Partir quelque part pour partir…

« Partir, c’est l’appel du chemin, l’appel au cheminement »
Bottes et Vélo
Le village de Saint-Michel-de-Bellechasse est situé sur une route de migration. Migration animale, migration humaine. Le fleuve en guide et en inspire plus d’un! La migration animale a longtemps  fasciné les chercheurs. Qu’est-ce qui suscite un tel déplacement? Sommes-nous bien différents des animaux?

Saint-Michel-de-bellechasseChaque année, au début du printemps des milliers d’oies blanches et d’outardes animent  le ciel. Au rythme des marées, elles se rassemblent sur les berges du fleuve et dans les champs. Elles nous visitent quelques instants, le temps de profiter des lieux, de refaire le plein d’énergie avant d’attaquer les prochains kilomètres de vol. Puis, lorsque l’automne et le froid s’annoncent, on les voit repasser, plus rapidement cette fois-ci.

La région reçoit aussi la visite passagère des Harfangs des neiges. Amateurs de hauts perchoirs, on a de forte chance d’en voir un paisiblement installé sur le sommet d’un poteau électrique, d’un silo, ou sur le plus haut point d’un bâtiment ou d’un arbre situé au milieu des champs. Les harfangs nous arrivent avec l’hiver et nous quittent avant l’arrivée du printemps, pour remonter vers le nord.

La migration animale est un périple périodique entrepris durant une période de l’année ou une période de la vie de l’animal. Elle implique un retour dans la région de départ. Les périodes de migrations sont souvent reliées aux conditions et aux changements climatiques. Le manque d’eau ou de nourriture, la présence accrue de prédateurs, poussent l’animal à quitter son habitat en quête de meilleures conditions de vie; des conditions favorables à sa croissance et à sa reproduction. Sans y réfléchir, par instinct, l’animal migre pour survivre, pour mieux vivre! Sommes-nous bien différents des animaux?

Un autre type de migration que nous pouvons observer à Saint-Michel-de-Bellechasse, c’est une variété de Le Québec à vélomigration humaine. Chaque année, dès le mois de mai, on observe des cyclistes qui, chargés de leurs sacoches et de leurs bagages, le coup de pédale régulier et calme, voyagent vers l’est. Le cycliste migrateur se déplace souvent seul et parfois en couple. Étudiant qui débute ses vacances après des années d’études collégiales ou universitaires, ou retraité profitant de cette liberté tant attendue. Homme ou femme. Ce qui le caractérise c’est surtout ce voyage, intérieur et extérieur, qu’il choisit d’entreprendre. Il n’est pas pressé. Il profite du paysage, s’arrête dans les villages, s’imprègne du vent et du mouvement qui le traverse. Chaque jour, immanquablement, j’en vois un… et je me mets à rêver! Ah, le chanceux!

La migration humaine, tout comme la migration animale, est un déplacement d’un lieu vers un autre que l’on espère IMG_7236plus prospère. L’homme qui migre, quitte son lieu de résidence en quête d’un monde meilleur, en quête d’identité, en mal de vivre. Il espère dans cet ailleurs trouver un environnement qui réponde mieux à ses aspirations et ses désirs, pour plus de sécurité, pour plus de richesse, plus de confort matériel ou spirituel, pour plus de vie!

Cette semaine, j’ai eu la chance de voir un oiseau migrateur des plus rares au Québec : un pèlerin! Je l’ai croisé sur le bord du chemin. Sac au dos, bottes aux pieds, bâtons en main, il allait paisiblement sur sa route. Je n’ai pas su résister, je me suis approchée de lui pour le questionner : il partait tout juste de Beaumont et s’en allait jusqu’à Gaspé! Jeune, seul, le regard brillant devant cette aventure qui l’attendait… Comme je l’ai envié!

Chez Bottes et Vélo, l’appel du pèlerinage est plus fort que tout. De voir passer tous ces cyclistes et ce pèlerin m’attire d’instinct à prendre la route et à suivre mes semblables. Ce temps de migration momentané est un réel pèlerinage qui me permet de faire mon ménage intérieur et de retrouver l’essence même de mon être. C’est un bilan annuel incontournable qui me permet de revenir chez moi en étant plus réceptive aux signes qui balisent ma route de vie.

Sans mauvais jeu de mots… le pèlerin serait-il une variété d’oiseaux migrateurs?

Prenez note que le blog fera relâche le temps d’un pèlerinage. On vous retrouvera le 19 août! Bon été!

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême

L’horizon du pèlerin

« Regarder “loin”, c’est regarder “tôt”. »
Hubert Reeves
Lorsque je me sens envahie par des pensées qui tourbillonnent dans ma tête, que je me perds dans le labyrinthe de mes réflexions, ou simplement lorsque je veux être bien, j’aime me retrouver dans un endroit qui offre un horizon à mon regard. Quoi de plus ressourçant et de plus reposant que de laisser son regard planer sur des kilomètres de paysage!  Que ce soit sur un banc au bord du fleuve, sur un rocher au sommet d’une montagne, sur le balcon d’un immeuble qui surplombe la ville, la sensation de voir loin nous permet de voyager intérieurement. Qu’est-ce que cette expérience vient toucher en moi? Qu’est-ce que mon corps tente de me dire?

Mont-WashingtonÉtymologiquement, le mot horizon symbolise la ligne où la terre semble rejoindre le ciel. Mon regard est attiré et apaisé par cet endroit très éloigné où les rêves semblent devenir réalité, ou du moins réalisables. À travers cet espace et cette distance, j’ai l’impression de me projeter dans le futur. Un monde sans limite. Une ouverture sur un monde de possibilités. Le pèlerin qui regarde devant lui, aperçoit la route qu’il suit pas à pas. Du sommet de la montagne, il devine celle qui l’attend dans les jours à venir. L’espace rejoint le temps. Voir loin, c’est savoir se projeter dans l’avenir. De ma position qui domine le paysage, j’ai une vue d’ensemble de ce qui m’entoure et de ce qui me devance. Je peux donc plus aisément décider de ma route. L’horizon de la route, le sanctuaire que le pèlerin espère voir poindre à chaque sommet qu’il traverse, n’est pas uniquement un lieu extérieur, il est aussi un état intérieur. À la question : « où vas-tu? » si souvent posée aux pèlerins, on traduit : « à quoi te sens-tu appelé à devenir? ». Ce lieu d’horizon est un futur de la vie.

La Voie du St-LaurentEn physique, l’horizon représente la limite de la région de l’espace-temps pouvant influencer ou être influencée par un point donné. Le pèlerin est cette personne qui a ressenti le besoin de changer d’horizon, de partir à la découverte de nouveaux horizons. Le pèlerin sort de sa zone d’influence, celle dans laquelle il vit ou subit des interactions avec ce qui l’entoure, pour aller vers une autre zone d’influence.  Dès notre jeune âge, nous grandissons entourés de personnes et d’éléments qui viennent influencer notre chemin de vie. Parents et amis façonnent notre personnalité, nos rêves, notre façon d’agir. La société grâce à ses tentacules médiatiques nous manipule sournoisement et nous transforme au gré des valeurs qu’elle prône, des modes qu’elle véhicule et des courants de pensée qu’elle encourage. Vient un moment où toutes ces attaques identitaires étouffent et emprisonne notre être qui cherche à s’affirmer et à se dire. Vient un moment où un temps d’arrêt s’impose pour faire un tour d’horizon de sa vie. En quête de nouveaux horizons.

Quand je regarde à l’horizon, cette ouverture sur le monde résonne en moi comme un élan de liberté. Liberté car rien ne vient faire obstacle à mon champ de vision. Liberté car rien ne vient limiter l’étendue du panorama. C’est par cette liberté de vision et de mouvement que le pèlerin se réalise sur le chemin. Dépouillé des entraves de sa zone d’influence, et des barrières qu’il s’imposait pour convenir à son monde, il profite de sa nouvelle situation pour avancer sur une route qu’il choisit et qui l’appelle. Sa route!

Bottes et Vélo - EmblêmeBrigitte Harouni

Mise en garde : risque de déplacement intérieur!

Toute marche est une marche spirituelle.
Sagesse Celte
Nous vivons dans un monde organisé et structuré où tout se doit d’être prévu et planifié. Même nos vacances n’y échappent pas. Quoi que nous entreprenions, nous aimons l’anticiper et avoir une longueur d’avance pour nous assurer que l’expérience sera bien vécue. Ainsi, plusieurs personnes qui se préparent à vivre un pèlerinage se demandent fréquemment s’il est essentiel de se préparer avant de partir.

La Voie du St-LaurentIl va de soi qu’un minimum d’organisation au niveau du matériel à apporter et de l’équipement à se procurer est un incontournable. Et nous savons tous qu’il est fortement conseillé d’avoir marché et usé sur quelques kilomètres toute nouvelle paire de souliers ou de bottes. Tout comme il est bon d’avoir marché avec notre sac à dos pour en avoir trouvé l’ajustement qui se marie le mieux à notre corps.

La question n’est donc pas à ce niveau. Souvent, le futur pèlerin s’inquiète plutôt de l’effort physique que cette longue marche va exiger. Il se demande donc s’il est nécessaire de commencer un entrainement quelques mois ou semaines avant le grand jour. Chez Bottes et Vélo, nous pensons que si la personne n’a pas de problématique de santé particulière, l’entrainement n’est pas une obligation. La forme physique se développera graduellement à chaque pas et à chaque jour que fera le pèlerin sur le chemin. Le pèlerinage n’est pas une course, ni même une recherche de performance physique. C’est une longue pause dans le temps qu’une personne s’offre à elle-même,  un voyage au sens exact du terme, au bout duquel elle reviendra différente, transformée par l’alchimie de la marche.

Chemin KamouraskaS’il est une préparation que le futur pèlerin devrait avoir, elle ne devrait pas se situer au niveau physique, mais au niveau psychique. Avant de partir, plusieurs parents et amis questionnent celui qui part en pèlerinage. Pourquoi à pied? Pourquoi voyager aussi rudimentairement? Aussi longtemps? Ainsi, entamer une ébauche de réponse, commencer la réflexion, creuser en soi pour prendre conscience de ce qui nous appelle et nous attire dans cette expérience; identifier le mieux possible nos attentes et les fruits que nous souhaitons cueillir et rapporter au terme de ce voyage; sont des étapes fondamentales de préparation à un pèlerinage.

Notre quotidien est parsemé de panneaux avertisseurs : « peut contenir des traces d’arachides », « attention chaussée glissante », « chute de glace! ». S’il est une mise en garde à donner au futur pèlerin pour l’aider à se préparer à sa longue marche, ce serait : « attention, risque de déplacement intérieur ». Autant vous aurez à regarder où vous posez le pied, autant vous devrez être attentif à ce qui se vit en vous, à ce que votre corps, votre façon d’agir et de réagir, vous dit. En marchant, vous allez très certainement ressentir diverses émotions psychophysiologiques qui risquent de donner de nouvelles dimensions à votre existence.

La Voie du St-LaurentLe pèlerin averti n’est pas celui qui a l’équipement révolutionnaire le plus léger, ni celui qui dévore les kilomètres dans un temps record sans se blesser. Le pèlerin averti est celui qui a compris qu’en plus d’améliorer sa condition physique, cette très longue marche est une rupture spatio-temporelle, matérielle et spirituelle, qu’il s’offre pour voir plus clair sur sa route de vie.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

La boussole du pèlerin

« Je n’ai pas choisi
C’est ni le besoin, ni l’envie
J’ai cette force au fond de moi
Qui me porte vers toi. »
Michel Sardou
Ces paroles sont tirées d’une chanson de Michel Sardou. Elle s’intitule Loin. Loin en temps? Loin en distance? Peu importe. C’est ce vers quoi il tend, il se sent appelé. C’est une pulsion intérieure, une attraction qui le dépasse. Comme l’aiguille de la boussole qui pointe vers le nord. Comme le saumon qui remonte la rivière pour aller frayer. Comme la petite tortue à peine sortie de l’œuf qui se dirige courageusement vers la mer ou l’oisillon qui se lance du haut du nid pour déployer pour la toute première fois ses ailes. Cette chanson parle de cet élan intérieur qui nous habite et nous aiguille sur notre route de vie. Elle nous dirige immanquablement vers ce qui nous fait vibrer, vers ce qui donne bon goût à notre vie.

la boussolePour certains, c’est la musique. Pour d’autres, le jardinage, la moto, le vélo, la danse, la photo. Pour le pèlerin, c’est l’appel du sanctuaire. Ce point d’arrivée, cette finalité qu’il s’est fixée sans savoir pourquoi il s’y rend et qui pourtant l’attire et l’incite à avancer. Il s’y rend à pied. Ses parents et amis ne comprennent pas sa démarche. Pourquoi partir si longtemps? Pourquoi se donner tant de misère? Pourquoi marcher tous ces kilomètres? Mais pour le pèlerin, il y a cette voix intérieure qui lui dit que c’est sa route; que ce pèlerinage, cette longue marche, il doit la vivre car elle est un pas de plus vers cet avenir qu’il désire concrétiser mais qu’il n’a pas encore défini. Tout comme le pèlerin qui trouvera sa réponse en allant vers le sanctuaire, cet édifice religieux, le pèlerin de vie découvrira le sien à travers sa passion.

Nous avons tous un jour dit : « Je ne sais pas pourquoi j’aime ça, mais j’aime ça. Ça me fait du bien; Ça me défoule; Ou encore : Ça me détend… ». C’est à ce « je ne sais pas pourquoi » qu’il faut s’attarder.  Sans le comprendre, il faut savoir le ressentir, l’identifier et l’écouter. Comme le pèlerin qui chaque jour fait un pas de plus, pour se rapprocher de son sanctuaire, le pèlerin de vie qui écoute son élan intérieur pose quotidiennement des actions qui le rapprocheront de son sanctuaire de vie; cet espace dans lequel il s’épanouit et se réalise, cet espace qui donne un sens à sa vie. La Voie du St-LaurentComme le sanctuaire du pèlerin, le sanctuaire de vie que nous chérissons est loin. Il faudra du temps, de la confiance et de la persévérance pour l’atteindre.

Plusieurs personnalités connues et admirées ne sont généralement pas des êtres d’exception. Ce sont bien souvent des personnes comme vous et moi qui sont allées au bout de leurs rêves, qui ont fait preuve de conviction, de détermination et de foi. Il n’est pas question de talent, ni de réalisation extraordinaire et inédite. Il est question de suivre pleinement la voie/voix qui nous appelle et qui fait écho en nous. Ne perdez pas le nord, … vous pourriez vous perdre! Consultez votre boussole intérieure, elle sait où aller!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Se libérer pour mieux récolter

Il en faut vraiment peu pour être heureux,
Vraiment très peu pour être heureux,
Il faut se satisfaire du nécessaire.
Baloo
À l’aube de la civilisation, Confucius, ce grand philosophe chinois, disait : « Un bol de riz à manger, de l’eau à boire et mon bras replié en guise d’oreiller, et me voilà heureux ».  Une façon toute simple de dire que le bonheur est à portée de main à qui souhaite y goûter. Aujourd’hui, ce même message est encore juste, pourtant, tout autour de nous tente à grands coups de publicités et de slogans de nous convaincre que le bonheur s’achète et se possède. Alors pris dans cette frénésie du « toujours plus » pour « plus de mieux-vivre », nous encombrons nos vies de toutes sortes de choses qui finissent par nous éteindre, nous étouffer, nous rendre malade. En ce début de printemps, faisons un peu de ménage dans tout ce qui nous alourdit l’existence!

pèlerin surchargéCeux qui déménagent vous le diront tous : on accumule bien plus d’objets que ce dont nous avons réellement besoin. Et une multitude de ces accessoires dorment et s’empoussièrent dans un racoin de la maison, inutiles, désuets, parfois même brisés. Pourtant nous les conservons. Au cas où.  Nous avons souvent plusieurs exemplaires d’un même outil. Le dernier étant toujours plus performant ou plus joli. Et que dire de la garde-robe! Certaines personnes ont tellement de vêtements ou d’accessoires qu’elles en oublient ce qu’elles ont et manquent de jours ou d’occasions pour les porter. Tout ce surplus, ce superflu, pèse sur les épaules de ceux qui le possèdent. Que cache-t-il? Pourquoi s’attacher à des biens matériels? Pourquoi est-il difficile de s’en départir? Donnez. Faites circuler. Libérez-vous de l’espace. Il est mieux posséder peu et de l’apprécier plutôt que de s’attarder à ce qu’on n’a pas et se rendre malheureux d’être envieux.

Et puis il y a le temps. Ce concept abstrait que l’homme a inventé pour s’outiller et organiser son quotidien et qui aujourd’hui, sournoisement, a pris le contrôle de nos vies. Les agendas sont surchargés par tous les rendez-vous, les activités sociales, les loisirs et les obligations familiales qui s’ajoutent à l’horaire de travail et à la routine de la maison. Même les vacances sont planifiées. Chaque heure est remplie alors que ce que nous recherchons c’est du temps. Désirez-vous vivre toutes ces activités qui vous précipitent vos journées? Les avez-vous choisies? liberté - cageAppréciez-vous le rythme auquel s’écoulent vos semaines? Vous sentez-vous dépendant de votre agenda? Que signifie ce besoin d’être constamment occupé? Pourquoi ne pas vous offrir le pouvoir et le plaisir de choisir comment utiliser le temps? Déterminez ce qui accapare votre temps et que vous pourriez reconsidérer autrement. Libérez-vous des espaces de temps dans votre vie. Laissez-vous un temps pour ne rien faire. Offrez-vous ce vide qui permettra à une nouvelle opportunité plus séduisante de germer.

Le ménage extérieur est souvent celui que nous avons de la facilité à faire. Il nous est bénéfique sans pour autant être trop menaçant quant aux changements qu’il peut entrainer. Le ménage intérieur par contre, celui que je fais en moi, est de loin le plus efficace, bien qu’il soit plus ardu à réaliser. Bien plus long que de trier une pile de vêtements ou de faire l’inventaire du garage, le ménage intérieur requiert une franchise envers soi-même. Tout ce que je possède m’attache et m’empêche d’être libre. Tout ce que je possède, ultimement me possède car je m’y accroche. Et tout ce à quoi je m’accroche éventuellement peut devenir une source de souffrance, que je m’inflige de par la relation de dépendance que j’ai établie et que j’entretiens. Emploi, situation sociale, relation amoureuse ou amicale, image projetée de soi, sécurité financière, apparence physique, famille… Autant de possibilités d’attachement et de dépendance. Le ménage intérieur est personnel. Je dois me demander : qu’est-ce qui me pèse lourd dans mon sac de vie? jeune pousseQu’est-ce que je fais pour les mauvaises raisons, ou même pour des raisons qui ne sont pas les miennes? Qu’est-ce que je porte dans mon sac de vie qui ne m’appartient pas? De quoi j’aimerais me libérer? Qu’est ce qui étouffe la vie en moi? Et pourquoi je m’y accroche?

Le printemps est la saison d’un renouveau, d’une renaissance. Prenez le temps de reprendre contact avec vous-même. Remonter à votre source, à ce qui fait votre essence même et mettez en place des conditions qui favoriseront l’épanouissement de votre être. Allez-y enlevez les mauvaises herbes et faites de la place pour semer ce que vous désirez récolter!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Le vrai pèlerin

Si je ne suis pas moi, qui le sera?
Henry David Thoreau
À l’origine, le pèlerin était cet homme qui partait de son domicile à pied pour aller vers un sanctuaire, pour expier ses fautes, être libéré de ses pêchés ou encore demander des faveurs. Aujourd’hui, sans être forcément aussi dévotes, plusieurs personnes ressentent cet appel qui les amène à entreprendre un long pèlerinage. Sur les chemins de IMG_1213@879258a9b54441978b7cd044183dab09pèlerinage, on peut rencontrer plusieurs types de pèlerins lesquels sont parfois bien différents dans leur façon d’être et  leur conception du pèlerinage. Qu’est-ce qui définit le pèlerin d’aujourd’hui?

Lorsqu’un pèlerin en rencontre un autre, les questions classiques ressurgissent : d’où es-tu parti? Jusqu’où vas-tu? Combien de kilomètres fais-tu par jour? Depuis combien de temps es-tu parti? Combien pèse ton sac? Marches-tu seul? Simple échange entre deux personnes partageant un même intérêt ou subtil interrogatoire pour jauger de la réelle valeur pèlerine de l’autre? Existe-t-il un type de pèlerin qui soit plus pèlerin qu’un autre?

IMG_1198@1a022d975d2b4db5ba9e610d6cd628d5C’est en tout simplicité que je me suis amusée à recenser les différents types de pèlerins que j’ai rencontrés et ainsi que ceux qui habitent la pèlerine que je suis. Tout d’abord, il y a le pèlerin-randonneur : un sportif qui aime la marche, la nature et l’aventure. Il aime le calme mais aussi les rencontres agréables. Le pèlerin-touriste, lui, s’émerveille devant l’architecture qui l’entoure, savoure la cuisine locale et se plait à apprendre la langue de la place. C’est un découvreur. Le pèlerin-méditatif, c’est celui qui marche les sentiers tout en cheminant sur sa route intérieure, espérant trouver réponse à ses questions profondes. Il vit pleinement chaque instant, jouit des moments de solitude tout en demeurant en contact avec l’environnement extérieur. Le pèlerin-professionnel, loin d’être un amateur, a tout l’équipement requis, les informations nécessaires du chemin et connait les règles du jeu. Il sait tout avant même de l’avoir vécu car il marche avisé. Le pèlerin-sportif, lui, s’est entrainé avant de partir. Il avance d’un bon pas, se lève tôt, apprécie l’effort physique tant pour la bonne fatigue qu’il génère que pour l’extase de la récompense qui le suit. Puis il y a le pèlerin-aventurier, ce spontané qui aime la nouveauté et qui a foi en sa bonne étoile. Il marche sans crainte des imprévus, allant vers l’inconnu qu’il sait être une riche source d’apprentissage et de dépassement de soi.

 Mais il y a aussi le pèlerin-consommateur… Le réel défi pour le pèlerin d’aujourd’hui est de déprogrammer tout ce que notre société de consommation nous conditionne à être. Le pèlerinage est devenu une pratique tellement courue, sans mauvais jeu de mots, que notre société « moneyarcale », toujours à l’affût d’un filon fructueux, cherche avidement à se l’approprier. Comme au temps de la ruée vers l’or, chacun vient s’installer aux abords de cette source de revenus dans l’espoir d’en tirer quelques profits. Publicités pour vanter les bienfaits du produit, commercialisation des accessoires et services utiles, marketing d’identité pèlerine : rien n’est oublié! Ainsi, le pèlerinage tend à devenir une expérience à vivre pour ceux qui sont à la recherche de défis originaux. Le pèlerin se doit d’être bien équipé avec les matériaux et les technologies du jour : ultra-légers, performants et griffés. Plusieurs pèlerins-consommateurs vont partir pèleriner avec cette approche de compétition et de performance, reproduisant sur le chemin ce qui les épuise dans leur rythme de vie quotidienne. Le pèlerin-consommateur a un horaire à respecter, un budget de planifié, un objectif à atteindre, des obligations à respecter. Bien difficile d’éviter d’être un peu ce pèlerin quand nous avons baigné toute notre vie dans cette façon d’aborder la Vie!

2009 - Compostelle et Barcelone 452

Sur la ligne de départ, les marcheurs portent tous en eux un peu de chacun de ces pèlerins. Chaque marcheur arrive avec son bagage de vie personnel et les valeurs qui le caractérisent. Après quelques jours de marche, chacun verra un de ses pèlerins prendre les devants. Puis viendra un moment où toutes ces définitions du moi-pèlerin perdront de leur importance. Plus le chemin se fera et plus nos marcheurs partageront des similitudes. Le pèlerin qui se laisse toucher par cette expérience de pèlerinage, celui qui se laisse déplacer et transformer, laissera graduellement tomber ses barrières, ses résistances, ses limites et ses rigidités. Chacun à la mesure de ses capacités, selon où il est rendu sur sa route personnelle. Au final, tous franchiront  la ligne d’arrivée, au bout du chemin, si bout il y a… . Chacun y parviendra en suivant la route qu’il a choisie, celle qu’il a faite sienne.

2009 - Compostelle et Barcelone 037Suis-je plus pèlerin si je prie durant ma marche? Si je mendie mon gite et mon repas? Suis-je plus pèlerin si j’ai un sac à dos de qualité, des bottes de marque, des bâtons ultra-légers-rétractables et le classique chapeau à long bord? Suis-je moins pèlerin si je ne marche que 15 km par jour? Suis-je moins pèlerin si mon âne porte l’équipement ou si je fais une section en autobus? Suis-je moins pèlerin si je ripaille et me lève èa 8h? Existe-t-il un « vrai » pèlerin? Je ne le crois pas. Et qui serais-je pour en juger de la sorte! Je crois cependant que tout pèlerin se doit d’être vrai à lui-même. Le vrai pèlerin est celui qui marche en harmonie avec lui-même.

Brigitte HarouniBottes et Vélo - Emblême

La paix, un pas à la fois

Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde.
Gandhi
Chaque personne qui choisit de vivre en pèlerin, même l’espace d’une fraction de vie, porte en lui l’objet d’une quête personnelle. C’est cet appel intérieur qui l’amène à se déplacer et l’entraine dans une démarche de remue-ménage intime à la recherche du meilleur de lui-même. Plus l’objet recherché se précise et plus le pèlerin l’actualise et le fait rayonner autour de lui.

La Voie du St-LaurentAnn Sieben, cette pèlerine que les Français ont baptisée « la pèlerine d’hiver » et que les Québécois se plaisent à surnommer « la pèlerine des neiges », ingénieure nucléaire de profession, s’est un jour retrouvée attirée et inspirée par la vie pèlerine.  Écoutant son élan intérieur, elle décide de se consacrer au pèlerinage. Chaque année, elle part marcher durant 4 à 6 mois les routes qui ont marqué l’histoire des peuples. Aujourd’hui, rendue à son 9e pèlerinage, elle a bien défini l’objet de sa quête. Quand on lui demande pourquoi elle marche, elle répond : Jésus a dit aime ton prochain comme toi-même. Mais comment peut-on on « aimer son prochain comme soi-même » sans partir à la rencontre de ce prochain?

s'adapterCelui qui part pèleriner ouvre ses horizons, ouvre son esprit et accueille la nouveauté et la différence avec plus de souplesse et de sagesse. Celui qui cherche à vivre pleinement l’expérience de pèlerinage se verra graduellement s’adapter et s’accorder avec son nouvel environnement de vie pour y vivre en harmonie. Son besoin de bien-être personnel l’amène à considérer l’extérieur avec sensibilité pour être capable de se créer un nouvel équilibre.

Au cours de son pèlerinage en Russie, Ann s’est retrouvée extrêmement malade. Mangeant ce que les habitants de la région lui offraient, elle repassait en mémoire les aliments ingérés. La douleur devenant insoutenable, elle dû arrêter sa marche pour rencontrer un médecin. Celui-ci lui dit alors que le malaise ne venait pas de ce qu’elle avait mangé mais plutôt de ce qu’elle n’avait pas mangé : une carence en vitamine. Étant dans une région pauvre du pays, en plein hiver, elle aurait dû manger certains aliments plus gras qui permettent à la digestion de se faire. Mais ces aliments n’étant pas attrayants, et ne sachant pas pourquoi les habitants en mangeaient, elle les avait évités.

Dans un petit village pauvre, Ann a assisté à un anniversaire. Elle fut surprise de constater qu’au lieu de se donner des cadeaux, les habitants de cette région ont pour tradition de s’offrir une lettre ou un poème. Ces messages sont indiades paroles touchantes teintées d’amour que bien souvent nous n’aurions jamais pris le temps de dire. Elle me raconte cette anecdote de pèlerinage, me disant combien les gens que nous croyons pauvres sont parfois bien plus riches que nous le pensons.

À la frontière d’un des pays du Maghreb dans le nord de l’Afrique, voulant traverser ce pays en état de guerre pour suivre sa route, malgré qu’elle soit une femme, malgré qu’elle soit chrétienne, les douaniers ont écouté sa demande. Ils lui ont dit de revenir le lendemain, le temps qu’ils échangent sur la situation. Le lendemain, lorsqu’elle s’est présentée, ils lui ont ouvert la porte et lui ont offert un café, le temps d’échanger et de la conseiller quant à la réalité du pays dans lequel elle entrait. Leur rencontre, ponctuée de moments de rires, s’est terminée sur des encouragements pour la route à venir.

Chaque pèlerin a vécu sur sa route une rencontre qui l’a marqué. Une chance inouïe, un miracle du chemin, un être exceptionnel : les mots manquent à celui qui le vit tellement il en reste bouche bée. Pourtant l’être humain est naturellement bon. En pèlerinant, en se rendant vulnérable, on le découvre car on permet à l’autre de donner forme à cette bonté. La coexistrencontre avec l’autre est un pas essentiel pour marcher vers la paix. Prendre conscience que nous avons chacun une partie de vérité, une façon de penser différente, qui est influencée par la vie que nous menons. Développer une tolérance mutuelle basée sur une meilleure compréhension et une acceptation de l’autre dans ce qu’il est différent de soi. Faire quelques milles dans les souliers de l’autre et l’accueillir sans juger.

Ann, à travers sa marche, invite à avoir confiance en l’étranger. Ainsi, elle nous dit : La paix dans le monde est une chose pour les grands de ce monde. La paix entre chacun de nous est l’affaire de nous tous. Pâques est ce temps de l’année où il fait bon revivre. C’est un temps de remue-ménage intérieur. Vous, pèlerin dans l’âme, quel est Bottes et Vélo - Emblêmel’objet de votre quête?

Brigitte Harouni

Le second souffle du pèlerin

La vie s’arrête lorsque la peur de l’inconnu est plus forte que l’élan.
Hafid Aggoune
Adolescente, durant les cours d’éducation physique, je redoublais de créativité pour éviter l’épreuve insurmontable que représentait la course d’endurance.  Courir me mettait dans un état d’essoufflement tellement inconfortable et paniquant que je ne souhaitais qu’une chose, m’arrêter pour reprendre mes sens ou mieux encore, trouver une bonne excuse pour fuir cette souffrance. Mon enseignant m’encourageait et me poussait à poursuivre l’effort : « continue, tu vas trouver ton second souffle! » J’avais plutôt l’impression que j’allais perdre connaissance.
La Voie du St-Laurent

Pourtant, un jour, ne pouvant éternellement éviter mes obligations, j’ai couru en maintenant l’effort, et j’ai enfin compris ce que voulait dire mon enseignant. J’ai découvert cet état dans lequel nous fait basculer le second souffle. Je l’ai vécu comme un regain d’énergie, un nouvel élan. Je venais de changer de vitesse, d’embrayer sur une plus petite roue. Je me sentais capable de courir tout le reste de la journée. Une sensation de soudaine facilité, libérée de la compression de ma respiration, venait de me surprendre. Évidemment l’explication physiologique du phénomène est simple : lorsque je m’active, mon rythme cardiaque et ma respiration s’élèvent, obligeant les grandes fonctions de mon corps à s’adapter à ce changement. La sensation de bien vivre malgré l’effort, le second souffle, arrive lorsque le corps a réussi à s’ajuster à la demande et à se stabiliser. Je ne m’éterniserai pas sur les explications du phénomène car ce qui m’attire ici, c’est tout ce que ce second souffle m’a permis d’apprendre, tout ce qu’il symbolise dans la vie. Car, à partir de ce moment, mon rapport à l’exercice physique soutenu a changé. Sans pour autant devenir une fervente marathonienne, je me suis résignée à faire l’effort demandé car je savais maintenant, que malgré l’essoufflement et la congestion respiratoire, j’allais accéder à un mieux-être. Je savais que mon second souffle viendrait. Winston Churchill a dit : « Si vous traversez l’enfer, continuez d’avancer.» Et il avait bien raison. Si j’arrête de courir au lieu de persévérer dans l’effort, alors tout le travail entamé devient désuet. Et lorsque je reprends ma course, tout est à recommencer.

La Voie du St-LaurentAujourd’hui adulte, je m’engage annuellement dans de longs pèlerinages, que ce soit à pied ou à vélo, et je passe ce même cap du second souffle à chaque fois. Sauf que je ne parle plus de second souffle ici car le cap franchit n’est pas uniquement physique. Il est également mental. Après quelques jours de pur plaisir, de dépaysement bucolique touristique, survient l’accumulation de fatigue du corps et ce petit creux dans le moral: « pourquoi me donner autant de misère? Pourquoi ne pas voyager en voiture? Pourquoi ne pas prendre des vacances plus confortables? » Le désir de tout arrêter. Puis, arrive le 10e jour (aux environs du 10e jour) : Le second souffle du pèlerinage! Ce moment où la pèlerine que je suis, entre dans un nouvel état physiquement et mentalement. Après tous ces jours d’ajustement face aux changements demandés que ce soit tant au niveau de la routine de vie qu’au niveau des efforts exigés sur le corps, tout en moi semble s’être adapté à mon nouveau mode de vie, me rendant ainsi chaque journée plus facile. Investie de cette nouvelle énergie, je me sens prête à cheminer sur des kilomètres l’esprit maintenant disponible pour jouir pleinement de l’expérience. C’est sachant que ce 10e jour existe que je me pousse à repartir pèleriner. Car malgré l’épuisement et le découragement que je vis après une semaine, je sais que mes efforts seront prochainement récompensés et que je découvrirai cet état de plénitude que ce mode de vie me procure.

La Voie du St-LaurentDans les deux cas, l’expérience me permet de réaliser que le corps est une machine surprenante ayant une capacité d’adaptation incroyable. Quel que soit le défi que je décide de relevé, l’épreuve que la vie met sur ma route, le corps passera au travers. Tout dépend donc de l’état d’esprit dans lequel je choisis d’affronter ma difficulté et de surmonter l’adversité. Mon expérience de vie, la découverte du second souffle, celle du 10e jour, m’incitent à croire en l’avenir, à croire en mes capacités à survivre à une épreuve, à croire en mon potentiel de résilience, c’est-à-dire, ma capacité à résister aux assauts de la vie et à transformer ma façon d’être et de faire, à me reconstruire une nouvelle zone de confort. Mon expérience de vie me démontre que la douleur n’est pas éternelle, qu’elle passera si je fais les efforts pour aller vers ce « meilleur » que je me suis fixé. Et c’est cette conviction qui m’aidera dans mes épreuves futures à persévérer, car c’est la persévérance qui me mènera à atteindre cet état de mieux-être que je désire rejoindre. C’est cette foi, cet élan intérieur qui me pousse vers l’avant, qui rend la suite possible.

Pas besoin de courir, ni de pèleriner pour connaitre la sensation du second souffle. Il suffit de devoir persévérer dans une voie qui nous semble sans issue, douloureuse ou insurmontable, mais qui nous apparaît comme un passage nécessaire pour accéder à un objectif que l’on désire réaliser.  Le second souffle, ou le 10e jour, indiquent qu’avec endurance, détermination, un pas à la fois, nous traverserons cet enfer. Le second souffle, c’est le moment où vous commencerez à vous sentir plus léger, plus heureux d’être rendu là où vous êtes. Vous serez passés à travers l’œil de votre cyclone, le défi vous semblera moins effrayant, vous vous sentirez plus en contrôle. Le second souffle vous permet de conscientiser tout votre potentiel de résilience!Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

Le pèlerinage, un outil de transition

Quand une fleur ne fleurit pas,
vous modifiez l’environnement dans lequel elle se développe, pas la fleur.
Alexander Den Heijer
Tout au long de notre vie, nous sommes en recherche d’un mieux-être intérieur et en quête d’une identité qui nous soit propre. Chaque instant de notre vie nous amène à nous connaître davantage et à préciser celui ou celle que nous souhaitons être et devenir. À travers les âges, inconsciemment, plusieurs éléments de notre entourage viennent influencer le portrait que nous sommes à façonner.

De notre jeune âge à aujourd’hui, nous avons tous été marqués par les gens et les événements que nous avons vécus. Nous portons tous en nous la trace de ces passages de notre histoire de vie. Afin de trouver une définition de soi queLa Voie du St-Laurent nous jugeons juste et dont nous sommes fiers, nous avons parcouru notre chemin de vie en développant des comportements en réaction à notre environnement. Pour obtenir ce que nous désirons et accéder à une satisfaction, qu’elle soit matérielle ou affective, nous avons expérimenté et exploité nos ressources et talents personnels. Nous avons détecté les habiletés gagnantes et avons depuis lors travaillé à les parfaire et à les raffiner. Pourtant, ces comportements, même s’ils viennent répondre à nos besoins, ne sont pas toujours pour autant aidants ou enrichissants pour la personne que nous voulons être. Mais nous les conservons car ils sont adaptés à notre vie du moment. Nous nous trouvons alors dans cette de zone de confort: ce connu pas toujours confortable, mais confortant.

Tout au long de notre route, nous traversons des périodes de crises. Que ce soit la crise du non, celle plus douce du pourquoi, l’adolescence, la trentaine, la crise du mi-temps et le départ à la retraite, tous ces instants de vie sont des temps de remise en question identitaire. Comme le poussin qui voit sa coquille devenir étouffante et qui se décide à la casser, nous ressentons le besoin de passer à autre chose, de grandir, de changer de peau, de muer. Notre situation de vie du moment ne nous convient plus. Le temps a passé. Nous avons évolué. Nous ne sommes plus tout à fait celui que nous étions il n’y a pas si longtemps. Et nous sommes maintenant mûrs pour un changement. Nous souhaitons réorganiser certains aspects de notre vie, changer de décor.

Qui suis-je? Où vais-je? Deux questions qui guident notre ménage intérieur. Le passé, le présent et le futur du Moi. Plus jeune, nous ajoutions des pièces pour bâtir notre identité. Nous ramassions autour de nous celles qui nous séduisaient, celles qu’on nous donnait et celles qu’on nous imposait. Nous nous attardions davantage au Moi présent La Voie du St-Laurentet futur. Mais avec le temps, la maturité, avec du recul, lorsque rendus adultes nous redéfinissions notre être intérieur, nous accordons une attention particulière au Moi passé. Éric Laliberté dit souvent : « Nous sommes tous le résultat d’un parcours de vie. » Rendu à un certain âge, redéfinir qui nous sommes, c’est se départir de certaines pièces de notre identité que nous ne souhaitons plus être, qui ne nous appartiennent pas, qui ne nous ont jamais vraiment appartenu mais que nous avons endossées toutes ces années par devoir, par habitude, par soumission… Pour bien définir qui nous sommes et qui nous aspirons à devenir, il est essentiel de revoir qui nous avons été, refaire notre chemin, suivre notre fil d’Ariane pour se retrouver.

Dans chaque situation de redéfinition identitaire, il y a un détachement qui s’opère entre nous et l’extérieur; éloignement des parents, des amis, du travail, des obligations, de toutes ces sources d’influences que nous ne souhaitons plus subir, de ce monde qui nous bombarde constamment d’images de soi, de modèles à suivre et à être; un monde qui tente par tous les moyens de nous vendre une identité : piège dans lequel il nous est tellement facile Iles-de-la-Madeleinede tomber et de s’oublier. Le pèlerinage se présente alors comme un temps d’arrêt, un voyage en marge du monde, une marche avec soi pour mieux se connaître et s’apprendre. Le pèlerin d’aujourd’hui savoure son voyage car en plus de lui offrir un dépaysement et une tranquillité d’esprit, il lui permet d’être pleinement lui-même sans avoir à lutter contre un monde extérieur qui cherche à le contraindre à une définition de lui-même et le tiraille dans ses convictions profondes.

Pour celui qui a besoin de descendre du train-train quotidien qui roule si vite pour faire un ménage personnel dans ce fouillis d’idées et d’irritants qui se bousculent et lui brouille l’esprit, le pèlerinage se présente comme un outil permettant cette escale de vie et facilitant ce bilan de par le vide qu’il fait émerger. Ce vide momentané est comme le vide au centre de la flûte, celui de la guitare; c’est de ce vide que nait la musique de l’instrument; c’est de ce vide que naîtra ma musique!

Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni

La musique du chemin

« La vie est trop courte pour qu’on se dispute. »
Baden Powell
La Saint-Valentin, c’est la fête des amoureux, mais aussi celle de l’amour. Cette fête que notre monde moderne dénature et rend de plus en plus commerciale, nous rappelle pourtant l’importance que les autres jouent dans notre vie. Elle est ce temps d’arrêt dans le calendrier qui met en évidence le rapport que nous entretenons avec ceux qui nous entourent.

Sur sa route, le pèlerin vit de longs moments de calme et de solitude. Il profite de ces moments pour vivre chaque seconde qui passe à travers ses sens. Il laisse l’extérieur se marier à ses pensées. Il découvre qui il est, ce qu’il

aime, ce qui le fait vibrer. Puis, immanquablement, dans sa journée, il entre en relation avec ceux qui croisent sa2014-08-02 11.52.40 route. Parfois pour le plaisir du contact, un « bonjour » souriant qui fera sourire l’autre, un brin de jasette sympathique avec un habitant curieux du coin, une conversation en partageant un repas avec une connaissance de passage; parfois par nécessité, pour demander sa route, demander le gite ou le repas, pour avoir de l’aide ou en offrir. Ces rencontres sont souvent savoureuses et source de souvenirs cocasses ou mémorables. Elles sont de courte durée, allant de quelques minutes à quelques jours, tout dépendant du besoin et de la relation qui s’établit. Un minime pourcentage de ces rencontres se transformera en relations durables, échanges de correspondances, retrouvailles année après année, belles amitiés ou grand amour. Le pèlerin a le pouvoir de choisir de qui il souhaite s’entourer, du moment auquel il désire le faire et de la durée qu’il aime y accorder. Il choisit des personnes qui le nourrissent, qui le font vibrer intérieurement et le font grandir.

IMG_1083Notre vie prend naissance grâce à d’autres personnes. Nos premiers pas, tous ces apprentissages qui nous font grandir un peu chaque jour, s’effectuent avec l’aide de l’autre. Parents, grands-parents, frère et sœur, professeur, voisins, amis, cousins. Sans cet entourage humain aimant et aidant qui nous accompagne dès le début de notre route, nous ne serions pas celui ou celle que nous sommes aujourd’hui. Nous ne serions pas rendus là où nous sommes. Ils contribuent à la définition de notre identité, nous permettent de prendre nos décisions pour orienter nos pas. Mais plus nous grandissons, moins nous avons conscience de l’impact de cette constante présence autour de nous. Plus notre entourage nous semble parfois plus accessoire ou imposé que choisi et désiré. Pourtant, il n’en tient qu’à nous de déterminer le rapport que nous souhaitons entretenir avec chacune des personnes que nous côtoyons. Durée de la relation, intensité ou fréquence des rencontres, rapport de relation recherché, degré d’importance de la présence de l’autre à nos côtés, implication personnelle souhaitée dans cette relation. Souvent, contrairement au pèlerin, nous ne pensons pas posséder ce droit de choisir et de définir ce qui nous unit à l’autre. Et ce manque de liberté vient ternir, voire même noircir certaines relations. Disputes, frictions, malaises, froids, désagréments. Les vibrations ressenties lors des rencontres, des appels téléphoniques, des échanges, sont négatives, irritantes, désagréables. C’est le signal que notre corps nous envoie pour nous avertir qu’il faudrait revoir comment nous souhaitons vivre notre relation avec cet autre, en changer les paramètres, reconsidérer le cadre qui nous réunit.IMG_7265

Maintenant adulte, pour continuer d’avancer sur mon chemin de vie, pour me donner toutes les chances d’atteindre les buts que je me suis fixés, d’accéder à un espace de vie riche de petits bonheurs, de tendre vers ce sanctuaire dont je rêve et auquel j’aspire, je dois faire comme le pèlerin: je dois m’entourer de personnes qui me font vibrer, qui m’enrichissent et me donnent de l’élan. Je suis ce chef d’orchestre aux milles instruments. Certains instruments sont loin du chef d’orchestre, d’autres plus proche; certains participent selon les besoins liés au répertoire abordé, d’autres sont constamment sollicités pour l’harmonie musicale, et seule une minorité a le privilège de faire un solo enivrant; Tous ces instruments sont nécessaires pour produire une symphonie, mais chacun sous la direction du chef d’orchestre qui en déterminera la partition à suivre. En cette période de Saint-Valentin, prenez le temps d’écouter la musique que fait résonner en vous chacune de vos relations.Bottes et Vélo - Emblême

Brigitte Harouni