En avant, marche!

L’UTOPIE
Elle est à l’horizon.
Je fais deux pas en avant, elle s’éloigne de deux pas.
Je fais dix pas de plus, l’horizon s’éloigne de dix pas.
J’aurai beau marcher, je ne l’atteindrai jamais.
A quoi sert l’utopie ? Elle sert à ça : à avancer.
Eduardo Galeano
Dans le monde actuel de l’éducation, on parle beaucoup de motivation et de persévérance. Deux caractéristiques clé permettant de contrer le décrochage. Notre décrocheur, c’est ce jeune en perte de sens qui avance sur une route prétracée qui n’est pas la sienne. Toutes les contraintes du système dans lequel il évolue étouffent le feu qui alimente son désir d’actualisation. Il a le sentiment d’aller nulle part. Nombreux sont ceux dont l’objectif premier est d’atteindre l’âge légalement permis pour quitter ce chemin qui ne leur correspond pas.

Rêver est essentiel à l’âme du pèlerin de vie. Se permettre d’idéaliser un futur, qu’il soit proche ou lointain, est mobilisateur. Chercher à répondre à cet idéal qui attire et séduit, stimule la recherche d’action signifiantes et créatives. Comme le pèlerin qui entame son voyage de 800 km vers St-Jacques de Compostelle, qui est bien loin de voir le clocher la cathédrale de Santiago, et qui se fixe de courtes destinations pour découper sa route, le pèlerin de vie qui garde le cap sur son rêve réalisera plusieurs étapes qui contribueront faire brûler la flamme de la motivation et l’encourageront à persévérer malgré les défis et les embûches.

Il ne faut pas être surpris, le jour où on recroise un ancien décrocheur maintenant devenu adulte, de constater la transformation qui s’est opérée depuis qu’il est devenu maître de sa route. C’est en trouvant sa liberté de penser et sa liberté de rêver qu’il a pu se mettre en mouvement et créer un chemin à sa mesure, un chemin sur lequel il se reconnaît et se réalise. Le rêve donne à nos engagements bien plus qu’un sens à suivre, il leur donne du sens. Même si cet idéal recherché n’est pas très précis, que la route pour s’y rendre n’est pas tracée à l’avance, la puissance de l’élan intérieur suffit à mettre en marche. De cette mobilisation signifiante nait une énergie qui nourrit l’être et entraine la cadence.

Sur le chemin de pèlerinage, bien que certains parfois s’égarent sur quelques kilomètres, on a tôt fait de se mettre à la recherche des précieuses flèches jaunes qui guident nos pas. Dans la vie quotidienne, pas de flèches pour nous aider, seulement cette petite voix intérieure qui murmure que c’est bon! Il faut savoir faire confiance à ce ressenti qui anime et stimule le corps et l’esprit. Il est notre boussole qui pointe vers notre idéal, nos flèches jaunes tournées vers notre sanctuaire de vie. Il influence nos décisions pour nous rapprocher toujours un peu plus près de ce vivre autrement qui nous correspond mieux.

Phare - Bottes et VéloLe rêve, cet idéal, cette utopie, ne se réalisera peut-être pas tel que rêvé. Là n’est pas son rôle! Tout comme le pèlerin poursuivra sa route au-delà de Santiago pour continuer de marcher et d’avancer, le rêve qui semblait être une finalité n’est en fait qu’une étape sur le chemin de notre vie, qui sera transformé et transcendé par un autre idéal. Tout cet imaginaire occupe un espace vide où circule la vie en soi. Évitez le décrochage : laissez parler vos rêves!

Brigitte Harouni

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