?

Il faut être nomade, traverser les idées comme on traverse les villes et les rues.
Francis Picabia
Êtes-vous contenant ou contenu? Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus? Sur quoi mettez-vous le plus de temps : le contenant ou le contenu? On a tous le souvenir de ces jeunes enfants qui aussitôt le cadeau déballé se mettaient à jouer avec la boîte, le chou et les papiers colorés. Nous avons tous fait la même chose au même âge. Mais, depuis, avons-nous grandis? Il y a certains jours où nous nous amusons encore avec l’emballage et nous préoccupons bien peu du contenu! Sans essence, même la plus belle et la plus performante des voitures ne va nulle part!

sa à dosMettez-vous des heures à emballer un cadeau? Êtes-vous du genre à refaire la décoration de votre maison régulièrement? À considérer l’achat d’un objet pour son apparence plus que pour son utilité? À passer des heures devant le miroir? Êtes-vous du genre à vous laisser séduire par la pub?

Contenant ou contenu? Qu’est-ce qui les distingue? Lequel a le plus d’importance?

Le contenant contient, alors que le contenu est ce qui est retenu par le contenant. Sans contenant, le contenu est sans récipient. Le contenu est alors une énergie qui erre et se disperse.

Prenons un contenant : la gourde. Seule, elle a peu de considération. Cependant, une fois remplie d’eau, sa valeur change. Son importance est multipliée. Tous les pèlerins le savent, une gourde vide, même la plus « fashion » des gourdes, la plus ergonomique, celle dont les matériaux sont les plus écolos, même celle-là, n’est d’aucune utilité. La gourde a pour mandat de contenir. Elle est au service de l’eau, elle en canalise la substance.

soifDe plus, la gourde n’est pas faite pour contenir n’importe quoi. Elle a pour mandat de contenir un liquide qui permette de se désaltérer. En pèlerinage, une gourde pleine d’huile n’accomplirait plus son mandat et serait, encore une fois, d’aucune utilité. Par ailleurs, la gourde n’est pas faite pour posséder ce qu’elle contient. L’eau qui resterait à perpétuité dans une gourde finirait par croupir et ne serait plus bonne à consommer. Si l’eau de la gourde n’est pas partagée, mise en circulation, elle ne sert pas. La gourde pleine, que l’on conserve pleine, ne vaut pas plus qu’une gourde vide. Il faut que l’eau y circule pour qu’elle prenne toute sa valeur. Sans cette circulation, le contenant ne sert à rien.

Le contenant est un lieu de passage. Il est l’espace de canalisation d’une énergie potentielle : si elle circule! Il est important de noter, ici, que le contenant ne s’approprie pas son contenu. Il se laisse traverser par lui et c’est ainsi qu’il s’accomplit comme contenant. Il est donc question de relation entre contenant et contenu. Le contenant est au service du contenu, un contenu qui le traverse, qu’il ne possède pas. Alors, comment contenir?

Pour reprendre l’analogie du début, même la voiture la plus belle et la plus performante ne sert à rien sans essence. La voiture doit se laisser traverser par l’ « essence » qu’elle contient pour se mettre en marche. Contenant et contenu travaillent conjointement pour un plus. Le corps du pèlerin est le premier contenant auquel il a affaire. pèlerinsDès sa naissance, le corps est fait pour être traversé par l’expérience vivante. Pour vivre, nous devons nous laisser traverser par l’air, l’eau et la nourriture. Je ne peux les enfermer en moi. Empêcher cette circulation, c’est la mort assurée. Malheureusement, nous vivons comme dans une heure de pointe qui n’en finit jamais : tout reste engorgé! Ma vie, mon corps, ma tête, mon cœur, mon agenda se remplissent sans jamais laisser d’espace vide. Pourtant, j’ai besoin d’espace pour souffler, pour goûter, pour vivre!

Le pèlerin est espace circulatoire. Il est contenant traversé par l’expérience vivante. Le pèlerinage lui enseigne à se déposséder, à se désengorger de son trop-plein, se défaire de ses dépendances, de ses enfermements, de son ego, pour que la Vie circule en lui. Il lui apprend à faire de l’espace pour se laisser traverser par l’élan qui le tire en avant. Il lui apprend à écouter ce murmure qui le traverse. Le pèlerin est en définitive le contenant idéal, car il peut tendre à la conscience de ce qui le traverse! (Contrairement à la gourde…) Toutes les béquilles qu’ils se donnent ne feront jamais de lui un meilleur contenant. Le pèlerin n’a qu’à se rendre attentif, qu’à s’abandonner, pour mener à terme le projet de vie qui sommeille en lui. La Vie qui coule en lui est son « essence ». La retenir le priverait d’accomplir sa destinée.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Provoqué à vivre

L’essentiel n’est pas de vivre mais de bien vivre.
Platon
baignade à la merTous les jours nous sommes provoqués au changement. Si je bouge la main, l’air se déplace; si je presse une orange, j’obtiens du jus; si je déplace mes pieds, j’avance; si j’ouvre les yeux, je vois… Chaque mouvement provoque un changement qui me déstabilise, déplace mes repères, et engendre un réaménagement de mes perceptions.

C’est par le mouvement des ondes que j’entends la musique. C’est par la tige qui grandit que l’arbre porte fruit. C’est par les mouvements de ma bouche que des paroles sont prononcées. Des paroles qui suscitent diverses réactions, divers mouvements…

Tout change, tout bouge. L’enfant qui va naître. Le cours d’eau qui fluctue. Le feu de forêt qui ravage une région : tout cela, c’est la vie en mouvement. La Vie bouge. Elle nous déséquilibre à chaque instant, nous provoquant à vivre, nous appelant au dépassement. C’est là le cœur de l’expérience pèlerine. Dans chacun de ses pas, le pèlerin est déstabilisé et tente de retrouver son équilibre : un équilibre de vie.

équilibristeCet équilibre de vie, vers lequel nous tendons tous, provoque et incite le meilleur de nous. C’est par cet élan déséquilibrant que nous aspirons sans cesse au meilleur de la vie. Pour l’atteindre, je dois cependant accepter d’être en mouvement. L’équilibriste ne peut tendre à l’équilibre que par le mouvement. De même, je dois me laisser déplacer, transformer, pour parvenir à l’équilibre recherché. Désirer le meilleur, c’est désirer être transformé pour s’équilibrer. C’est désirer être provoqué dans ces stagnations, dans ces inerties qui nous font pencher d’un côté. C’est avoir le courage de dépasser la souffrance d’une posture qui nous a ankylosés pour remettre la vie en circulation dans nos veines.

Qui, consciemment, voudrait d’une vie végétative branchée sur des appareils qui le maintiennent en vie? Pourtant, c’est-ce que la plupart d’entre nous faisons. Désirer le meilleur sans mouvement, c’est rêver sa vie bien calé devant sa télé, branché sur son portable. Demeurer au stade du rêve, du virtuel, n’a jamais mis en mouvement! Le rêve peut susciter l’étincelle, mais si cette étincelle ne provoque jamais la flamme, ne met jamais le feu à nos passions pour nous provoquer à l’action, elle est vaine.

MarcheurLe pèlerin de longue randonnée éprouve un bien-être et une aisance – malgré les difficultés, malgré les souffrances – qui enflamment sa joie et son plaisir de vivre. C’est au cœur de son déplacement qu’il éprouve de l’accomplissement, qu’il se sent vivant. Comme la flûte prend vie par le souffle qui la traverse, le pèlerin s’éprouve et s’accomplit par le mouvement de la Vie qui souffle en lui. Le pèlerinage provoque à vivre là où nous nous étions assoupis. Semblable à la main qui secoue le dormeur, le pèlerinage nous sort de notre torpeur et nous rappelle à la vie.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Mise en garde : risque de déplacement intérieur!

Toute marche est une marche spirituelle.
Sagesse Celte
Nous vivons dans un monde organisé et structuré où tout se doit d’être prévu et planifié. Même nos vacances n’y échappent pas. Quoi que nous entreprenions, nous aimons l’anticiper et avoir une longueur d’avance pour nous assurer que l’expérience sera bien vécue. Ainsi, plusieurs personnes qui se préparent à vivre un pèlerinage se demandent fréquemment s’il est essentiel de se préparer avant de partir.

La Voie du St-LaurentIl va de soi qu’un minimum d’organisation au niveau du matériel à apporter et de l’équipement à se procurer est un incontournable. Et nous savons tous qu’il est fortement conseillé d’avoir marché et usé sur quelques kilomètres toute nouvelle paire de souliers ou de bottes. Tout comme il est bon d’avoir marché avec notre sac à dos pour en avoir trouvé l’ajustement qui se marie le mieux à notre corps.

La question n’est donc pas à ce niveau. Souvent, le futur pèlerin s’inquiète plutôt de l’effort physique que cette longue marche va exiger. Il se demande donc s’il est nécessaire de commencer un entrainement quelques mois ou semaines avant le grand jour. Chez Bottes et Vélo, nous pensons que si la personne n’a pas de problématique de santé particulière, l’entrainement n’est pas une obligation. La forme physique se développera graduellement à chaque pas et à chaque jour que fera le pèlerin sur le chemin. Le pèlerinage n’est pas une course, ni même une recherche de performance physique. C’est une longue pause dans le temps qu’une personne s’offre à elle-même,  un voyage au sens exact du terme, au bout duquel elle reviendra différente, transformée par l’alchimie de la marche.

Chemin KamouraskaS’il est une préparation que le futur pèlerin devrait avoir, elle ne devrait pas se situer au niveau physique, mais au niveau psychique. Avant de partir, plusieurs parents et amis questionnent celui qui part en pèlerinage. Pourquoi à pied? Pourquoi voyager aussi rudimentairement? Aussi longtemps? Ainsi, entamer une ébauche de réponse, commencer la réflexion, creuser en soi pour prendre conscience de ce qui nous appelle et nous attire dans cette expérience; identifier le mieux possible nos attentes et les fruits que nous souhaitons cueillir et rapporter au terme de ce voyage; sont des étapes fondamentales de préparation à un pèlerinage.

Notre quotidien est parsemé de panneaux avertisseurs : « peut contenir des traces d’arachides », « attention chaussée glissante », « chute de glace! ». S’il est une mise en garde à donner au futur pèlerin pour l’aider à se préparer à sa longue marche, ce serait : « attention, risque de déplacement intérieur ». Autant vous aurez à regarder où vous posez le pied, autant vous devrez être attentif à ce qui se vit en vous, à ce que votre corps, votre façon d’agir et de réagir, vous dit. En marchant, vous allez très certainement ressentir diverses émotions psychophysiologiques qui risquent de donner de nouvelles dimensions à votre existence.

La Voie du St-LaurentLe pèlerin averti n’est pas celui qui a l’équipement révolutionnaire le plus léger, ni celui qui dévore les kilomètres dans un temps record sans se blesser. Le pèlerin averti est celui qui a compris qu’en plus d’améliorer sa condition physique, cette très longue marche est une rupture spatio-temporelle, matérielle et spirituelle, qu’il s’offre pour voir plus clair sur sa route de vie.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

La boussole du pèlerin

« Je n’ai pas choisi
C’est ni le besoin, ni l’envie
J’ai cette force au fond de moi
Qui me porte vers toi. »
Michel Sardou
Ces paroles sont tirées d’une chanson de Michel Sardou. Elle s’intitule Loin. Loin en temps? Loin en distance? Peu importe. C’est ce vers quoi il tend, il se sent appelé. C’est une pulsion intérieure, une attraction qui le dépasse. Comme l’aiguille de la boussole qui pointe vers le nord. Comme le saumon qui remonte la rivière pour aller frayer. Comme la petite tortue à peine sortie de l’œuf qui se dirige courageusement vers la mer ou l’oisillon qui se lance du haut du nid pour déployer pour la toute première fois ses ailes. Cette chanson parle de cet élan intérieur qui nous habite et nous aiguille sur notre route de vie. Elle nous dirige immanquablement vers ce qui nous fait vibrer, vers ce qui donne bon goût à notre vie.

la boussolePour certains, c’est la musique. Pour d’autres, le jardinage, la moto, le vélo, la danse, la photo. Pour le pèlerin, c’est l’appel du sanctuaire. Ce point d’arrivée, cette finalité qu’il s’est fixée sans savoir pourquoi il s’y rend et qui pourtant l’attire et l’incite à avancer. Il s’y rend à pied. Ses parents et amis ne comprennent pas sa démarche. Pourquoi partir si longtemps? Pourquoi se donner tant de misère? Pourquoi marcher tous ces kilomètres? Mais pour le pèlerin, il y a cette voix intérieure qui lui dit que c’est sa route; que ce pèlerinage, cette longue marche, il doit la vivre car elle est un pas de plus vers cet avenir qu’il désire concrétiser mais qu’il n’a pas encore défini. Tout comme le pèlerin qui trouvera sa réponse en allant vers le sanctuaire, cet édifice religieux, le pèlerin de vie découvrira le sien à travers sa passion.

Nous avons tous un jour dit : « Je ne sais pas pourquoi j’aime ça, mais j’aime ça. Ça me fait du bien; Ça me défoule; Ou encore : Ça me détend… ». C’est à ce « je ne sais pas pourquoi » qu’il faut s’attarder.  Sans le comprendre, il faut savoir le ressentir, l’identifier et l’écouter. Comme le pèlerin qui chaque jour fait un pas de plus, pour se rapprocher de son sanctuaire, le pèlerin de vie qui écoute son élan intérieur pose quotidiennement des actions qui le rapprocheront de son sanctuaire de vie; cet espace dans lequel il s’épanouit et se réalise, cet espace qui donne un sens à sa vie. La Voie du St-LaurentComme le sanctuaire du pèlerin, le sanctuaire de vie que nous chérissons est loin. Il faudra du temps, de la confiance et de la persévérance pour l’atteindre.

Plusieurs personnalités connues et admirées ne sont généralement pas des êtres d’exception. Ce sont bien souvent des personnes comme vous et moi qui sont allées au bout de leurs rêves, qui ont fait preuve de conviction, de détermination et de foi. Il n’est pas question de talent, ni de réalisation extraordinaire et inédite. Il est question de suivre pleinement la voie/voix qui nous appelle et qui fait écho en nous. Ne perdez pas le nord, … vous pourriez vous perdre! Consultez votre boussole intérieure, elle sait où aller!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni