Observations cocasses non scientifiquement fondées

« La nature est un professeur universel et sûr pour celui qui l’observe. »
Carlo Goldoni

En attendant le prochain article sérieux de Bottes et Vélo, voici une liste d’observations et de constatations non scientifiquement prouvées, relevées au cours de nos 40 jours de pèlerinage sur la Voie du Saint-Laurent :

  1. Les chiens n’ont pas l’habitude de voir des pèlerins avec des bâtons de marche. 9 chiens sur 10 aboient sur notre passage. Tous les chiens qui voudraient traverser la route et se précipiter sur nos mollets sont attachés ou encagés. Si le chien n’est pas attaché, il ne jappera pas! (Pour cette observation, nous avons eu un très grand échantillon de population canine)2014-07-24 11.37.55
  2. Les chevaux sont curieux de voir des pèlerins. Ils cessent toute activité et suivent du regard les voyageurs jusqu’au bout de leur route. Rêvent-ils de liberté et de grands espaces?
  3. On retrouve des canards tout le long du fleuve St-Laurent. Certains vivent dans l’eau douce et d’autres dans l’eau salée. Certains semblent s’acclimater aux deux milieux. Ils sont toujours en groupe et sont plutôt craintifs.
  4. On observe des cormorans tout le long du fleuve St-Laurent, mais on constate qu’ils aiment nettement plus l’eau salée et l’air du large, car ils y sont plus nombreux. Pas besoin d’être ornithologue pour reconnaître un cormoran, surtout quand il se fait sécher.
  5. Le goéland est un gros oiseau. On le voit tout le long du St-Laurent, mais il semble préférer l’eau salée. À marée haute, il se laisse flotter sur les vagues, mais il préfère être au sec sur les rochers qui bordent l’eau où il profite du bon temps entouré de ses nombreux semblables. Il ne pêche pas vraiment, il a plutôt tendance à attendre qu’un autre attrape une proie pour aller s’en emparer.
  6. La corneille est l’oiseau que l’on observe tout le long du St-Laurent. Elle semble pleinement adaptée à tout climat et tout environnement. Eau salée ou douce, rivage ou montagne, chaleur ou temps frais, elle est partout! Petit rituel peu apprécié des campeurs : elle se regroupe et craille allègrement pour accueillir le soleil qui se lève….à 5h du matin!
  7. Du rivage, on peut observer les baleines à partir de Rimouski. Mais il faut que le temps soit clair, que le fleuve soit calme et être très patient. Quand vous avez remarqué un dos de baleine au loin, vous pouvez calculer un long 8 minutes avant de revoir ce même dos beaucoup plus loin.2014-07-28 10.02.18
  8. On peut observer des phoques dès le parc du Bic. Attention : on peut facilement confondre un phoque qui se fait chauffer au soleil avec une grosse roche surtout lorsqu’il n’a pas la queue recourbée.
  9. Toutes les plages qui bordent le fleuve Saint-Laurent sont faites d’un sable grisâtre. Mais rendu en Gaspésie, on retrouve des plages de sable gris-ardoise, des plages de gros galets bien ronds, des plages de galets plats idéal pour les concours de ricochets, des plages de sable rougeoyant, des plages de roches rayées noir et blanc, et des plages ambrées. Comme quoi qu’il n’y a pas que la route de montagne qui nous en fait voir de toutes les couleurs.2014-07-08 12.43.45
  10. Les automobilistes ontariens sont tellement courtois qu’ils changent de voie pour garder un corridor de sécurité avec les cyclistes, même lorsque ce n’est pas nécessaire.
  11. 9 automobilistes québécois sur 10 considèrent que la ligne blanche qui nous sépare d’eux est un espace largement suffisant et sécuritaire, ainsi qu’apparemment étanche car ils ne changent pas de voie,… même lorsqu’il pleut!
  12. Les camions de transport routier qu’ils soient québécois ou ontariens ralentissent et nous contournent largement et de façon très courtoise. Les cours de conduite pour ce genre de long véhicule se donnent peut-être uniquement en Ontario…?2014-07-06 08.20.11
  13. Les Ontariens sont spontanément généreux lorsqu’il s’agit de faire un don pour une cause, quelle que soit la cause.
  14. Les femmes sont spontanément plus généreuses que les hommes lorsqu’il s’agit de faire un don. En effet, elles demandent spontanément à leur conjoint, père ou ami de sortir de l’argent car elles n’en ont pas sur elles. 🙂
  15. Lorsque vous portez un drapeau au-dessus de votre tête, les gens sont beaucoup plus curieux de venir vous parler que lorsque vous avez simplement un gros sac à dos.
  16. Étonnamment, après 1500 km de vélo, certains muscles n’ont toujours pas vraiment travaillé. On le constate rapidement lorsqu’on se met à marcher durant toute une journée avec un sac à dos de 10 kg.
  17. Tout comme nous avons un pied plus grand que l’autre et un œil plus gros que l’autre, les muscles ne sont pas développés de façon égale. C’est ainsi que mon côté gauche est moins efficace dans les montées que mon côté droit. Et pour éviter de me blesser à gauche ou de surdévelopper à droite, j’ai avantage à ralentir pour que mon côté droit respecte le rythme et les limites de mon côté gauche, lui laissant ainsi le temps de se consolider.
  18. 2014-07-29 06.39.27Lorsqu’une auberge de jeunesse se dit « festive », il ne faut pas minimiser la signification du mot « festive ». Ainsi, si vous souhaitez socialiser et vous divertir sous un ciel étoilé jusqu’aux petites lueurs de l’aube : c’est assurément l’endroit qu’il vous faut! Mais si vous êtes à la recherche d’une bonne nuit de repos ressourçante, je vous conseille très fortement de poursuivre votre route vers le prochain hébergement!
  19. Tout appareil cellulaire qui prend la pluie cesse de fonctionner. Mais un appareil sur deux qu’on aura pris le temps de mettre dans du riz durant un minimum de 30 heures retrouvera toutes ses fonctions….. et malheureusement ce n’était pas le mien!2014-08-09 15.59.28
  20. La durée de vie d’un savon est d’exactement 40 douches!

Une petite dernière : Pour plusieurs gaspésiens les bâtons de marche sont employés uniquement en hiver. C’est pourquoi certains ont eu la gentillesse de nous préciser : 1. qu’il n’y avait pas encore de neige, et 2. que nous avions oublié de mettre nos skis. 🙂Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Les états du pèlerin

Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure.
Otto Rank

2010 493Nous nous préparons à partir. Comme vous le savez, nous n’en sommes pas à notre première expérience. Pourtant, chaque fois que nous reprenons la route, les états du pèlerin me reviennent en tête. Je sais ce qui nous attend! J’anticipe ces états dans un mélange de joie et de crainte. Je sais que nous ferons un voyage magnifique. Un voyage qui nous réserve son lot de surprises et de rencontres inoubliables. Mais, je sais aussi que ce sera difficile. Que certains jours j’aurai envie de tout abandonner. Que je serai une fois de plus déstabilisé, extrait de ma zone de confort pour me reconstruire autrement. Les chamans vous diraient que le pèlerinage ressemble à une expérience de « démembrement », un voyage intérieur au cours duquel le corps est détruit puis reconstruit. À travers ce démembrement, l’ego se dissout. C’est un peu mourir à soi-même. Cesser de se croire si important… Le pèlerinage nous fait vivre ce passage, cette traversée. Les athlètes de haut niveau ou adeptes de long trekking vous diraient rompre le corps, rompre ses résistances, pour atteindre cet espace en soi, toucher cette dimension qui nous met en contact avec le réel d’une manière totalement différente, plus lucide. Une manière qui relativise bon nombre de nos habitudes de vie, de nos nécessités, de nos dépendances …

Au cours de ce long périple, sept grandes rencontres nous attendent. Des rencontres qui invitent à un éveil de la conscience :

1) L’appel : La première rencontre, celle qui nous met en route. Il s’agit de cette petite voix intérieure que l’on se prend à écouter tout à coup et qui nous provoque à prendre la route. Cette parole intérieure peut être induite par un profond malaise/mal-être, ou encore, par un profond désir de s’ouvrir à une expérience nouvelle. Comme un appel à accomplir une mission personnelle. Cet appel, ou ce signal d’alarme, se fera de plus en plus intense jusqu’à ce qu’on ne puisse plus y résister. C’est alors que nous passerons à l’action : nous nous mettrons en route.2010 486
2) La déstabilisation : Sur la route, extrait de notre routine, nous vivrons la déstabilisation. À travers la perte des repères quotidiens, nous ressentirons une insécurité plus ou moins intense selon chacun. Les besoins de base prendront alors une plus grande importance et deviendront prioritaires : Où vais-je dormir? Que vais-je manger? Est-ce que j’aurai suffisamment d’eau? Des questions qu’on ne se pose pas habituellement. C’est par cette déstabilisation que je prendrai conscience de mes craintes, de mes peurs.
3) La souffrance : La rencontre avec ma souffrance, autant physique que spirituelle, viendra de la prise de conscience de mes peurs. Me mettre à l’écoute de cette souffrance m’apprendra à baliser mon bonheur. Lors d’un pèlerinage, nos souffrances physiques viennent souvent de la perception que nous entretenons de nous-mêmes ou de l’image que nous désirons projeter. Par exemple, certains pèlerins, à vouloir trop performer, ou par esprit de compétitivité, en viennent à se blesser. La rencontre avec notre propre souffrance nous apprend donc l’importance d’être attentif aux signes de notre corps. Ces blessures en disent souvent long sur notre état d’esprit. À notre époque, nous avons tendance à anesthésier la douleur pour repousser les limites de notre corps. En faisant cela, nous ne faisons qu’aggraver la situation. Rencontrer sa souffrance signifiera : ménager sa monture, apprendre à s’arrêter quand il le faut, apprendre à faire les choses à sa propre mesure.
4) Le lâcher-prise : La souffrance apprivoisée, nous serons à même de faire la rencontre avec le lâcher-prise. Une rencontre qui nous permettra de laisser aller ce qui nous retenait dans cette souffrance. Pendant cette période, le parallèle se fera souvent avec notre sac à dos et son contenu : Qu’est-ce qui me pèse si lourd? À quelles idées, perceptions de moi-même, des autres suis-je accroché? Quelles obligations? Quel deuil est-ce que je refuse de faire? Lentement, notre conscience s’éveille et nous arrivons à nous défaire de ces poids que nous portons. Lentement, notre sac de vie s’allège.
5) La confiance : Le cœur plus léger, je pourrai accueillir la confiance : en soi, en l’autre, en ce chemin que je choisis. Une confiance qui grandira et me rassurera les jours difficiles. Une confiance qui me permettra d’apprécier mon chemin et de m’y sentir bien malgré l’absence de ce qui m’était précieux. Découvrir que ce précieux n’était finalement pas essentiel à ma vie…
6) L’intériorisation : La rencontre avec soi. L’état de confiance dans lequel j’avance permet cette descente en soi de manière paisible. C’est la capacité de contemplation qui s’approfondit. Une sensibilité différente. Un état de béatitude qui se fait sentir à fleur de peau et qui pourtant semble jaillir du plus profond de soi-même. C’est dans cet espace que je peux trouver la force d’aller au-delà des limites que je m’étais fixées, de briser les règles qui étouffent ma vie.
2010 4377) L’engagement : le moment venu, cette rencontre se fera avec une évidence toute simple. Tout menait à cet instant d’engagement. Un engagement envers soi-même, un engagement à être vivant, un engagement à poursuivre la route avec conviction.

Ces rencontres sont les grandes lignes de la démarche du pèlerin élaborée par Bottes et Vélo. Lors d’un pèlerinage de longue randonnée, ces rencontres se feront généralement au cours des 10 premiers jours. Par la suite, elles continueront de nous habiter et de se préciser. Cependant, c’est à la fin de cette période de 10 jours, lors de l’engagement, que le pèlerin arrive à un moment charnière de l’expérience. Quelque chose de particulier se produit, un ressenti puissant. Il nous semble alors entrer pleinement dans le pèlerinage, que l’expérience s’abreuve d’une énergie nouvelle.

Dans cette poursuite du pèlerinage, nous prendrons conscience de notre rapport au temps. Nous oserons ce que nous n’aurions peut-être jamais osé. Nous observerons nos souffrances des premiers jours avec un léger sourire. Nous comprendrons alors que nous ne pouvons planifier un pèlerinage, une vie, sur la connaissance que nous avons de nous-même en début de pèlerinage. Notre expérience parle : ces perceptions du début n‘étaient déjà plus valides au bout de quelques jours! Mon corps et mon esprit sont transformés jour après jour. Mon corps devient plus endurant. Mon esprit ne perçoit plus de la même façon. Je réalise qu’au mieux, nous ne pouvons planifier que l’œuvre du temps planifier que nous ne serons plus les mêmes, physiquement et spirituellement.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

La Fondation Élan de l’IRDPQ et les pèlerins du chemin de la vie

Quand on ne peut revenir en arrière, on ne doit se préoccuper
que de la meilleure façon d’aller de l’avant.
Paulo Coelho

043Accident de la route, accident de travail, maladie, imprévus de la vie: personne ne sait où sa route le mènera, ni quels défis elle lui réserve. Mais une chose est certaine : nous aurons tous un jour où l’autre une dure épreuve à surmonter. Et c’est alors que nous réaliserons l’importance de s’entourer de personnes aimantes et expérimentées afin de vivre ce passage de vie avec le moins de blessures possible.

À l’Institut de Réadaptation en Déficience Physique de Québec, chaque jour, plusieurs personnes traversent une épreuve qui nous semble insurmontable et parfois même inhumaine. Pèlerins de vie, suivant leur chemin bien malgré eux, ils savent qu’ils doivent avancer pour aller vers leur prochaine étape de vie, qu’ils espèrent plus clémente. Leur monde vient de basculer complètement, dans une direction que personne ne pouvait prévoir ni même penser. Les premiers jours ne sont qu’une suite de constatations douloureuses et de deuils. La routine qu’ils connaissaient et qui était rassurante et familière vient de disparaître dans un coup de vent. Les repères s’estompent et les multiples questions surgissent et tourbillonnent sans cesse. Comme le pèlerin de Compostelle, ces pèlerins de vie traversent plusieurs états : peurs, déstabilisation, découragement, espoir, fierté. Mais comme le pèlerin, les usagers de l’IRDPQ ne sont pas IMG_1174seuls. Toute une équipe expérimentée, dévouée, et attentionnée les épaule tout au long de leur route. Chaque personne qui travaille à l’IRDPQ accompagne, dans son champ d’expertise, les usagers dans cette nouvelle réalité et les aident à la découvrir et à l’apprivoiser.

 

Les usagers, pèlerins sur le dur chemin de la vie, doivent définir leurs nouvelles limites et apprendre à composer avec celles-ci. Ils auront à se doter de nouveaux repères et se créer de nouvelles habitudes. Pour certains, les adaptations sont mineures, pour d’autres c’est tout un décor de vie qu’il faut repenser. Mais l’équipe de l’IRDPQ assure chaque pas que fait l’usager. Elle est le bâton de marche de ces pèlerins. Toujours présente dans chacun des pas de cette réadaptation, l’usager peut se fier à chacun des membres de l’équipe. Ils lui permettent de garder son équilibre dans les descentes abruptes, préviennent des chutes, lui permettent de s’appuyer dans les montées, le soulagent du poids qu’il porte sur ses épaules. Ces bâtons de marche lui permettent de mieux respirer, car ils l’aident à avoir une meilleure posture. Ils l’incitent à se tenir droit, à marcher la tête haute : « malgré tout, rester debout »! Et c’est debout qu’il pourra voir plus loin, et croire au succès de ses efforts. Un pas à la fois, un jour à la fois, avec l’équipe à ses côtés, il apprécie le chemin qu’il a parcouru. Les encouragements répétés de l’équipe, comme le claquement rythmé des bâtons sur la route, font naître l’élan qui fait avancer le pèlerin de vie et le pousse à persévérer.

Brigitte Harouni et Éric Laliberté, de Bottes et Vélo, Mme Annie Gagnon, directrice de la Fondation Élan de l'IRDPQ et M. Martin Cinq-Mars.

Lors d’un pèlerinage, la plus grande richesse du chemin ce sont les gens qui croisent notre route. Leur générosité est marquante et dans un tel contexte, un simple geste peut devenir un instant inoubliable. Sans pourtant se connaître, chacun est soucieux du bien-être de l’autre. On partage son eau et son repas. On s’organise pour pouvoir offrir un lit. On porte votre sac à dos, vous donne des soins et des pansements. On vous écoute, on vous salue, on vous encourage. Ce sont toutes ces personnes qui, sans le savoir, font vivre le chemin et redonnent confiance en la vie. Mais faire un pèlerinage c’est choisir de vivre autrement. Faire une levée de fonds pour l’IRDPQ, c’est offrir aux usagers la possibilité de mieux vivre cet « autrement » qu’ils n’ont pas choisi. L’usager de l’IRDPQ c’est un père de trois enfants, une mère aimante, un grand-père en pleine forme, votre collègue de travail dynamique, un adolescent talentueux, une petite Fondation Élan- logofille mignonne à croquer, votre voisin, un ami, un parent. Nous sommes tous des pèlerins de vie. Mais certaines étapes sont plus difficiles que d’autres. Le don que vous ferez, ce simple geste, contribuera à leur mieux-être. Aidez-nous à les aidez.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

L’esprit de compétition

« Il est surprenant de constater combien sont peu nombreux les besoins essentiels
une fois supprimées la compétition et l’accumulation. » Arthur Koestler

2009 - Octobre Salem et Boston 024Depuis notre tout premier pas, tout autour de nous contribue à nous encourager à performer. Des échelles, des courbes, des graphiques balisent notre croissance pour rassurer nos parents sur la « normalité » de notre évolution. Être dans la moyenne, dans la courbe normale, est en effet rassurant. Mais être au-dessus de cette courbe, en avant du peloton, est une fierté! Dès notre jeune âge, on comprend qu’être le meilleur, le premier est quelque chose d’important et de glorifiant. À travers nos études et nos loisirs, on grandit dans un environnement qui nous conditionne à vouloir exceller. Adultes, on nous parle de plan de carrière, d’ambition professionnelle. On se valorise en affichant notre titre d’emploi impressionnant, le quartier recherché que l’on habite, la voiture de marque que l’on conduit, le voyage de rêve que l’on vient de faire ou nos éblouissants projets d’avenir. Tout n’est que compétition, image et paraître.

En pèlerinage, que ce soit à pied ou à vélo, tous ces artifices tombent. Chacun n’est qu’un pèlerin, un voyageur qui porte son bagage comme tous les autres. Pas de maison, pas de travail, pas de voiture, pas de costume, ni de maquillage! Mais malgré tout, en nous, bien enraciné après tant d’années, existe encore cet esprit de compétition. Et je n’échappais pas à la règle!

2010 135Aux petites heures du matin, on entend les bruissements des premiers pèlerins qui ramassent leur bagage pour partir marcher : pourquoi resterais-je couchée? Je devrais moi aussi prendre la route, être matinale. J’en suis capable. À pied ou à vélo, je me fais dépasser. L’autre me salue cordialement. Je lui souris, mais je me questionne : son vélo doit être plus léger, son sac à dos est plus petit, elle est plus jeune, il doit s’entrainer. Je pourrais accélérer le rythme, j’en suis capable. Arrivée à destination en fin de journée, plusieurs se douchent, font la sieste, placotent. J’arrive plus tard que les autres. Que pensent-ils? Suis-je en-dessous de la moyenne? Ai-je échoué cette journée de pèlerinage? Suis-je dans la course? … est-ce une course?!

Il n’est pas facile de déconditionner un comportement si bien appris, de détricoter une façon d’être à la vie qui était perçue comme une force. Toute notre vie a fait de nous l’adulte que nous sommes aujourd’hui. Jour après jour, influencé par notre environnement, notre personnalité s’est lentement façonnée. Changer notre intérieur est très complexe. L’écrivain québécois Daniel Desbiens nous dit : « Se guérir de nos malaises de l’âme implique souvent une bonne dose d’humilité, d’accueil de la nature humaine et de sympathie envers autrui et surtout envers nous-mêmes. » Que cache donc ce besoin d’être le meilleur? Quelle insécurité vient-on combler? De quoi a-t-on peur? Que cherche-t-on à prouver? Et à qui?

2011 134Mais, au fil des jours, je réalise que les lève-tôt marchent plusieurs kilomètres dans la pénombre du matin, éclairant la route de leur lampe frontale, se privant ainsi de savourer la beauté des paysages et la vie des villages. Plusieurs des voyageurs performants cachent une douleur physique ou une blessure naissante qu’ils préfèrent ignorer et endurer pour arriver rapidement à leur prochain hébergement. Et ceux qui sont les premiers arrivés ont certainement le loisir de choisir le meilleur lit ou le plus bel emplacement pour monter leur tente, et n’attendent pas pour prendre leur douche, mais ils n’ont souvent pas pris le temps de s’arrêter en route, de se tremper les pieds dans la rivière, de goûter la brioche qui sentait si bon ou de faire le tour du petit marché local et d’entrer dans la petite chapelle. Toutes ces réflexions m’aident à accepter mon rythme, ma façon d’aborder la route et le voyage. J’accepte d’être telle que je suis car c’est ainsi que je suis bien. J’apprends à me défaire du regard de l’autre.

En fait, être compétitif n’est pas purement néfaste, il suffit de savoir canaliser cette énergie pour apprendre à se dépasser soi-même, à se surpasser, à aller au-delà de nos propres limites, bref à être en compétition avec soi-même. Il faut savoir quitter les rails qui dirigent notre vie pour aller vers celui que nous sommes vraiment.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Au Québec, de mai à octobre, c’est la saison du pèlerinage!

Pas un hiver ne dure éternellement; pas un printemps ne passe son tour.
Hal Borland

« Pèlerin et étranger » : j’aime cette expression de François d’Assise. Il l’utilisait2014-05-18 10.23.08 pour dire son humanité. Un être en marche, avançant dans le monde, tout en s’y sentant étranger à bien des niveaux. Souvent, je me sens comme lui. Ça vous arrive aussi? J’imagine…

Le pèlerin, cet être en marche, est celui qui progresse dans la vie, appelé par celle-ci. C’est le désir d’éprouver la vie en lui, de la respirer à pleins poumons, qui le met en route.

Le pèlerin est celui qui tombe, se relève et poursuit son chemin. Il est celui qui ne désespère pas; celui qui avance inlassablement, pas après pas, émerveillé par ce qu’il voit. C’est aussi celui qui est libre de tout bien, qui ne s’attache rien. Il s’élance dans la vie, ouvert à la rencontre et prêt à accueillir l’autre. Mais, c’est aussi celui qui est habité par ce sentiment d’être différent, extrait d’un mode de vie auquel il appartenait auparavant. Étranger…

Étranger à cette course folle…
Étranger au sens porté par un monde calculateur…
Étranger à la violence, à la méchanceté…
Étranger à la mesquinerie, à l’injustice, à l’oppression…
Étranger à l’exclusion, au mépris, au mensonge …

Ce sentiment d’étrangeté qui habite le pèlerin fait pourtant de lui un messager porteur d’espérance : il est le témoignage qu’il existe une autre manière de vivre. Une manière de vivre à laquelle il s’exerce chaque jour. Cette différence questionne et interpelle notre époque agitée.

Le pèlerin, dans cette simplicité de vie, apprend à porter un regard nouveau sur son environnement. Il se découvre heureux de vivre avec si peu. Il avance dans une confiance grandissante envers ce chemin qui l’accueille gratuitement et librement, le conduisant de nouveauté en nouveauté. Sur la route, le pèlerin apprend le plaisir de la lenteur. Il récupère un peu de tout ce temps perdu en mille agitations et fait connaissance avec lui-même.pèlerinage au québec 2014

Depuis quelques semaines déjà, plusieurs pèlerins ont repris la route. Le Chemin de Compostelle est déjà fourmillant de vie. Les chemins d’ici s’éveillent lentement. Les différentes associations qui proposent des voyages organisés sur les grands chemins de pèlerinage du Québec ont commencé à envoyer leurs premiers pèlerins. Lentement, tout s’active avec l’arrivée du printemps.

Bottes et Vélo invite tous ceux et celles qui ont à cœur de vivre une telle expérience à se lancer sur les chemins de pèlerinage du Québec. Nous avons de magnifiques chemins qui sont accessibles à tous, et plusieurs formules vous sont offertes. Des associations des quatre coins de la province vous proposent des forfaits clés en main pour ceux et celles qui le désirent. Bottes et Vélo, quant à lui, vous proposent : Les guides du pèlerin. Bien qu’ils ne soient pas indispensables, ceux-ci vous faciliteront grandement la tâche pour vous lancer dans cette entreprise et vivre en toute quiétude votre pèlerinage. Le but de ces guides étant de rendre le pèlerinage accessible aisément, au moment qui vous convient et ceci en toute liberté. Actuellement, l’accès aux différents pèlerinages du Québec et d’Amérique du Nord 2014-05-18 11.17.37se devait d’être facilité. Rien n’était en place pour rendre le pèlerinage accessible aussi librement que sur les chemins de France et d’Espagne. Bottes et Vélo vous offre un premier outil, Le guide du pèlerin, en espérant que d’autres emboîteront le pas et contribueront à rendre le pèlerinage vivant, partout en Amérique. Alors maintenant, n’hésitez plus! Lancez-vous! Que ce soit en bottes ou à vélo, votre moment sera le bon, et les routes du Québec seront toujours aussi accueillantes. Affirmons-le haut et fort : « Désormais au Québec, de mai à octobre, c’est la saison du pèlerinage! »

Avant de vous laisser : une dernière information. Bientôt, nous vous aviserons davantage de ce pèlerinage que nous préparons pour cet été. Des Chutes Niagara au Rocher Percé : « La voie du St-Laurent, le chemin qui marche » est un parcours de 2000 km que nous ferons en partie à vélo et en partie en bottes. Le départ est prévu pour le 2 juillet. Préparez-vous à nous suivre sur le blog et sur facebook : des capsules vidéos, des photos, des articles, c’est à suivre! Ce sera une aventure fantastique!

Bon chemin!Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

Je connais la solution à mon mieux-être

« Ce n’est pas le pèlerin qui fait le chemin mais le chemin qui fait le pèlerin. »
Bottes et Vélo

Lors d’un pèlerinage, chacun aborde le chemin avec son bagage personnel. Et quel que soit l’élan des premiers jours, chacun sera plus ou moins rapidement confronté à ses propres limites. Ces limites semblent d’ordre physique mais originent du caractère de chacun. Soigner le corps est nécessaire, mais on ne règlera rien si l’esprit ne change pas. Et c’est exactement ce que le chemin nous enseigne.

Nous étions un petit groupe à marcher « ensemble ». Réellement seuls, nos pas s’entrecroisaient au gré des petites haltes, des villages et des auberges :

  • Les pèlerins - bottesMark, fier homme de carrière, joyeux, mais compétitif dans l’âme, marchait d’un pas rapide et déterminé toujours en tête du groupe. Après quelques jours, il ressentit une douleur à la jambe gauche. Mais qu’importe, il continua d’avancer au même rythme, se disant que le mal passerait. Malheureusement, le contraire se produisit, la jambe enfla tant qu’on ne voyait plus l’os de la cheville.
  • Julie, jeune étudiante suivait le groupe avec plaisir. Pourtant chaque pas la faisait souffrir. Mal équipée, son sac lui sciait les épaules et dans ses espadrilles de course, ses pieds étaient ourlés d’ampoules. Croyant que la douleur devait faire partie de l’expérience et se refusant à marcher seule, elle continuait sa route.
  • Agostina, enseignante toujours souriante marchait d’un bon pas. Avisée et préparée pour ce voyage, elle avait tout de la parfaite pèlerine! Bien conseillée, elle portait un sac à dos plus petit, donc plus léger, et donc aussi moins logeable! Alors, pour s’accommoder, elle portait en bandoulière une grosse sacoche. Après plusieurs jours de marche, elle commença à se plaindre d’une douleur à la hanche. Elle ralentit le pas, mais la douleur élança encore.
  • Rolf, fanfaron de la troupe, semblait s’amuser tout le long du chemin. Toujours prêt à aider, allant même jusqu’à porter le sac d’une belle en peine, il se plaisait à faire la grâce matinée pour ensuite rattraper le groupe de son pas militaire entrainé. Se déplaçant à un rythme surprenant, il ne semblait jamais se fatiguer. Il partait plus tard, arrivait plus tôt, nous rattrapait, nous dépassait. Toujours de bonne humeur, jamais à se plaindre : un homme, un vrai! Puis, presque en fin de parcours, il nous annonça qu’une énorme bosse le faisait souffrir à la jambe et que ses ampoules étaient rendues insupportables.

Chacun savait très bien ce qui allait aider le corps à mieux avancer. Mais il n’est pas facile de changer sa façon d’être. Cependant, sur le chemin, si l’on souhaite terminer sa route, on n’a pas le choix, il faut s’ajuster. Un pansement ou un baume ne suffira pas. Ainsi, Mark a dû s’arrêter deux jours, pour laisser le temps à sa jambe de reprendre sa forme; Julie a pris une demi-journée de repos et a décidé de moins marcher à chaque jour; Agostina a choisi de rester avec Julie pour l’aider à terminer la route et, ne se décidant pas à abandonner sa grosse sacoche, a pris l’habitude de la changer d’épaule régulièrement; et Rolf a aussi fait une pause, mais simplement d’une journée et a continué en marchant moins rapidement et moins longuement. Finalement, tous se sont rendus au bout de leur voyage.

Ce que l’histoire ne dit pas c’est si chacun a su par la suite conserver ses apprentissages pour les mettre en application dans leur quotidien. Mark est-il toujours aussi compétitif au point de s’oublier? Julie prend-elle le temps d’être seule et de faire les choses à son rythme? Agostina s’est-elle délestée des tous ces objets que l’on traine « au cas où » pour se rassurer? Et Rolf pense-t-il à prendre plus soin de lui que des autres?IMG_4057

Dans la vie, nous suivons tous un chemin. Il faut se demander si nous l’abordons pour en profiter pleinement. Avons-nous une douleur qui nous suit? Une blessure que nous ne laissons pas cicatriser correctement? Croyons-nous que ce mal passera de lui-même? Choisissons-nous de poursuivre malgré tout? De l’ignorer? Très souvent, nous connaissons la solution à notre mal. C’est la décision d’agir pour le résorber qui nous est plus ardue. En ce début de printemps, saison des amours et du ménage, prenons le temps de prendre soin de nous. Faisons un peu de ménage dans ce qui nous « encombre » l’esprit, chacun à sa façon, en respectant qui on est : une solution sur mesure. Sénèque a dit : «Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles.»Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

La vie rêvée : un horaire désencombré!

Les hommes vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir
et meurent comme si ils n’avaient jamais vécu.
Dalaï Lama

Le cadran vient de sonner. Je sors du lit, tout endormi. Je me dirige vers la douche et tourneNew York 084 les robinets les yeux à moitié fermés. Par la fenêtre de la salle de bain, le soleil commence à s’étirer.

Après quelques minutes sous la douche, je me sens plus réveillé. Déjà l’horaire de la journée défile dans ma tête. Ne pas oublier les lunchs. Partir une brassée de lavage. Vider le lave-vaisselle. Pendant qu’une partie de mon cerveau entrevoit les tâches de la maison, une deuxième liste se met en place : celle de  la journée qui m’attend au travail. Rendez-vous avec une telle. Présentation à un autre. Rédaction de ce document qui attend. Conception de ce nouveau projet. Répondre aux nombreux courriels qui se multiplient comme une épidémie. Ah oui! Et l’autre qui voulait que je passe le voir…

Devant cette accumulation, ma tête se remet à faire du coq-à-l’âne. Je passe du boulot au frigo en voyant la liste d’épicerie qui s’allonge. Ce qui fait penser que je devrais m’y arrêter en revenant de travailler. Mais, je réalise au même moment que c’est impossible : le plus jeune à son cours de karaté et je dois l’accompagner. J’avais d’ailleurs prévu, pendant ce cours, prendre le temps de passer à la boutique de musique juste à côté et acheter les partitions dont a besoin l’avant-dernière pour ses cours de piano. En y pensant, je me dis que j’aurai probablement le temps de passer à la pharmacie qui est juste à côté. Ce sera au moins cela de fait et j’aurai le temps de préparer le souper en revenant. Ce qui nous donnera du temps, puisque ma conjointe a une réunion qui finit très tard et que, de mon côté, j’ai une rencontre pour un comité du village en soirée.

Je finis de m’habiller et descend préparer les lunchs.

2009 - Compostelle et Barcelone 600En arrivant dans la cuisine, j’ai la tête qui bourdonne de toutes ces obligations. Je sors les plats de l’armoire et commence à préparer les repas du midi. Pendant ce temps, ma conjointe me rejoint et démarre le café. En s’approchant de l’évier, elle remarque que le robinet fuit. En soupirant, je me dis qu’en revenant du cours de karaté, j’aurai certainement le temps de m’arrêter à la quincaillerie. Je passe devant!

Pendant que nous sommes à l’îlot, pour prendre le petit-déjeuner, les enfants arrivent et la plus vieille nous rappelle que c’est pédago aujourd’hui (ils iront au service de garde) et qu’il y a une rencontre de parents pour la remise de bulletins. Ma conjointe, l’air dépité, se rappelle alors qu’elle a pris rendez-vous avec l’enseignante sur son heure de dîner. Le sourire en coin, je lui dis : « Une chance que ce n’est pas toujours comme ça! »

Et pourtant! La journée suivante arrive avec son lot d’obligations et de courses contre la montre. C’est vrai, ce n’est pas toujours comme ça, c’est même un tantinet caricatural (à peine), mais le rythme est le même, le stress est le même.

2009-2010 440Nos journées sont rarement faites de lenteur, de calme, de temps pour flâner. Rien à penser, rien d’obligé, sans attente. Tous nos temps sont planifiés! Comme si nous ne devions pas perdre une seconde! Et pourtant la vie nous file entre les doigts, alors que c’est précisément ce que nous voudrions éviter.

Mais, c’est cet effet de vitesse qui nous donne l’illusion du peu de temps. C’est l’accumulation d’obligations de toutes sortes qui nous entraîne dans ce « toujours plus vite ». Le temps, lui, ne change pas. Il est toujours le même. Alors que nous étions petits, il nous semblait une éternité. Devenu adulte, il nous a semblé raccourcir à chaque année. Pourtant, il n’a pas changé. Il s’écoule toujours au même rythme. C’est nous qui avons accéléré et engorgé nos horaires.

Qu’aurons-nous retenu de cette course folle? Notre vie est-elle réellement plus épanouie par cette agitation? Cessons de courir, de nous agiter, d’accumuler les obligations, les cours de ci ou de ça, et nous gagnerons un temps précieux, mais surtout un rapport différent aux événements, aux gens, à la vie en général. Devenons épicuriens de notre temps. Savourons-le. Pas au compte-goutte cependant. À la semaine longue! Dans notre monde de rapidité, qualité de temps est souvent devenu un moment coincé entre deux rendez-vous. Une séance de relaxation entre la course à l’épicerie et le souper à préparer. Devenir épicurien de son temps se pratique à chaque instant.

Le pèlerinage permet cette mise en perspective notre mode de vie. Il nous fait décrocher de cette course du rat et nous fait réaliser combien nos journées sont engorgées d’inutilités. Il permet de réaliser combien nous avons besoin de peu de choses pour être heureux. Que la qualité de nos vies ne réside pas dans l’accumulation, la performance et la compétitivité. Le pèlerinage permet cet éveil de la conscience.Bottes et Vélo - Emblême

Éric Laliberté

 

Le doux plaisir d’être

De temps à autre, il est bon de faire une pause dans notre quête du bonheur
et d’être simplement heureux.
Guillaume Apollinaire

Été 2009 300Pour plusieurs, l’idée d’entreprendre un pèlerinage ou une très longue randonnée survient dans un moment de notre vie où tout semble tourbillonner ou gronder dans notre tête. Envahis par milles et une préoccupations, pressés par le quotidien, submergés par la vague de ce train de vie qui file à vive allure, nous ressentons le besoin de tout arrêter pour nous donner du temps.  Nous espérons, durant cette longue parenthèse, avoir du temps pour penser, pour faire le point sur nos choix de vie, sur l’itinéraire que nous aimerions prendre à notre retour.

Les premiers jours du voyage, notre corps et notre esprit sont en période de sevrage de nos anciennes habitudes et les deux travaillent pour apprendre à s’adapter aux nouveaux défis que représente un pèlerinage.  Puis, lorsqu’on commence à s’imprégner du confort de cette nouvelle vie, ce n’est pas du temps pour penser que nous découvrons, mais du temps pour arrêter de penser! Le vide! Sans obligations, sans responsabilités, sans personne d’autre à s’occuper, on découvre le doux plaisir d’être.  Simplement être!  On ne vit alors que dans le pur présent. On prend conscience du vent qui caresse notre peau.  On s’enivre des multiples parfums qui nous entourent.  On se délecte des paysages que l’on traverse. Chaque pas, chaque coup de pédale contribue à perpétuer ce vide, cet état de légèreté de l’esprit. Le mouvement entraine le mouvement. Le rythme ensorcelle notre corps et nous envoûte. C’est quand on découvre ce vide que l’on prend conscience du brouhaha de notre vie.

Notre société actuelle fait la promotion de « l’avoir» et valorise le « faire». Durant nos journées, il n’existe pas une seconde de silence dans nos pensées. Entre le travail, les enfants, nos amours, nos amis, nos devoirs et nos désirs, la roue ne cesse de tourner. L’encombrement, même celui de nos pensées, nous étouffe et nous empêche de respirer librement. Nous sommes constamment à planifier, structurer, organiser ou gérer. Et nos nouvelles technologies nous permettent de faire plusieurs choses à la fois, et même d’être à plusieurs endroits en même temps! Notre corps est de plus en plus accessoire. C’est l’esprit, la tête qui prend le contrôle de nos journées.  Nous en sommes même à planifier des temps particulier pour l’épanouissement de notre corps! Dans le pèlerinage, le corps occupe un rôle important, ce qui permet à l’esprit de se mettre un peu en veilleuse, de se détendre et de profiter du temps qui passe. Le mouvement du corps, ce déplacement dans l’espace, dans un silence naturel, favorise l’émergence du vide dans nos pensées. Ce silence intérieur est ressourçant et nourrissant. C’est vivre le « maintenant», l’instant présent, le « ici». Il nous arrive si peu souvent de vivre pleinement « l’être» : cet état de plénitude au présent.  Et c’est par le vide que naît la créativité et que vont émerger nos solutions.

2009-2010 400

Dans notre quotidien, nous avons tous trouvé une activité qui nous donne accès à cet état d’esprit.  Que ce soit le jogging, le vélo, le jardinage, la peinture, la musique, le tricot, la cuisine, la menuiserie, la mécanique…. chacun à découvert une route toute personnelle qui lui permet de vivre, pendant un court instant ô combien savoureux, le plaisir d’être. Souvent, on appelle cette activité « une passion», car cette activité nous procure un bonheur intérieur exceptionnel. Malheureusement, elle est souvent de courte durée, et les effets positifs sont vite estompés par le retour à la réalité du quotidien. La très longue randonnée offre la possibilité de vivre ce silence intérieur pendant une plus longue période de temps.  Le silence devient partie intégrante de soi.  À notre retour, on cherche à ajuster notre réalité, pour qu’il ait sa place dans ce nouveau quotidien. 

Le savoir être devrait être une préoccupation pour chacun de nous.  Vivre l’instant présent, désencombrer nos pensées, favorise l’équilibre psychique et physique de chacun, mais aussi la qualité des relations que nous entretenons avec le monde extérieur. Malheureusement, la ligne de temps du présent est bien mince, et savoir reposer son esprit, l’affranchir de tout souci ou préoccupation est tout un art dans notre monde moderne. Alors, si vous avez une passion, suivez-la, avec elle vous êtes sur la bonne route!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Qu’as-tu mis dans ton sac à dos?

Un véritable pèlerinage consiste à tout laisser.

Laisser ce qui rend notre vie de plus en plus rapide et élaborée.

Mais aussi laisser – c’est peut-être le plus difficile –

l’idée que nous nous faisons de nous-même et des autres.

 Il faut quitter tout ce qui nous conforte, tout ce qui nous honore, tout ce qui nous rassure.

Jean Lescuyer

Qu’as-tu mis dans ton sac à dos?

… ou la peur paradoxale du manque

dans une culture d’abondance et de surconsommation.

2009 - Compostelle et Barcelone 415Le contenu approprié de notre sac à dos est simple à concevoir, mais pas toujours facile à appliquer tellement nous sommes conditionnés à avoir sous la main beaucoup plus que le nécessaire. Nos armoires, nos placards et nos garde-mangers en sont le témoignage par excellence. Un seul exemplaire ne suffit plus. On achète à la caisse, dans des formats de plus en plus gros. Nous utilisons, mangeons, dépensons plus, parce qu’il y a toujours plus. Nous consommons sans compter car l’abondance est omniprésente. Nous sommes devenus accrocs à l’excès!

Partir avec son sac à dos pour un pèlerinage de longue randonnée permet de remettre en perspective tout ce surplus, d’en prendre conscience. Le pèlerinage nous fait sortir de cette zone d’excès et les inquiétudes que cela peut susciter seront l’occasion de repenser certains de nos besoins, certaines de nos peurs.

Rapidement, vous constaterez que le sac à dos est le reflet des choses auxquelles on s’attache. Il est le poids de tout ce dont vous ne pouvez vous passer. Après quelques jours à bien en sentir le poids sur vos épaules, vous ne percevrez plus vos besoins de la même manière. Vous remettrez en question chaque gramme de votre sac et commencerez alors à l’épurer pour ne conserver que l’essentiel nécessaire à votre voyage. Chaque jour vous questionnerez le contenu de votre sac jusqu’à atteindre l’équilibre souhaité, c’est-à-dire jusqu’à ce que vous ayez redécouvert l’art du « juste-assez ». Les bouddhistes diront « la voie du milieu », celle qui est sans excès, ni manque. Une voie dont le confort se loge dans le « juste-assez ».

Notre culture de consommation  étant très forte pour créer de faux besoins, elle a développé des stratégies de dépendances à travers une multitude de programmes de fidélisation. Elle s’amuse de nos peurs en nous incitant à parer toutes éventualités du moindre gadget ou d’une assurance « tout risque ». La nouveauté est devenue son leitmotiv pour entretenir l’accoutumance à ce rythme de surconsommation. New York 064Nous sommes devenus accrocs à tous ces excès et nous les demandons. Alors, lorsque vous vous préparerez à partir, soyez vigilants. Le pèlerinage n’entre pas dans cette dynamique. Ne dépensez pas une fortune pour vous équiper!

Nous entendons régulièrement des gens dire qu’ils ont dépensé 1500$, 1700$ ou même plus de 2000$ en équipement pour le pèlerinage, ceci sans les bottes! C’est beaucoup trop! Les deux seules choses qui vous coûteront cher ce sont  1) votre sac à dos et 2) vos bottes. Pour ces deux articles, vous devriez débourser au total environ 400$. Pensez aussi qu’il est possible d’emprunter certains effets, vos amis se feront un plaisir de vous prêter leur sac à dos ou encore leurs bâtons de marche. Surveillez également les annonces classées, vous pourriez y trouver des articles de qualité à très bon prix. Pour le reste, vous verrez qu’il y a très peu à prendre dans votre sac : prévoyez quelque chose pour être au chaud le soir et quelque chose en cas de pluie, visez toujours le plus léger et le plus compact. (Dans un autre article, nous avions détaillé une liste et le poids de chaque item : voir « L’équipement du pèlerin nord-américain ».) Pour le reste, remettez-vous en à votre jugement. Faites-vous confiance! Et même s’il y avait un peu d’excès dans votre sac, cela fait partie de l’apprentissage et de l’expérience du pèlerinage. Vous en ferez le ménage en cours de route et trouverez ce confort de vie qui vous convient.

Une fois ce confort atteint, ce « juste-assez » trouvé, votre conscience se sera éveillée à un autre possible, un vivre autrement. Vous découvrirez alors l’allégorie du sac à dos. N’ayant plus rien à enlever de votre sac, c’est en vous que vous chercherez l’excédent dont vous pourriez vous défaire. Le sac à dos est le reflet de tous ces « il faut », de tous ces « je dois », de tous ces faux besoins que je traîne… Le poids que je porte sur mes épaules me vient aussi, parfois, de toutes ces personnes que j’autorise à s’y accrocher… Combien d’obligations ai-je accumulées tout au long de ma vie? Combien de règles inutiles sont enfouies dans mon sac de vie?

Les obligations, les règles que je m’impose, les horaires à rencontrer, la peur de ne pas être à la hauteur, les convenances… Tous ces questionnements monteront en vous. Ces trucs font partie de votre sac de vie et ils peuvent devenir lourds à porter. Prenez conscience que la vie n’est pas un effort constant! Observez lorsque vous serez sur le chemin comment vous 2009 - Compostelle et Barcelone 099ajustez votre pas, comment vous prenez le temps, comment vous vous mettez à l’écoute… « Mon pèlerinage est parsemé de pauses. Je me permets des temps d’arrêts. Je refais le plein d’énergie. J’évalue régulièrement le poids de mon sac. Tous les soirs, je décharge mes épaules de ce fardeau et enlève mes bottes. Tous les soirs, je prends soin de moi. Est-ce que je le fais dans mon quotidien? » Une fois épuré, votre sac de vie en aura long à raconter…

Et tout ceci se fera naturellement, au fil des jours, au fil de votre chemin, lentement. Faire un pèlerinage nous apprend à voyager – à vivre –  le sac, le cœur et l’esprit léger. Le pèlerinage me ramène au meilleur de la vie. Prendre mon sac à dos de pèlerinage, c’est me décharger des illusions de ce monde et de son rythme affolant. Alors j’essaie de le porter le plus souvent possible, car son fardeau est léger…

Bottes et Vélo - EmblêmeÉric Laliberté

Mais pourquoi donc fais-tu ça?

À penser anxieusement au futur, les hommes oublient le présent
de telle sorte qu’ils finissent par ne vivre ni le présent, ni le futur.
Dalaï Lama

 « 800 km à pied!!  1600 km à vélo!!! Non, mais quelle idée!  Pourquoi fais-tu ça? Sais-tu que tu peux t’y rendre en voiture ou en train? »

Le pèlerinage, comme toute expérience de dépassement de soi, fait réagir.  De nos jours, voyager de très longues distances à pied ou à vélo est encore plus déconcertant pour ceux qui vivent leurs vacances au même rythme effréné que leur quotidien.  Dans ce monde de consommation où efficacité rime avec célérité, ralentir constitue un défi en soit!

Alors, à ce commentaire un peu taquin et ironique, je réponds Slow travel - 2que je choisis de voyager ainsi pour le plaisir; le plaisir de prendre le temps de savourer pleinement mon expérience.  En se déplaçant à une vitesse plus « naturelle », on découvre réellement l’endroit que l’on visite.  On l’habite, on le respire, on s’en imprègne et on le vit.  Tous nos sens sont alors sollicités.  Pourquoi courir d’une attraction touristique à une autre et s’étourdir dans un luxe artificiel conçu pour les touristes, dans un cadre de vie qui ne reflète souvent pas celui des habitants locaux? Comment penser découvrir un coin de pays si on ne sort pas des sentiers touristiques balisés qui ont dénaturé l’âme de l’espace qu’ils occupent? Si on ne va pas vivre avec les gens de la place pour partager nos différences?  Si tout est programmé d’avance comme dans notre routine habituelle et que l’imprévu devient une source d’inquiétude?

Slow Travel -1Connaissez-vous le mouvement SLOW? Ce mouvement, initié par le Slow Food en Europe pour contrer les méfaits du Fast food, propose une façon « ralentie» d’aborder différentes facettes de notre vie moderne.  Le fondement de base est de ralentir et d’apprendre à prendre le temps en accordant à chaque situation le juste temps qui lui revient selon son contexte.  Depuis l’époque de l’industrialisation, l’homme a délaissé l’horloge naturelle pour l’horloge mécanique, croyant exploiter le temps pour améliorer sa qualité de vie.  On se rend compte aujourd’hui, que c’est le temps qui a pris le contrôle et que la qualité a cédé sa place à la quantité.  Ainsi pour manger vite, on accepte de manger mal, on consacre plus de temps à notre travail qu’aux êtres humains qui nous sont chers, on court pour avoir plus de temps et avec le temps amassé on fait encore plus de choses au lieu de profiter de la simplicité de la vie.  À trop vouloir en faire trop vite, on finit par ne rien faire correctement.  Notre santé s’use, nos relations se fragilisent et notre emploi, qui est si exigeant, nous remplacera sans plus d’égard le jour de notre départ.  Le Slow movement vient remettre cette réalité en question. Encore en émergence, le Slow est devenu un réel besoin pour tous ceux qui souhaitent mieux profiter de leur vie.

slow travel - 6Le petit dernier du mouvement Slow est le Slow Travel (ou voyager Slow).  C’est l’état d’esprit avec lequel on aborde notre voyage.  C’est prendre le temps de découvrir ce qui nous entoure à travers un voyage.  Loin des formules « tout-inclus » et des « à voir absolument », le Slow Travel nous invite à sortir des sentiers battus.  Le voyageur vit, durant le temps de ses vacances, au rythme de son environnement.  Ainsi il va au petit resto populaire du coin, achète son pique-nique à l’épicerie de la place, goûte les spécialités de la région, échange avec les gens qui l’entourent.  Ce temps qu’il prend enrichit son voyage d’expériences nouvelles et lui permet de faire des rencontres spontanées, de découvrir d’autres coutumes et de partager des moments privilégiés.   De plus, en se donnant une liberté de décision et de mouvement, on laisse place à l’imprévu, qui peut s’avérer porteur de belles opportunités.  

slow travel - 5Le pèlerinage correspond en tout point à ce mouvement, car ce mode de voyage ancestral n’a pas été altéré par la culture de consommation.  C’est une façon de vivre en marge de la vitesse qui rend la route savoureuse et mémorable.  Et c’est souvent pour cette raison qu’il est difficile au pèlerin, après plusieurs jours, voire semaines, de nomadisme, de revenir dans son monde organisé et régimenté à la minute près.  De retour dans son quotidien, le pèlerin croit, à tort, qu’il n’y a que sur le chemin que la vie se vit bien et qu’il est impossible de transposer ce bien-être dans son cadre de vie actuel.  Mais ralentir pour savourer est accessible partout.  Il faut garder en tête lesSlow travel - 3 ingrédients qui nous ont plus sur le chemin : stimulation des sens, flexibilité d’horaire, liberté de choix, ouverture aux imprévus.  Mais pour un changement vers un mieux-être, il faut du temps, et il faut prendre son temps!

Voyager Slow c’est découvrir des lieux nouveaux mais c’est aussi aller à la rencontre de l’autre.  C’est avoir le plaisir de faire partie, durant un certain temps, de la vie d’une région et de connecter avec ses habitants.   Si j’aime voyager à pied ou à vélo, c’est parce que la lenteur me permet de profiter de choses merveilleuses que la vitesse escamote.

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême