Vendeur de bonheur

La plupart du temps, on est tellement focalisés sur ce qu’on croit vouloir qu’on ne voit pas à quel point on est déjà heureux.
Glenn Beck
Notre quotidien est bombardé de publicités qui, pour vendre un produit, nous en vantent les bienfaits : source de bonheur assuré. Chacun de nous tombe dans le piège de la consommation et contribue à ce mouvement en paradant avec sa dernière acquisition ou en faisant l’éloge de l’aubaine à ne pas manquer. Nous vivons dans une société « money-théiste » qui nous conditionne à devenir d’éternels insatisfaits en créant toujours plus de besoins. Le présent perd de sa valeur au détriment de l’espoir d’un avenir toujours meilleur.

La Voie du St-LaurentUn des privilèges du pèlerin, c’est de sortir de cette course vers la promesse du mieux-être, sortir de ce débordement d’achats impulsifs, compulsifs, superflus, sortir de cette pression sociale qui aveugle le jugement et écarte des réels besoins de la vie. Sur le chemin, le temps change de dimension. Le présent semble durer plus longtemps. L’avenir, s’il est une préoccupation, est très rapproché. Ne manquant de rien pour bien vivre chaque journée, on réalise tout l’encombrement de nos vies modernes. Délesté de tout ce superflu, on découvre la légèreté de vivre simplement au gré de nos besoins et de nos désirs. Sans attaches. Sans obligations. Car plus nous possédons, et plus nous devenons esclaves de ces avoirs pour lesquels nous devrons travailler afin de les payer ou leur consacrer du temps pour les entretenir. Le pèlerin qui porte tout son avoir sur son dos prend le temps d’évaluer chaque nouvelle acquisition : l’espace occupé et le poids ajouté en regard de son utilité. Le prix n’est souvent pas sa première préoccupation!

De nos jours, tout est mis en place pour que la consommation soit rapide. Pour permettre plus de consommation. Tout le plaisir qui nait de l’attente et du désir d’anticipation, qui pourtant donne toute sa valeur à la nouveauté, est escamoté. On vit dans un futur immédiat. Toujours un peu en avant du maintenant. Toujours en projection de ce qui est à venir. Oubliant de profiter du moment présent. Un pèlerinage permet de déconditionner ce comportement. Les premiers jours, tout change de rythme. Le temps se transforme lentement, passant du temps mécanique de l’horloge qui vient dicter notre rythme de vie, au temps naturel dans lequel le pèlerin redevient maître de son horaire. La Voie du St-LaurentGraduellement, le pèlerin cheminera à son rythme naturel, ponctuant ses journées de pauses, de siestes, de collations en fonction de ce que lui et son corps conviennent. Cheminant en marge de l’influence des géants du marketing, il se réapproprie ses besoins de consommation et identifie ce qui est source de bonheur et de bien-être pour lui.

Le pèlerin se détache de l’ « avoir » pour entrer dans l’ « être ». Être c’est reconnaître son identité propre, vivre en pleine conscience son présent. Et c’est dans cette conscience du maintenant que le pèlerin s’arrête pour goûter la vie et qu’il expérimente un sentiment de plénitude. C’est ce bien-être intérieur qu’il souhaite rapporter dans ses bagages. Cependant, le bonheur, contrairement à tout ce que les commerçants nous disent, n’est pas dans l’avoir mais dans l’être. Et cet être, il est en nous. Plus le pèlerin prendra conscience de son état de bien-être, de ce qu’il vit d’agréable dans son corps, plus il sera en mesure d’identifier les ingrédients qui le composent.

Le bonheur ne se vend pas, ne s’achète pas. Vous le possédez déjà. Prenez-le temps de le vivre. Soyez pèlerin au quotidien. Cessez de courir. Cessez d’avoir hâte aux prochaines vacances, à la retraite, à la fin de semaine, à la relâche. Prenez le temps de vivre maintenant. Qu’est-ce qui goûte bon dans votre vie?Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Tous mes vœux de santé!

La marche est le meilleur remède pour l’homme.
Hippocrate (400 ans avant J-C)
Comme à chaque jour de l’an, avec la nouvelle année viennent les vœux de santé. Étant jeune, lorsque mes grands-parents me souhaitaient de la santé, je restais un peu perplexe et trouvais ce cadeau plutôt chiche. Puis, les années passant, ma santé et celle de mes proches devenant plus fragile, j’ai réalisé toute la signification et la pertinence d’un tel souhait. Comment peut-on se permettre de mal mener ou de négliger notre corps, lui qui est pourtant si indispensable à notre qualité de vie, lui qui est notre enveloppe, notre véhicule, notre fidèle partenaire de vie? La marche de longue randonnée permet de prendre conscience de cette indissociable relation, de son importance, tout en offrant à notre corps des conditions favorables au maintien d’une bonne santé.

2015-07-06 09.48.18Le premier aspect avantageux de la marche comme activité physique est qu’elle est accessible à tous, jeunes et moins jeunes et ne demande que très peu d’investissement matériel. Elle se pratique où bon nous semble, quand bon nous semble et ne requiert pas d’entrainement particulier. Contrairement à la course, ou au jogging, la marche de longue randonnée fait travailler nos muscles en douceur et en endurance. C’est par cette douce mais longue répétition que les bienfaits agissent sur notre corps. Le cœur se muscle graduellement, devient plus efficace et dynamise la circulation sanguine. Celle-ci s’en trouve donc améliorée, plus régulière et activée. Le système respiratoire se développe et augmente ses capacités. De ce fait, la marche soutenue est recommandée comme traitement pour les personnes se remettant d’un traitement cardiaque, ou ayant des problèmes respiratoires tels que l’asthme. Elle diminue les risques de varices, de phlébites, de maladies du cœur, diminue la tension artérielle, atténue les conséquences négatives de l’arthrose et prévient l’ostéoporose.

2015-06-13 12.30.42Toute cette amélioration dans l’activité du système sanguin a même une incidence sur la santé du cerveau. En effet, une récente étude américaine a démontré que l’activité physique générée par la marche quotidienne, l’oxygénation qu’elle occasionne sur le corps, entraine une augmentation de l’hippocampe, cette partie de notre cerveau qui joue un rôle central au niveau de la mémoire et du sens spatial. Cette observation a donc permis aux chercheurs de dire que la marche permet de contrer les troubles bénins de la mémoire dus au vieillissement, de repousser l’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer et protège contre le déclin lié au vieillissement des fonctions intellectuelles.

La marche est également recommandée pour faire baisser le taux de cholestérol. L’exercice physique agit sur le corps, faisant diminuer le mauvais cholestérol et augmenter le bon. Plusieurs activités physiques sont aussi efficaces, il faut pour cela que l’exercice soit suffisamment long, intense et répétitif. La marche permet cependant de faire ces efforts sans brusquer le corps. Il en est de même pour le diabète, celui de type 2 qui ne nécessite pas de traitement à l’insuline. Une étude a démontré que marcher quotidiennement durantIMG_7133 3 mois, même sans régime alimentaire particulier, fera chuter considérablement les risques de diabète. Il a également été prouvé que 65 % des pré-diabètes peuvent être prévenus par deux heures et demie de marche par semaine, pour éviter de passer au diabète.

À travers sa marche, le pèlerin tonifie les muscles de ses jambes, mais aussi ceux du dos et du ventre. L’usage des bâtons rend l’exercice encore plus complet en faisant travailler le haut du corps, soient les muscles des bras, du cou et des épaules. Toute cette activité physique permet au corps de brûler des calories et de transformer les aliments ingérés de façon efficace, réduisant ainsi l’accumulation de graisse.

Pour terminer cette longue liste des bienfaits de la marche, un incontournable : son effet sur notre équilibre mental. La marche, grâce à la production d’endorphine qu’elle génère, cette hormone du bonheur, réduit les symptômes de dépression et d’anxiété. De plus, étant accessible à tous, cette activité peut se faire tant seul qu’en bonne compagnie, en famille, entre amis ou en couple. Cette occasion d’échanger et de se rapprocher favorise l’épanouissement personnel et contribue à accroître notre état de santé.

Les bienfaits de la marche se font sentir à partir du moment où elle se pratique quotidiennement, de façon soutenue, durant un minimum de 30 minutes. Le pèlerinage est un traitement intensif que le pèlerin offre à sa santé globale. Il est donc essentiel, dès les premiers jours, de faire alliance avec son corps et d’en respecter les limites. C’est grâce à cette écoute et dans ce mariage harmonieux entre le corps et l’esprit que naît le sentiment de bien-être et que la vie devient vivante. Pour l’année 2016, je vous souhaite de marcher!2014-08-06 10.46.16

Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Avec l’autre vers la lumière

Un sourire coûte moins cher que l’électricité, mais donne autant de lumière.
Abbé Pierre
Depuis les vacances d’été, nous avons tous repris la routine du travail, vécu la rentrée scolaire et recommencé la course folle à travers l’agenda surchargé par des responsabilités et des obligations de tous genres. La nature a grisonné. Puis graduellement sont arrivés le froid, le vent, la neige et la noirceur. Les sons se sont assourdis, les odeurs refroidies, les couleurs ternies. Cependant, une lueur de renaissance scintille au loin comme une promesse d’un retour de la vie : Noël! Noël : fête religieuse, fête des enfants, mais surtout, fête de la lumière!

Berthier-sur-MerNoël est un temps de retrouvailles en famille et entre amis. C’est un temps d’arrêt millénaire, inébranlable, dans les vies de chacun pour s’offrir du bon temps entouré d’êtres chers. Accolades et embrassades, rires et pleurs, saveurs et odeurs, chansons et jeux, chaque soirée prend sa couleur, toujours teintée d’émotivité. Annonciatrice de ce retour de la lumière, Noël invite à un temps d’introspection, de remise en question au niveau des émotions que nous vivons. Temps de réjouissances parfois obligé, émotions bousculées et tiraillées, Noël nous amène à trouver la lumière en soi pour éclairer nos zones plus obscures, tenter de comprendre ce qui nous ébranle ou nous dérange. C’est l’occasion de faire la lumière sur certaines relations que nous entretenons ou sur le rapport que nous avons avec elles. Car Noël nous amène à aller vers l’autre, et comme il est question ici de famille, cet autre n’est pas toujours choisi ou désiré. Ainsi, ce rassemblement imposé incite et invite à un moment de trêve pour le bonheur collectif. Cette contribution volontaire forcée au bon déroulement des festivités, nous fait découvrir nos limites et celles des autres. Elle met en lumière la zone de partage de vie et aiguise notre regard pour avoir une meilleure vision de l’autre. Toute cette proximité et ce débordement d’émotions nous déplace intérieurement et nous fait cheminer un peu plus dans cette recherche d’équilibre sain entre soi et autrui.

Vieux-QuébecNoël c’est aussi un temps pour donner. Rituel existant depuis la nuit des temps, le cadeau d’aujourd’hui a cependant perdu de sa valeur. Donner est un geste de gratuité et de plaisir qui sera pleinement comblé par la réponse de celui qui reçoit. Donner consiste à prendre conscience de l’autre, de ce qui lui procure du plaisir. C’est s’attarder à comprendre la réalité de l’autre en toute objectivité. C’est mettre l’autre au premier plan, s’oublier un peu durant quelques instants. La valeur du cadeau n’est pas une question de prix. La valeur dépendra de la justesse avec laquelle le donneur aura cerné l’autre. Le cadeau n’est donc pas forcément matériel. Offrir du temps de complicité, de qualité, de l’affection, du rire, de l’écoute, de l’attention sont autant de cadeaux de grande valeur qui peuvent d’ailleurs s’offrir à chaque jour. Pas besoin d’être riche pour donner, il suffit simplement d’être tourné vers l’autre.

Noël est une fête d’ouverture et de lumière. Ouverture sur l’extérieur et lumière à l’intérieur. Tous les ingrédients sont présents pour favoriser l’apprentissage de soi et de l’autre dans un contexte d’échange, de partage et de quête d’un bien-être collectif. C’est dans la rencontre avec l’autre que l’on apprend le mieux à se définir et c’est vers les zones d’ombre qu’il faut diriger son faisceau de lumière pour se voir pleinement.

Joyeux Noël!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Un sanctuaire intangible

Un système d’éducation vaut bien peu s’il apprend aux jeunes à gagner leur vie
mais ne leur enseigne pas comment faire une vie.
David Suzuki
Par définition, un sanctuaire est un lieu, un édifice sacré. Souvent lieu de dévotion à une divinité, ils ont, à travers le temps, attiré de nombreux croyants et sont devenus de hauts lieux de pèlerinage. Sainte-Anne-de-Beaupré, l’Oratoire Saint-Joseph, Notre-Dame-du-Cap, L’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette et la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec sont des sanctuaires du Québec tout comme l’est la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle en Espagne. Des milliers de gens viennent chaque année s’y ressourcer et se recueillir dans ces murs, espérant en ressortir inspirés, transformés par l’âme toute-puissante qu’ils abritent.

Cathédrale de CompostellePlus récemment, le mot sanctuaire s’est vu revêtir un nouveau sens. En effet, on parle de nos jours de sanctuaire pour désigner un lieu de préservation de la faune et la flore. On en retrouve une infinité à travers la planète, tant sur terre que dans l’eau. Le sanctuaire Pélagos en méditerranée, celui de Malpelo sur la côte colombienne ou le sanctuaire de baleines de l’océan Antarctique sont des espaces maritimes protégés pour les mammifères marins ou les poissons. Le sanctuaire de Los Flamencos en Colombie permet aux flamands d’y vivre hors de toute attaque humaine. Le sanctuaire d’éléphants au Sri Lanka, le sanctuaire Tetiaora des tortues vertes en Polynésie, le sanctuaire de la chaîne du mont Hamiguitan dans les Philippines qui protège une grande variété d’arbres et de plantes en danger. Plus proche de nous, l’Île Bonaventure accueille une colonie de Fous de Bassan et l’Archipel-de-Mingan abrite deux sanctuaires pour oiseaux migrateurs dont l’eider et le macareux. Il existe une multitude d’aires et de refuges réservés à la conservation de la nature. Tous ces sanctuaires ont pour fonction première de protéger la vie pour offrir plus de vie-s. Des scientifiques de différents domaines travaillent de concert pour s’assurer que l’environnement extérieur réponde adéquatement aux besoins de développement de l’espèce à préserver. Ces milieux de vie ont été créés pour permettre aux espèces animales ou végétales de croître dans un cadre plus naturel et originel, exempt des agressions générées par la vie humaine moderne.

Pour le pèlerin, celui qui marche vers son sanctuaire, on retrouve ces deux conceptions voisines de ce qu’est un sanctuaire. Le pèlerin se dirige concrètement vers un lieu d’arrivée qu’il s’est fixé. La Voie du St-LaurentUn lieu qui a une symbolique pour lui, un lieu qui l’attire et l’inspire et où il espère trouver le calme qui apaisera la tempête qu’il porte en lui et l’incite à prendre le large. Plusieurs pèlerins arriveront à la cathédrale de Santiago, fiers de leur exploit, émus par leur réalisation, mais cependant habités par un sentiment d’incomplétude, d’inachèvement. Le corps physique s’est bel et bien rendu au terme géographique du voyage, mais l’esprit demeure en quête de son sanctuaire. La cathédrale est la réponse à la fin du voyage planifié, mais non la réponse au voyage émotif qui a mis le pèlerin en marche. Nombreux sont les pèlerins qui poursuivront leur route pour aller rejoindre l’océan à Muxia ou à Finistère, car forcément la réponse doit se trouver ailleurs. Mais comment la chercher? Où la chercher? Quoi chercher?

Le sanctuaire de chacun est ce lieu de paix qui permet au pèlerin de vivre bien et de bien vivre. Le pèlerin est le bâtisseur de ce sanctuaire. Il est à lui seul l’équipe de scientifiques qui met en place les conditions favorables pour plus de vie et veille constamment à parfaire l’équilibre de son écosystème. La Voie du St-LaurentIl est celui qui observe la vie en lui, qui identifie ce qui goûte bon et ce qui le fait souffrir. Il tente de déterminer quelles agressions extérieures lui nuisent et comment la vie en société de consommation l’affecte. Il trie, jette, adapte, conserve, ajoute, ajuste pour avoir une vie qui soi la sienne. Graduellement, il consolide les bases de son sanctuaire. Et plus il avance dans la vie, plus son sanctuaire se précise, se transforme et évolue avec lui.

La route qui mène au sanctuaire du pèlerin est intérieure et infinie. Elle est faite d’écoute de soi, de respect de soi, et d’harmonie entre l’intérieur et l’extérieur. Le sanctuaire est ce lieu intime vers lequel le pèlerin tend pour y trouver un équilibre entre la vie réelle et le sens qu’il veut que la sienne ait.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

La liberté, une histoire de choix!

À l’instant où l’esclave décide qu’il ne sera plus esclave, ses chaînes tombent.
Gandhi
Le pèlerin qui avance sur sa route, son sac sur le dos, le pas léger après tous ces kilomètres d’expérience, voyage avec légèreté. Il croise sur sa route des villageois, des travailleurs, des vacanciers, des jeunes et des moins jeunes, et sans le savoir, il sème la rêverie dans l’esprit de chacun. Il vient chatouiller les pensées de ceux qui le regardent et parfois l’envient. Par sa marche, mais aussi par son allure intemporelle, il fait émerger une vague de questionnements et intrigue les plus pressés, les plus férus du monde moderne.

La Voie du St-Laurent - Ste-Anne-des-MontsPas de cravate, pas de talon aiguille, pas de veston ni d’uniforme, le pèlerin est pèlerin! Il est cette page blanche qui attend de s’écrire, cette toile avant d’être caressée de couleurs, cette bûche qui ne laisse suspecter l’œuvre qu’elle renferme sous son écorce. Le pèlerin est libre d’être. Ni patron, ni employé dévoué, ni maman, ni ainé de famille toujours à la hauteur, ni conjoint, ni meilleure amie qui est toujours là pour aider. Le pèlerin se libère de tous ces chapeaux, de tous ces rôles qu’il joue quotidiennement. Ces personnages dont il maîtrise parfois tellement bien le rôle qu’il a de la difficulté à s’en défaire. Mais son public, ceux qui l’entourent, l’apprécient dans ce rôle et l’encouragent à continuer cette performance. Maintenant pèlerin, il se permet de voyager sans toutes ces pressions externes, mais aussi sans celles que lui-même s’impose. Dépouillé de son entourage, de son habitat social habituel, dans ce vide de définition hiérarchique et social, il découvre la liberté d’être. Être tout simplement lui et l’apprécier. Sans artifice et sans maquillage.

La Voie du St-Laurent - CloridormePas d’obligations professionnelles, pas de contraintes d’horaire, pas de compromis avec un autre, pas de planifications complexes en famille, le pèlerin négocie avec lui-même. Il vit un retour aux sources d’un mode de vie naturelle. Sa journée se dessine au gré du temps, des plaisirs et des besoins. Le temps mécanique est devenu un outil facultatif et le temps naturel a repris la place qui lui revient. Les effets de la société de consommation s’estompent et leurs relents deviennent inconcevables ou même choquants. Le pèlerin réapprend à écouter ses élans intérieurs pour guider ses décisions. Loin des agressions de la civilisation, dans ce mode de vie désencombré, le pèlerin savoure sa liberté de mouvement. Il reprend le contrôle sur sa vie, se réapproprie pleinement son pouvoir de décider. Il devient maître de ses pas et de la route qu’il choisit de prendre. Comme le papillon qui déploie ses ailes après plusieurs semaines, et parfois même plusieurs mois de confinement dans le cocon, le pèlerin savoure ce plaisir enivrant d’être libre de toute attache.

Le privilège du pèlerin réside dans son pouvoir de choisir. Son nouveau statut lui octroie d’office le plein pouvoir décisionnel sur sa personne. Il n’en tient qu’à lui d’en faire bon usage et d’avoir le courage et la force d’affronter les mécanismes de protection qu’il porte en lui et qui lui nuisent. La Voie du St-Laurent - TorontoSentiment de culpabilité, altruisme exacerbé, compétitivité, contrôle de l’image de soi projetée, devoirs intériorisés et peurs sont autant de barrières personnelles qui viennent tenter de contrecarrer l’expression spontanée de ce que le pèlerin souhaite vivre. Le pèlerin lui-même est la principale limite à sa latitude de mouvement, à sa liberté. Tous ces enfermements qu’il traine avec lui dans son bagage de vie, il devra apprendre à les reconnaître, puis choisir de s’en détacher ou de s’en départir s’il veut expérimenter sereinement la légèreté d’être libre.

Comme le skieur acrobatique qui s’entraine sur un trampoline avec un harnais avant de s’élancer sur le tremplin enneigé de haute voltige, le pèlerin, sur le chemin de pèlerinage, apprend à développer les habiletés qu’il lui faudra maîtriser pour atteindre son sanctuaire et atterrir sur ses deux pieds. Pour le pèlerin, le vrai défi, s’il veut continuer de vivre avec ce sentiment de liberté, sera d’harmoniser son monde intérieur avec celui de l’extérieur tout en faisant preuve de souplesse et d’agilité. Il devra se rappeler qu’il est l’agent de changement, celui qui crée le mouvement, celui qui a le pouvoir de choisir. Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Choisir d’être heureux

C’est dans le mouvement que le pèlerin se libère du fardeau et du poids écrasant des chaînes de sa vie sédentaire,
et c’est dans la liberté de choisir qu’il se définit et apprend à connaître celui qu’il est vraiment.
Bottes et Vélo
Au retour de Compostelle, le pèlerin, celui qui a voyagé à pied durant près d’un mois, se retrouve à nouveau plongé dans sa vie d’avant. À peine le seuil de la porte passé, et déjà l’aventure du dernier mois lui semble n’avoir été qu’un rêve. La réalité reprend graduellement sa place et engloutit lentement le pèlerin, l’aspirant dans le tourbillon du quotidien et des obligations. Un profond questionnement accompagné d’une certaine nostalgie s’amorce dans les pensées du pèlerin. Qu’est-ce qui lui rendait la route si agréable? Comment continuer de ressentir ce bien-être intérieur sans se déraciner de sa route de vie?

Compostelle - Camino FrancesPlusieurs disent qu’il leur est impossible de reproduire les bienfaits du pèlerinage dans leur vie quotidienne, car le contexte ne le leur permet pas. C’est certain, si on considère que la magie du bonheur sur le chemin de Compostelle émane des églises romanes, des chemins de terre, du soleil d’Espagne, du nomadisme et des échanges avec des pèlerins de toutes les nationalités. Et bien que ces éléments contribuent à rendre la route mémorable, ils ne sont pas exclusifs à Compostelle. L’ingrédient essentiel du pèlerinage se trouve sur le chemin intérieur que fait le pèlerin. Le bien-être de ce voyage émane du dedans et rayonne vers l’extérieur. C’est le pèlerin qui en est l’artisan.

Avant de partir, le pèlerin avait déjà commencé son voyage intérieur. En se libérant du temps dans son agenda, en organisant son budget, en se permettant cette longue absence, sans s’en rendre compte, le pèlerin commençait déjà à définir sa propre route de vie. Puis jour après jour, pas après pas, sur le chemin tortueux et pierreux, il cheminait plus encore. Il s’arrêtait pour admirer le paysage grandiose, se délectait interminablement d’un lever de soleil, mangeait aussi fréquemment qu’il avait faim, se couchait pour faire une sieste si le besoin y était. Il apprenait à s’écouter, à se respecter, à se connaître. Il apprenait à choisir de faire ce qui lui fait du bien.

Compostelle - Camino FrancesCertains diront qu’il est plus facile de vivre ainsi lorsqu’il n’y a pas de contraintes ni d’obligations. Pourtant sur le chemin, les contraintes et les obligations sont nombreuses. Faire un pèlerinage n’est pas de tout repos! Il faut chaque jour marcher plusieurs kilomètres durant plusieurs heures sur des chemins parfois exigeants, s’assurer d’avoir de l’eau, vivre avec l’imprévu, porter une charge, ne pas avoir tout son confort, et composer avec l’étranger et les ronfleurs! C’est une démarche qui peut être épuisante et décourageante. Mais celui qui choisit d’avancer sur cette route en a aussi choisi les inconvénients. C’est ce choix qui rend la route agréable.

Le plus grand obstacle que le pèlerin rencontre est lui-même. Il est celui qui érige des barrières et s’impose des limites. Au retour de Compostelle, le pèlerin se laisse difficilement la liberté de choisir ce qui lui fera du bien, car il reprend la vie telle qu’il l’avait laissée. Il ne fait pas le transfert de ses apprentissages. Encombré de tout ce qu’il s’est imposé depuis des années, il n’ose pas changer sa façon de faire, ni sa façon d’être. Compostelle - Camino FrancesLa pression sociale, la pression familiale, la pression personnelle ont tant de pouvoir qu’elles dirigent et déterminent le chemin de vie du pèlerin. « Il faut beaucoup de courage pour oser être heureux pleinement. Il est plus facile, mais plus lâche, de se contenter d’un petit bonheur routinier que rien ne vient déranger » (Marcelle Bourgault).

La réelle difficulté du pèlerin est qu’il a cheminé dans un monde parallèle au sien pendant une longue durée. L’expérience marquante et grandissante du pèlerinage l’a transformé. À son retour, il n’est plus la même personne, mais tout ce qui l’entoure est demeuré inchangé. Le pèlerin fait face à un grand défi, surtout si sa zone de confort n’est plus si confortable. S’il veut vivre plutôt que survivre, décider plutôt que subir, il doit faire des choix qui tiennent compte de ses besoins ou de ses désirs en fonction de ce qu’il ressent. Le corps est souvent un bon conseiller! À toute situation existe un choix de possibles. Compostelle -Camino FrancesIl s’agit de les considérer tous et de déterminer celui qui répondra avec satisfaction à ses attentes, celui qui contribuera à demeurer et à avancer sur le chemin de la vie que le pèlerin souhaite réaliser. Avant toute décision : prendre le temps de ressentir l’émotion que ce choix fait vibrer en moi. Puis une fois le choix fait : accepter les inconvénients qui viendront avec cette décision. Et, comme sur le chemin de Compostelle, le pèlerin échange et ajuste son rythme à celui de ceux avec lesquels il veut marcher; le pèlerin choisit ceux qui l’entourent et prend le temps de présenter celui qu’il est maintenant et la trajectoire qu’il désire donner à sa vie.

Le retour de Compostelle n’est pas facile à vivre car le pèlerin est confronté à lui-même : celui qu’il était, celui qu’il est et celui qu’il est en devenir. La porte d’entrée de la maison franchie, c’est un nouveau pèlerinage qui débute. Celui dans lequel le pèlerin tracera lui-même les flèches qui le mèneront à son sanctuaire, ce sanctuaire qu’il porte en lui et qui l’invite à faire des choix pour un mieux-être.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Marcher pour s’apprendre

Dans ma vie, j’ai beaucoup appris par les livres.
Je ne pensais pas qu’on pouvait en apprendre autant par les pieds,

par ce mouvement si simple et répétitif des pieds!
l’abbé Gérard Marier
Le pèlerin, celui qui s’engage sur un chemin de Compostelle, souvent après une longue période d’hésitation et de négociations intérieures, s’engage autant dans une marche que dans une démarche. Se lancer dans une telle aventure, c’est accepter de lâcher prise sur son monde de connus et s’engager, un pas à la fois, sur le chemin de la découverte.

Chemin de Compostelle - Camino FrancesCette expérience de vie qu’offre le pèlerinage amène l’individu à quitter presque l’entièreté de sa zone de confort. Tous ses repères sont à redéfinir. Il se retrouve entouré de paysages nouveaux, baigné dans une population ayant des habitudes de vie qui lui sont étrangères, confronté à communiquer dans une langue qu’il ne maîtrise pas, et déterminé à voyager à pied, activité qu’il ne faisait pas aussi intensément avant. Cette épreuve que le pèlerin s’impose est grande et les états émotionnels qu’il traversera seront profonds et variés. Transportant avec lui un simple bagage, seule trace de son monde antérieur, il part affronter ses craintes et découvrir les plaisirs d’une autre vie. Comme tout bon explorateur qui s’apprête à vivre une expédition parsemée d’imprévus, le pèlerin a soigneusement réfléchi son bagage.Chemin de Compostelle - Camino Frances Son sac à dos contient ce qui à prime abord lui semble être l’essentiel pour bien vivre l’aventure et faire face aux aléas du chemin. Ce qu’il découvrira en chemin, c’est que ce sac à dos n’est pas bien différent de l’ourson en peluche que l’enfant traine avec lui comme son meilleur ami. Car ce bagage n’est qu’une sécurité matérielle. Le meilleur bagage du pèlerin est en lui.

Chemin de Compostelle - Camino FrancesLe pèlerinage est un long stage d’apprentissage, une mise en situation pour vivre un changement. Le pèlerin qui semble pourtant voyager léger, transporte en lui tout un bagage d’expériences de vie, de connaissances, d’aptitudes et de qualités. Autant d’outils qui lui seront utiles tout au long de sa marche. Le pèlerin, se retrouvant dans un contexte particulièrement déroutant, n’a d’autre choix que de faire appel à ses ressources intérieures. Chaque journée apportant son lot d’épreuves, grandes ou petites, le pèlerin découvre l’étendue et l’éventail de ses capacités. Certaines forces étaient déjà bien présentes et connues dans son autre monde, mais d’autres l’étaient moins, voire même pas du tout, le contexte de vie permettant moins leur actualisation. Seul, sans pour autant être isolé des autres, le pèlerin apprend à compter sur lui-même. Au fil des jours, le pèlerin commence à se redéfinir une nouvelle zone de confort. Comme tout individu confronté à un changement, comme tout apprenant face à un nouveau concept, le pèlerin évolue, un pas à la fois, vers la maîtrise des nouveaux paramètres de cette réalité. Il observe, expérimente, analyse, vit des réussites et des échecs. Et malgré les défis, il avance sur sa route, se consolide, prend de l’assurance et prend plaisir à savourer son nouveau confort.

Chemin de Compostelle - Camino FrancesAu terme de cette expérience de vie, le pèlerin revient grandit. Au-delà des apprentissages concrets, le pèlerin revient plus conscient de son potentiel de réalisation. Ce périple permet à l’individu de constater ses capacités à survivre à un tumulte dans sa vie, lui montre qu’il a tout ce qu’il faut dans son bagage intérieur pour passer à travers les épreuves de la vie, l’outille pour faire face au changement avec confiance. Le pèlerin rapporte certes beaucoup de photos et de souvenirs de son voyage, mais il rapporte aussi une panoplie d’habiletés, d’aptitudes et d’expériences qui s’ajoutent à son bagage personnel d’avant-pèlerinage et enrichissent sa personne d’une richesse sans prix!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Passer à travers l’hiver

C’est en saison sèche qu’on se lie d’amitié avec le piroguier.
Proverbe Foulfouldé
St-Michel-de-BellechasseL’automne est maintenant bien installé et annonce clairement l’arrivée imminente de l’hiver. L’hiver : saison que plusieurs tentent de fuir, car elle dérange notre confort et nos habitudes. Le vent, la neige, le froid nous obligent à changer notre façon de vivre. Chacun se prépare à affronter cette saison : rentrer le bois de chauffage, sortir les pelles, mettre les pneus d’hiver, acheter bottes et manteau aux enfants. Puis quand arrive l’hiver, malgré toute notre appréhension, la vie continue! On se réjouit des paysages givrés et saupoudrés de neige, on skie dans la poudreuse, on se délecte d’une bonne soupe, on flâne au coin du feu, on marche dans le calme des sous-bois en raquettes. Et on trouve que notre hiver québécois est le plus beau!

Dame Nature nous fait ici une belle leçon de vie. Elle nous montre qu’un changement, ça se prépare. Qu’arriverait-il à notre bel érable s’il ne perdait pas ses feuilles avant l’hiver? Et nos petits rongeurs s’ils n’hibernaient pas? S’ils ne faisaient pas de provisions avant le gel? C’est parce qu’on se prépare au changement qu’il nous devient plus facile de l’accepter et de bien vivre ce qui à prime abord semblait un événement catastrophique. Plusieurs changements sont incontournables ou le deviennent éventuellement. Il importe, pour continuer d’être heureux et de vivre en harmonie avec soi-même, de les reconnaître, de se préparer à les affronter et à les apprivoiser pour en voir les bons côtés.

Phare de La Martre en hiverCe que la nature m’enseigne aussi, c’est que le changement n’est pas essentiellement négatif. Ce que la chenille perçoit comme une fin, le papillon y voit une naissance. Tout est une question de point de vue et de façon d’aborder la situation. Le changement est un inconnu qui lorsqu’il deviendra connu nous permettra de vivre des aventures que l’on ne pouvait pas vivre dans ce qui nous était précédemment connu. Les paramètres de notre vie vont changer. Les nouvelles données m’offrent de nouvelles possibilités que je n’avais peut-être pas envisagées. Il n’en tient qu’à moi de voir la beauté dans cet inconnu. J’y parviendrai si je prends le temps de le connaître et que je cesse de regretter le passé. Il faut se rappeler que le confort que j’avais établi avant l’arrivée du changement, c’est moi qui l’avais aménagé. Je sais donc que j’ai les capacités, après un temps de réaménagement et d’instabilité, de me recréer un nouveau confort qui sera adapté à ma nouvelle réalité et qui correspondra à ce que j’aime vivre. Je suis l’agent de changement. Je dirige mes pas et oriente mes décisions pour passer à travers les défis tout en maintenant le cap sur mon choix de route de vie. Cette épreuve que j’ai à surmonter, personne ne pourra le faire à ma place, car c’est moi qui la vis. Je peux être accompagnée, conseillée, épaulée, mais je suis la personne qui posera les actions qui agiront sur mon bien-être intérieur.

Pointe Amos - St-VallierLes épreuves nous sont parfois extrêmement difficiles et douloureuses, mais chacun a en lui toutes les ressources pour passer à travers ces hivers. Il faut croire en soi, en ses forces et aptitudes, regarder la route que nous avons déjà réussi à parcourir avec succès, se remémorer nos bons coups et nos fiertés, et cheminer un pas à la fois. Le changement est un long et lent processus qui demande du temps. Aller trop vite ne serait qu’une dépense inutile d’énergie et risquerait d’augmenter les blessures. L’objectif est de passer à travers l’hiver sans trop se faire mal, car nous savons tous qu’après l’hiver vient le printemps. Le printemps c’est une renaissance, un nouveau départ. C’est reprendre vie sur de nouvelles bases, parfois même, recommencer à zéro. Comme l’arbre voit repousser ses feuilles, et fleurir ce qui deviendra un fruit, il faut se dire qu’après une période de changement, la vie reprendra. Et la qualité et le confort de cette nouvelle vie dépendra uniquement de soi.

Le changement est un temps de passage, d’évolution, de croissance entre deux états plus stables. Sans changement, la vie cesse. Plus rien ne bouge. Routine. Monotonie. Il faut savoir accueillir le changement comme faisant partie intégrante de la vie, lâcher prise, faire confiance et se faire confiance. L’essentiel en « hiver », c’est de prendre soin de soi!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Êtes-vous pèlerin?

Porter des lunettes ne veut pas dire savoir lire.
Proverbe guadeloupéen
Depuis bien des mois maintenant, je me questionne à savoir ce qui définit un pèlerin. Qu’est-ce qui permet de distinguer le pèlerin du touriste, du voyageur, ou du sportif. Faut-il nécessairement avoir un sac à dos et un chapeau beige à large bord pour être qualifié de pèlerin? Est-on pèlerin uniquement pendant la durée du pèlerinage? Après de longues périodes de recherche, d’observation et d’analyse, je constate qu’il existe deux types de voyage et pour être pèlerin, il faut vivre les deux.

Tout d’abord, il y a le voyage extérieur, celui que nous connaissons le mieux. C’est un déplacement qui m’oblige à sortir de chez moi pour me rendre dans un autre lieu, souvent dans un but précis.Chemin du Puy-en-Velay Que je me déplace à pied, à cheval ou en voiture, je vis physiquement un changement de décor. Je découvre avec crainte et curiosité les nouveautés qui m’entourent. Tous mes sens sont sollicités pour être en contact avec l’extérieur. J’apprivoise l’inconnu. J’apprends à m’y redéfinir, à y retrouver un certain confort. C’est un voyage touristique, celui du découvreur et de l’aventurier. Son objectif est souvent prédéterminé et son itinéraire sommairement élaboré.

Puis, plus silencieux et discret, il y a le voyage intérieur, celui que chacun vit en lui. C’est aussi un déplacement, mais plus subtile car il ne se voit pas; il se vit. Il accompagne chacun des événements de ma vie. C’est ce mouvement des pensées qui m’invite à sortir de ma zone de confort pour aller vers un inconnu que je souhaite meilleur. J’avance sur ce chemin spirituel accompagné de moi-même, de mes questions et de mes réponses, de mes peurs et de mes convictions, pour me diriger vers un mieux-être. C’est sur ce chemin que j’apprends à me connaître, que je précise le sens que je veux donner à ma vie, et que je prends des décisions pour mieux orienter mes pas. Le voyage intérieur fait en sorte que je chemine, je grandis, je change.

Chemin du Puy-en-VelayCes deux formes de voyage peuvent faire route ensemble, mais il est possible pour certaines personnes de n’en vivre qu’une des deux. En effet, il est possible de vivre un déplacement physique sans laisser de place à une certaine intériorité. Tout comme il est possible de vivre pleinement une démarche spirituelle sans nécessairement quitter son chez-soi. Cependant, pour le pèlerin, voyages extérieur et intérieur se croisent et s’entremêlent tout au long de son déplacement. Chacun, à sa façon, contribue à nourrir l’âme du voyageur et l’aide à atteindre le but réel qu’il s’est fixé. Le pèlerin est celui qui se déplace physiquement, qui sort de ses routines et de ses connus, et qui accepte aussi de se laisser déplacer intérieurement. Lorsque le pèlerinage est terminé, le chemin intérieur lui continue d’exister. C’est cette route que le pèlerin va suivre. Car être pèlerin ne requiert pas forcément d’avoir des bottes aux pieds. Être pèlerin de la vie c’est voir le changement comme une source de vie et poser des actions pour se diriger vers ce mieux-être qui nous interpelle intérieurement. Maintenant, à vous de déterminer si vous êtes pèlerin de vie. Marchez-vous en cohérence avec votre voie/voix intérieure?Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Sur le chemin, c’est chacun sa merde!

La seule solution durable et efficace pour faire diminuer le stress,
est de nous remettre au centre de nos vies et d’agir dans le respect de qui nous sommes.
Fatima Skakni
La Voie du St-Laurent - 2015Peut-être un peu vulgaire comme titre, mais rien ne peut être plus clair. On peut apprendre beaucoup de choses de la vie en allant à l’université, en lisant des livres ou en surfant sur la toile, mais on en apprend beaucoup sur soi et sur notre façon d’aborder la vie, en voyageant. Et que dire de tout ce qu’un très long pèlerinage à pied, avec le sac au dos, peut nous enseigner! Parmi tout ce que je rapporte avec moi du pèlerinage, il y a cette phrase : «A chacun sa merde!» entendue dans le film: « Saint-Jacques… La Mecque! » et qui résume clairement ce que j’ai appris.

Nous portons tous un sac sur nos épaules. Nous avons tous dans ce sac notre lot quotidien de petits poids qui nous pèsent et dont nous devons nous occuper : les enfants, les repas, l’épicerie, le ménage, le travail, les devoirs, les finances, la paperasse. Puis, comme tout pèlerin, nous avons aussi des articles plus personnels : un parent ou un enfant malade, un accident qui guérit lentement, une fragilité physique, un projet de rénovation, une séparation, une perte d’emploi, un deuil. Tous ces accessoires qui sont dans notre sac de vie, nous les portons chaque jour avec nous sur nos épaules. Chaque matin, nous reprenons la route de notre vie avec une énergie nouvelle qui faiblira avec les heures, et nous anticipons avec joie la venue de la fin de semaine, cette pause durant laquelle nous pourrons déposer une grande partie de ce sac et marcher le pas plus léger.

La voie du St-Laurent - 2015Lorsque nous marchons réellement, jour après jour, une vingtaine de kilomètres par jour, avec un sac de 15 livres sur le dos, il ne se passe pas une journée sans qu’on ne ressasse le contenu de ce sac, en quête d’un possible allègement de la charge. Ai-je vraiment besoin de tous ces poids? Chaque livre est analysée. Des décisions sont prises : «Au prochain pèlerinage, je n’apporterai pas mon roman… je n’en ai pas besoin. J’apporterai un plus petit pot de crème… j’en rachèterai en route. J’apporterai moins de chandail… je laverai régulièrement. Demain je porte moins d’eau, il y a des fontaines dans tous les villages, et elle sera plus fraiche!» Le pèlerin choisit ses poids en fonction de ce qu’il est et de ce qu’il veut vivre. Dans notre vie, il faudrait aussi prendre le temps de prendre conscience de ces poids que nous portons chaque jour, de les soupeser, de les analyser et de les choisir. Nous pourrions alors mettre en évidence ceux qui nous questionnent le plus et trouver à chacun de ces poids une solution d’allègement qui nous convienne, en fonction de ce que nous souhaitons vivre; sachant qu’entre porter tout le poids et s’en débarrasser complètement, il existe tout un monde de possibilités.

Imaginez lorsque sur le chemin, un autre pèlerin vous demande de porter une partie de son sac, voire même le sac entier (oui, c’est un cas vécu!)! À pied, le pèlerin considèrera assez rapidement la demande, passant déjà une grande partie de son temps à jongler avec ses propres poids. Cette situation est très semblable à toutes ces demandes de «petits services» qu’on nous fait durant une journée. Et contrairement au pèlerin, la plupart d’entre nous n’hésiterons pas un instant à accepter d’aider ou de dépanner un collègue ou ami qui, lui, manque de temps pour réaliser ses tâches. Nous ne prenons généralement pas le temps de considérer le poids de ce que nous portons déjà. Nous faisons de la place dans notre horaire, comprimant ce que nous avions prévu de faire, sacrifiant notre petite pause-santé, roulant plus vite pour réussir à tout faire dans la même journée. Contrairement au pèlerin qui choisit et se choisit, nous subissons notre décision, parfois même fâché d’avoir accepté.

La Voie du St-Laurent - 2015Sur le chemin, le pèlerin apprend à dire non. Il apprend à se respecter dans ses limites et ses choix. Il réalise aussi qu’aider ne signifie pas forcément qu’il faut le faire à la place de l’autre. Celui qui ne peut plus porter sa charge pourra découvrir d’autres solutions que celle de surcharger un bon samaritain. Il peut décider de se reposer plus longtemps pour reprendre des forces, prendre l’autobus, utiliser le service de transport de bagage et marcher la route plus léger, et il pourrait aussi revoir le contenu de son propre sac et analyser chaque kilo qu’il a choisi de porter. Car c’est son sac! De même, avant de se surcharger d’une tâche qu’un autre avait choisie, nous pouvons considérer l’ensemble des options qui pourraient aider cet ami et l’amener à trouver une autre solution que celle de se décharger des engagements qu’il avait pris.

Sur le chemin, pour bien vivre le pèlerinage, sans trop de blessures, on nous recommande d’avoir un sac qui n’excède pas 10% de notre poids. Je ne suis pas experte en la matière, mais depuis plusieurs années, je me plais à découvrir tous les parallèles existant entre l’exercice du pèlerinage et la vie au quotidien, et je suis prête à parier que dans mon sac de vie, les poids qui alourdissent ma journée ne devraient pas excéder 10% de mes pensées, si je veux bien vivre. Vous me direz que 10% c’est bien peu! Mais 10% de bagage pour un mois, c’est peu, et pourtant c’est déjà bien assez lourd!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni